Faire face au terrorisme

grenade terrorisme credits Israel defense forces (licence creative commons)

Contrairement à ce que pensent les hommes politiques et les intellectuels, l’État moderne n’est pas la solution en matière de liberté d’expression. Voilà pourquoi.

Par Bertrand Lemennicier.

grenade terrorisme credits Israel defense forces (licence creative commons)

Le problème du terrorisme contemporain au Proche Orient, c’est la nature même de l’État moderne occidental. Contrairement à ce que pensent les hommes politiques et les intellectuels dont ils s’inspirent, l’État moderne n’est pas la solution. Il est ironique qu’un groupe privé religieux dit islamique, avec une idéologie religieuse universaliste, s’empare de territoires et y installe sa loi en mettant en échec les frontières des États locaux modernes issus des accords secrets « Sykes Picot » de 1916 entre Anglais et Français. États modernes certes, mais sans « nation » en dépit de la volonté de certains (Lawrence d’Arabie) de créer une nation arabe.

Fragmentation des États

Tant que les occidentaux refuseront l’émergence d’une fragmentation des États du Moyen Orient en plus petits États homogènes religieusement, culturellement et politiquement, les islamistes vaincront. Le Djihad est une guerre juste (du point de vue des islamistes) « ad bellum » et injuste « in bello ». Tandis que les occidentaux répondent par une guerre injuste « ad bellum » (par la volonté d’imposer leur conception de l’État Moderne) et juste « in bello ». Cette asymétrie risque bien de leur faire perdre ce combat.

La tragédie de la rédaction de Charlie Hebdo1 est révélatrice de cette incompréhension qu’ont nos concitoyens sur la façon dont il faut lutter contre le terrorisme d’où qu’il vienne. Il faut surtout que les hommes d’État ne s’en occupent pas. Ils sont bons pour faire des déclarations tonitruantes pour l’unité nationale et nous faire croire qu’ils luttent contre le terrorisme grâce à leurs services de renseignement et les divers plan vigipirate.

Mais ce ne sont pas deux ou trois jeunes militaires déambulant dans une gare pleine d’une foule variée, ou deux ou trois gardes policiers devant le siège de Charlie Hebdo qui peuvent nous protéger. Quand les hommes d’État s’occupent de ces problèmes, l’expérience malheureusement le démontre, ce n’est pas le sort des victimes ou de leurs ayants-droit qui prime mais celui de leurs intérêts politiques.

La direction de Charlie Hebdo qui se savait menacée depuis de nombreuses années n’a pas voulu ou pu financer une protection efficace rapprochée proposée par les filiales des assurances telle Kidnap and Ransom (filiale de la Lloyds).

Cette direction de Charlie Hebdo a appris à ses dépens ce que vaut l’État en matière de protection. La plupart d’entre eux, y compris, hélas, notre collègue économiste Bernard Maris, qui a été tué à cette occasion, n’ont pas voulu comprendre qu’aujourd’hui, il faut dépolitiser cette lutte en la privatisant, y compris avec le droit individuel de porter les armes. La plupart d’entre eux étaient, ou sont encore, des étatistes convaincus.

Pas de leçon en matière de liberté d’expression

Quant aux cris d’orfraie sur les atteintes à la liberté d’expression, ce n’est pas aux journalistes français ni aux hommes politiques de nous donner des leçons sur ce sujet, car ils ont toujours fait ce qu’ils pouvaient pour en priver les autres. Je rappellerai aussi aux gauchistes de Charlie hebdo ce qu’ils disaient en 1968, eux ou leurs alter ego de l’époque : l’humour est une arme politique.

Ils ont toujours utilisé cette arme politique pour disqualifier ceux dont ils ne partageaient pas les idéaux. La liberté publique d’expression, comme tout ce qui est public ou pâture commune, est une source de conflits, compte tenu de son poids dans la formation des croyances et des opinions. C’est bien pour cela que les hommes de l’État et les journalistes qui les servent désirent la contrôler. La seule liberté d’expression est celle tolérée par les hommes de l’État. Ils ont en face d’eux des hommes qui sont comme eux, ils ne tolèrent pas non plus la liberté d’expression.

Nous partageons, en tant qu’intellectuel, cette révolte de nos médias contre les atteintes à la liberté d’expression, mais ne soyons pas dupes de ce que vaut la liberté d’expression dans nos régimes politiques que l’on appelle démocratie.


Sur le web

  1. L’article de Bertrand Lemennicier est paru initialement au moment des attentats contre le journal satirique.