Djihad : ne pas se tromper de guerre

Publié Par Guy Sorman, le dans Libertés publiques

Par Guy Sorman.

Tout attentat terroriste devrait-il être immédiatement qualifié de djihadiste ou islamiste ? Le gouvernement français s’y est résolu quelques heures à peine après qu’un tueur fou a écrasé une centaine de promeneurs à Nice. Or, à ce stade, aucune enquête n’avait commencé, on ne connaissait que l’identité du criminel, un Tunisien résidant en France. Tunisien, donc Arabe, donc musulman, donc suspect, donc islamiste, nécessairement djihadiste ? Bien des médias, français ou non, se sont engagés dans ce syllogisme et les gouvernements du monde entier ont vite déploré une nouvelle offensive du terrorisme islamique.

Le Président français a annoncé que les contrôles seraient renforcés aux frontières, bien que le meurtrier habitât légalement en France ; François Hollande s’est engagé à renforcer les assauts contre le califat (Daech) en Syrie, bien que cette organisation djihadiste parût surprise par cet attentat dont, avec 24 heures de décalage, elle s’est réjouie sans le revendiquer.

Radicalisation rapide

À mesure qu’il s’est avéré combien le meurtrier n’avait jamais pratiqué l’islam, les autorités françaises se sont accrochées à leur thèse initiale en inventant le concept innovant de « radicalisation rapide ». Une semaine avant l’attentat, le meurtrier n’était pas djihadiste ni même musulman, mais le jour de l’attentat, il l’était devenu ; au cours de cette semaine de radicalisation, il se serait « laissé pousser la barbe », aurait rencontré quelques djihadistes niçois et, sans doute, consulté le web.

Cela suffit-il à inscrire l’attentat de Nice dans le tableau tragique du terrorisme islamique, d’assimiler ce qui s’est passé à Nice avec les attentats du 13 novembre 2015 contre le Bataclan à Paris, ceux de Bruxelles le 22 mars 2016, passant par la gare d’Atocha à Madrid le 11 mars 2004, en remontant jusqu’au 11 septembre 2001 à New York, ? À tout mélanger, on introduit, me semble-t-il, une cohérence là où elle n’existe pas nécessairement entre des événements qui se ressemblent mais n’ont pas les mêmes auteurs ni les mêmes motivations. Je ne nie pas l’évidence : ces attentats ont tous une dimension islamique, mais pas seulement.

Si comme Donald Trump, on claironne une « guerre de civilisations » entre l’Islam et l’Occident, on risque de créer cette guerre qui, globalement, n’existe pas. La quasi-totalité du milliard de musulmans de notre planète n’est pas en guerre et elle ne l’est pas vraiment avec l’Occident. Si guerres il y a, elles opposent avant tout les musulmans entre eux : Chiites contre Sunnites en Syrie, en Irak, au Bahreïn, au Pakistan ; Kurdes contre Turcs en Turquie, en Syrie ; Talibans contre Afghans et Pakistanais ; tribus contre tribus au Mali, en Centre Afrique, au Nigeria… Dans ces circonstances, les Occidentaux sont visés par rebonds, parce qu’ils prennent le parti d’un camp – les Chiites en Irak, les Kurdes et les Sunnites en Syrie – contre un autre.

Si les Occidentaux, hypothèse gratuite, n’étaient jamais intervenus dans le monde musulman ou cessaient d’y intervenir, nous ne serions probablement plus des cibles du terrorisme. Mais les Occidentaux n’ont cessé d’être présents depuis la colonisation des mondes musulmans, du Maghreb au Proche-Orient, à l’Inde et à l’Indonésie. Quand ils se sont retirés de ces colonies, des États dysfonctionnels les ont remplacés : le terrorisme est, en grande partie, le résultat d’une décolonisation ratée, il émane de sociétés sans liberté, sans prospérité.

Djihadisme de l’échec

Le djihadisme a fleuri sur cet échec. Échec là-bas, et échec chez nous dans la mesure où les pays d’accueil des ex-colonisés, devenus des immigrés, n’ont pas mieux réussi l’intégration que la décolonisation. Si bien que le djihadisme en Syrie ou au Mali n’est pas différent du djihadisme des banlieues européennes.

Si on en revient au meurtrier de Nice, il n’était pas djihadiste depuis une semaine, mais pour commettre son attentat, il a bien dû s’identifier aux djihadistes : la revendication islamiste a certainement apporté à son geste une sorte de légitimation, quand bien même sa motivation réelle venait de ses frustrations sociales, de ses déboires de couple et de ses troubles psychiatriques. De cette tragédie à Nice, je suis tenté de conclure, provisoirement, que ce n’est pas l’islam qui conduit au terrorisme, mais que des criminels se drapent dans les couleurs de l’Islam. La totalité des auteurs d’attentats en Europe sont des voyous repérés par la police avant qu’ils ne se métamorphosent en terroristes islamistes : le djihadisme vient en second.

