Interdiction du burkini : l’État est nu

louis de funes - la folie des grandeurs

L'État se mêle de tout, même à la plage.

On peut espérer qu’après le désaveu du conseil d’État aux maires qui voulaient l’interdire, la saga du burkini se dégonfle. Comme un ballon de baudruche fou, volant au hasard en faisant un bruit ridicule.

1964 : Le Gendarme de Saint-Tropez part à la chasse aux nudistes. Un demi-siècle plus tard, et la Police Municipale de Cannes fait la chasse aux burkinis. Sans Louis de Funès, la scène a un côté comique ridicule :

Cannes. En pleine saison estivale, des policiers municipaux à l’accent chantant déambulent sur la plage en short et gilet pare-balles quand soudain, ils repèrent une contrevenante !

« Bonjour madame, police municipale. Nous venons de constater une tenue non réglementaire en milieu balnéaire. Madame, ici c’est la France : le burkini, c’est interdit.« 

L’ultime réponse de notre gouvernement à la menace est un dress-code républicain. Il avait déjà recouru à sa mesure phare quand l’écotaxe excitait les bonnets rouges. Mais cette fois, les images font le tour du monde : elles montrent notre ridicule, notre fanatisme. Notre hypocrisie quand nous célébrons d’autres images, venues de pays où les hommes libérés du joug de la religion se rasent la barbe, et où les femmes tombent le voile et fument des cigarettes1.

By: Barry SkeatesCC BY 2.0

Par vanité, nous pensons que c’est pour ce que la France représente qu’elle est attaquée. Alors que c’est pour ce qu’elle fait. Pas pour sa grandeur, mais pour sa décadence. Pas pour ses valeurs, mais pour ses compromis.

Aux balbutiements du printemps arabe, la France a proposé son aide au président tunisien ami que la rue voulait renverser. Puis, la France a renversé un dictateur ami dont la disparition soudaine a déstabilisé la région. La France a ensuite montré les prouesses de ses coûteux avions de chasse Made In France en allant larguer des bombes Made In France loin de la France. Pour mieux en vendre à ses amis, qui donnent à la France de bons tuyaux en échange desquels elle range ses valeurs dans sa poche.

C’est la France qui fait tout ça. Pas la France des Lumières, qui dénonçait la tyrannie et défendait la liberté d’expression. Pas celle de la Révolution, qui refusait les privilèges et la pression fiscale. Pas celle de Tocqueville, qui admirait la société civile. Pas celle de Bastiat, qui voyait les vertus d’une société volontaire et les vices d’un État arbitraire. La nôtre.

Enfin, plus vraiment. Elle ne nous appartient plus. Elle nous a échappé, comme nous a échappé la créature un peu État Mondial du Meilleur des Mondes, un peu Big Brother de 1984, un peu cochon de La Ferme des Animaux qu’est l’État français.

Comme l’analyse justement h16, l’État a d’autres facettes, d’autres visages. Le politiquement correct de l’État Bisounours, qui veut lutter contre la moquerie et la pression sociale, finit par lui exploser à la figure : ce que la société pouvait à la fois juger et tolérer est désormais autorisé ou interdit, parfois l’un, puis l’autre en l’espace de quelques jours. Combinaison de plongée : réglementaire. Jambières pour la pêche aux moules : réglementaire. Burkini : réglementaire, puis interdit, puis de nouveau réglementaire.

Les burkinis n’auraient pas été un problème si la République avait pu garantir à ses citoyens le pouvoir de s’en moquer sans craindre ni les ires des associations mouche-du-coche, ni, plus incroyable encore, celles des coreligionnaires armés de harpons qu’un état d’urgence devrait pourtant rendre fort improbable. S’il y a un problème avec ces vêtements, ce n’est pas dans leur existence ou dans la volonté farouche et ridicule de certaines de s’en accoutrer, mais dans le fait qu’on ne puisse plus librement critiquer ces choix (ou tout autre, du reste) sans risquer l’incident juridique ou la rixe punitive : une société saine peut fort bien prôner la tolérance sans s’imposer l’approbation.

C’est un État à la fois sécuritaire et progressiste, qui entend lutter contre le terrorisme et le droit des femmes. Un État de surveillance qui ne parvient pas à empêcher une rixe à la plage, des débordements de hooligans ou le blocage des raffineries en plein état d’urgence.

Un État laïc, qui entend imposer son islam, la version Made in France. Une patrie des droits de l’homme qui ferme les yeux si ses alliés lui donnent de bons tuyaux dans la guerre contre le terrorisme. Qui promeut la diversité, mais dans certaines limites.

Si nous voulons refaire société, nous devons reprendre nos destins en main. Il n’y a pas de recette miracle contre le terrorisme, que nous avons largement contribué à créer en élisant nos représentants, en finançant leurs guerres, en acceptant leur pouvoir et leurs excès. Mais il ne faut surtout pas attendre de miracle d’un État qui a jusque là adopté beaucoup de réponses dont aucune n’était juste. Essayons de construire ensemble une alternative.

L’alternative est simple : un État qui laisse les Français tranquilles. Qui traiterait également tous les Français, les laisserait s’habiller comme ils veulent, ne verrait pas de crime là où il n’y a pas de victime. Qui n’essaierait pas d’imposer ses valeurs, mais garantirait à chacun les droits fondamentaux : la liberté, la propriété privée et la sûreté. Et qui nous laisserait prendre soin du reste. C’est à nous de construire une société libre.

  1. Symbole de l’émancipation de la femme depuis 1929