Qu’est-ce qu’être de gauche en 2016 ?

By: Rémi Noyon - CC BY 2.0

Chez les personnes qui disent être de gauche, les valeurs qui arrivent en tête des évocations positives et négatives sont parfois surprenantes.

Par la rédaction de Contrepoints.

Qu'est-ce qu'être de gauche en 2016 ?
By: Rémi NoyonCC BY 2.0

Un sondage IFOP de septembre 2016 pour l’Humanité1 dresse le profil des gens qui disent être de gauche. À quelques mois des élections présidentielles et dans un contexte politique marqué par une remise en cause des clivages, certains des enseignements de ce sondage sont instructifs.

Être de gauche en France

Les personnes interrogées se positionnent à 48% à gauche contre 52% à droite. Ces proportions sont assez stables depuis 2014. Elles correspondent par ailleurs assez bien aux moyennes des résultats d’élections en France depuis quelques décennies.

Les personnes qui disent être de gauche pensent que la gauche peut, si elle le veut, défendre ses idées et ses principes sans se renier si elle est au pouvoir (78%), qu’il existe toujours des différences nettes entre la gauche et la droite (63%) et que l’on peut être fier de se revendiquer de gauche aujourd’hui (58%).

Lorsque l’on demande aux personnes qui se disent de gauche si certains mots leur évoquent un sentiment positif ou négatif, on obtient des résultats parfois surprenants. Ainsi, les gens de gauche, naturellement plus enclins à soutenir l’interventionnisme, placent la liberté en tête des mots à évocation très positive. Plus classiques, suivent la solidarité, l’égalité et la laïcité. Dans le top six, apparaissent alors le mérite et le travail, valeurs habituellement plus plébiscitées à droite.

Dans les évocations très négatives, l’austérité, le capitalisme, la finance et la mondialisation arrivent en tête. Le libéralisme n’arrive que cinquième, à égalité avec le communisme. Bonne nouvelle pour les libéraux : le libéralisme n’est pas plus détesté que le communisme !

Être de gauche : évocations les plus positives et les plus négatives chez les gens de gauche.
Être de gauche : évocations les plus positives et les plus négatives chez les gens de gauche.

Si l’on s’intéresse plus précisément à la liberté, elle reste la valeur la plus positive pour l’ensemble des Français. Elle l’est plus à gauche (60%) qu’à droite (55%). Le libéralisme recueille quant à lui une faible adhésion à gauche (43%) mais l’ensemble des Français trouve le terme positif à 53%.

Enfin, être de gauche, ce n’est pas, en tout cas plus, être communiste. Le terme arrive parmi les plus détestés par les personnes interrogées.

Gauche et droite : est-ce aussi simple ?

La réponse est évidemment négative mais la netteté du clivage est entretenue par les médias et les institutions. On prétend le pays ingouvernable sans une orientation claire, de droite ou de gauche. Le discours du centre, qui prétend que la droite et la gauche peuvent s’entendre dans une forme d’union pour l’intérêt des Français, est généralement assez apprécié jusque dans l’isoloir, où il rencontre moins de succès. Le discours qui prétend que la droite et la gauche font la même chose et que cette union existe déjà se situe aux deux extrêmes. On y trouvera notamment Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen avec son fameux UMPS.

Et le libéralisme dans tout ça ? Il n’est ni de droite, ni de gauche. N’en déplaise aux médias qui confondent capitalisme d’État et capitalisme, individualisme et égoïsme ou encore libéralisme et extrême droite, le libéralisme n’a qu’une chapelle : la liberté. Elle est reconnue comme une valeur positive par la plupart des Français. Elle n’exclut ni la générosité, ni la solidarité, ni la justice.

Et si, tout simplement, la France était remplie de libéraux qui s’ignorent ?

  1. L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 938 personnes se positionnant à gauche sur un axe gauche-droite, extrait d’un échantillon de 2014 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto-administré en ligne du 5 au 7 septembre 2016.