Ce nucléaire qui a libéré l’homme

Dans le domaine de l'énergie nucléaire, sommes-nous parvenus à "la fin de l’histoire" après les nombreuses évolutions énergétiques ?

Par Michel Gay.

Ce nucléaire qui a libéré l'homme
Ce nucléaire qui a libéré l’homme By: Tim GillinCC BY 2.0

Dans l’Antiquité, l’esclavage et le muscle animal étaient nécessaires pour produire de l’énergie mécanique. Ensuite, les moulins à vent et à eau se substituèrent partiellement à la force humaine et animale, rare, coûteuse et peu efficace.

Puis vint l’idée de faire du mouvement avec de la chaleur. La machine à vapeur brûlant du bois (et des forêts entières) a permis de transformer l’énergie thermique en énergie mécanique, surtout à partir du XVIIIe siècle.

C’est alors que l’exploitation intensive des mines de charbon et l’équipement des chutes d’eau sont venus sauver nos forêts menacées de disparition.

L’arrivée du pétrole et du gaz libérèrent définitivement les hommes de leurs activités physiques les plus pénibles en permettant, notamment grâce à l’électricité, de diffuser partout l’énergie mécanique qui, jusque là, n’était transmise que par des courroies.

Ainsi, d’étape en étape, chaque innovation a permis à l’humanité de poursuivre son développement.

Sommes-nous arrivés au terme de cette évolution énergétique ?

L’augmentation de la population mondiale et, globalement, de son niveau de vie, engendre des besoins grandissants en énergie. En parallèle, la sensibilité à la protection de l’environnement s’est exacerbée, notamment dans les pays riches. Les combustibles fossiles ont permis la révolution industrielle mais ils polluent l’atmosphère et produisent des gaz à effet de serre. C’est une préoccupation de nos sociétés modernes.

Il y a aussi une autre réalité trop souvent oubliée : les longues molécules d’hydrocarbures constituent des bases chimiques utiles et irremplaçables pour la fabrication de produits vitaux (plastiques, engrais,…). Il n’est pas raisonnable de les gâcher en les brûlant car cela revient à mettre son précieux mobilier non renouvelable dans la cheminée.

Développer cette nouvelle source d’énergie

Le temps est venu de développer largement dans le monde une nouvelle source d’énergie :

  • sûre et moins polluante que les combustibles fossiles,
  • ne libérant pas de gaz carbonique,
  • ne gaspillant pas les bases chimiques dont nos descendants auront besoin,
  • peu encombrante et puissante,
  • disponible et abondante.

Cette source d’énergie propre et capable de répondre à une grande part des besoins de l’humanité existe. Ce n’est ni le vent ni le soleil. C’est l’énergie nucléaire. Elle peut produire massivement, en continu et à un coût modéré l’électricité qui se substituera de plus en plus aux énergies fossiles.

L’énergie nucléaire n’est pas sans mérite

1) Les deux matières premières nécessaires à son fonctionnement (l’uranium et le thorium) sont bien réparties sur terre et elles sont abondantes pour des millénaires avec les réacteurs surgénérateurs.

2) L’énergie nucléaire est peu encombrante (c’est une réalité souvent méconnue). Une centrale nucléaire « usuelle » de quatre réacteurs de 1 300 mégawatts (MW), soit 5200 MW au total, couvre quelques dizaines d’hectares et remplace dix centrales « fossiles » de 500 MW et… dix millions de tonnes de charbon par an. Elle évite aussi les milliers de trains et de péniches nécessaires pour transporter ce combustible fossile.

3) La centrale nucléaire ne rejette ni particules nocives, ni gaz carbonique (CO2). Elle rejette très peu de radioactivité dans l’air par rapport à la radioactivité naturelle ambiante provenant du sol et de l’espace. Ses déchets solides sont confinés et gérés rigoureusement afin de ne représenter aucun danger pour la santé et la nature.

Les déchets nucléaires sont une source d’inquiétude pour beaucoup de nos concitoyens car des organisations antinucléaires affolent régulièrement l’opinion publique par des campagnes de communication alarmistes et, le plus souvent, mensongères. Pourtant, bien que ces déchets soient intrinsèquement dangereux, ils ne représentent aucune menace, ni pour nous, ni pour les générations futures, lorsqu’ils sont rigoureusement conditionnés et stockés dans des couches géologiques profondes (500 mètres sous terre).

Il ne s’agit donc pas d’un problème moral vis-à-vis des futurs générations, mais d’un problème technique déjà résolu… qu’il restera à mettre en application lorsque le pouvoir politique l’aura décidé.

Une industrie mature

L’industrie nucléaire civile est arrivée à maturité. Hors la catastrophe de Tchernobyl1, elle n’a tué personne, y compris lors de l’accident de la centrale de Fukushima qui n’a provoqué aucun décès comme l’a confirmé le rapport2 de 2013 de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Aucune industrie ne peut en dire autant ! Le tsunami, lui seul, a fait 20 000 morts.

Même si la France d’aujourd’hui semble encore hésiter, d’autres nations se sont résolument engagées dans la voie du nucléaire3 (États-Unis4, Russie, Inde, Corée, Grande-Bretagne, Inde) ou s’apprêtent à le faire (Amérique du sud, Asie du sud-est).

Les innovations énergétiques se sont harmonieusement succédé de siècle en siècle. L’heure est maintenant venue de déployer le nucléaire, producteur d’électricité et de chaleur, pour succéder aux combustibles fossiles afin de répondre aux besoins croissants en énergie de l’humanité.

  1. Tchernobyl a causé moins d’une centaine de morts, et l’accident est dû à une succession d’erreurs grossières. Quand un conducteur en état d’ivresse crée une catastrophe sur une autoroute, on n’en conclut pas qu’il faut supprimer les autoroutes, mais qu’il faut lutter contre l’alcool au volant.
  2. http://www.who.int/mediacentre/news/releases/2013/fukushima_report_20130228/fr/
  3. https://www.iaea.org/pris/home.aspx  448 réacteurs sont en fonctionnement dans le monde et 61 réacteurs sont en construction en août 2016.
  4. https://www.whitehouse.gov/the-press-office/2015/11/06/fact-sheet-obama-administration-announces-actions-ensure-nuclear-energy