Si mon hypothèse est juste, il devient plus urgent de lutter contre la criminalité que contre le djihadisme en soi. Les interventions militaires en Syrie, au Mali, en Libye évitent que ne se constituent là-bas des États dangereux, mais elles ont peu d’effet sur le terrorisme en Europe. Chez nous, appliquer la stratégie policière américaine de la tolérance zéro, réprimant sévèrement la moindre infraction pour stopper l’escalade du crime, me paraîtrait plus efficace que de laisser, comme on le fait, les petits criminels en liberté. Pour ceux-là, l’Islam est un masque dont ils s’affublent pour devenir de grands criminels : avant d’être des djihadistes, ils restent des criminels et devraient être combattus comme tels, sans pompeux discours.

Sur le web

  1. bien, mais à signaler tout de même, l’expansion antichretienne en Afrique

    1. … Appuyée par toute la socialoperie en Europe et spécialement en France.

  2. Excellent article !!!!

  3. Il y a tout de même une différence importante entre ces actes terroristes et des crimes « ordinaires », c’est que les criminels savent que pour eux leur acte s’accompagnera de leur propre mort, soit de manière délibérée avec une ceinture d’explosifs autour du corps, soit parce que tôt ou tard ils savent qu’ils finiront par être abattus par la police. Le cas abdesslam qui est maintenant en prison est une exception liée au fait qu’il n’a pas totalement accompli son acte.

  4. La négation que l’Islam est en guerre contre l’occident.
    L’Islam est une religion totalitaire à sa base. Comme le communisme ou national-socialisme.

    Comme le communisme voulait la destruction de tous les bourgeois et la lutte des classes, comme le national socialisme et la lutte des races, l’Islam c’est la prédominance de l’obligation de croyance et la lutte des religions.

    Cela ne veut pas dire que tous les communistes voulaient tuer des non-ariens. Et certainement dans les pires, on y trouvait des nouveaux convertis ou des gens qui n’avaient pas lu une ligne de Karl Marx, comme le dernier terroriste qui n’a certainement vécu en préceptes musulmans ou lu le coran.

    Quand une idéologie expose que les incroyants sont des mécréants et que vous ne leur devez pas le respect.
    Si une majorité ne prend pas les préceptes au pied de la lettre, on peut remarquer aussi que les attentats sur les personnes sont souvent issus de musulmans. Qu’ils sont plus nombreux en prison.

    A force de le nier, de ne pas faire le Nuremberg de l’Islam. C’est la société qui souffre.

  5. D’accord avec l’article, et d’accord avec gc, phil zof et Hug ci-dessus. Je pense qu’il y a un mélange de tout. Aussi bien de fervents croyants sincères dans leur folie que de vulgaires criminels. Certains veulent se faire tuer ou se tuer et d’autres pas. Même s’ils peuvent imaginer ne pas se faire tuer, tout comme le criminel « normal » qui est persuadé qu’il ne se fera pas arrêter. On peut imaginer un violeur attiré par le jihad en Syrie ou en Irak pour aller violer ou tuer en toute impunité sous couvert de l’islam. Il faut aussi prendre en compte le fait que ces pays islamiques sont ceux qui ont le plus haut taux de consanguinité sur la planète, ceci expliquant celà. Mais que l’islam ne puisse certaines fois servir que de prétexte ne fait pas pour autant de l’islam quelque chose de bien. La preuve en voyant comment a évolué la société islamique jusqu’à aujourd’hui.

  6. ces gens là sont sans foi ni loi ; ils se drapent dans une religion pour comèttre leurs méfaits mais ils sont pourris de vices , prostitution , drogue , alcool ….tout ce qu’ils rejettent soi disant sous drapeau de la religion mais qu’ils pratiquent eux même ;des faux culs et des laches , voilà ce qu’ils sont mais certainement pas des hommes , des vrais ;

  7. Enfin du bon sens, la vrai riposte c’est celle qui consiste à endigué la délinquance dont le paroxysme est le terroriste. Quelqu’un qui commet l’agression (souvent armé) déshumanise ses victimes. Le karcher est toujours d’actualité, et dans toutes l’Europe.
    Tolérance 0 contre les agresseurs, des peines fortes et accomplies à termes. Une bonne partie des ordures qui nous ont endeuillé serait encor entre 4 murs. Si certain gamins perdus sont sauva le avec de l’éducation, de la prévention, il faut accepter que d’autre sont foutu, sont devenu véritablement nuisible et agir en conséquence.

  8. J’ai du mal à comprendre cet article…. il me semble qu’il est plus facile si on peut dire de déceler un djihadiste qu’un « futur criminel »… et quelle est la différence entre un criminel et un petit criminel ? la taille?

  9. le terrorisme est, en grande partie, le résultat d’une décolonisation ratée, il émane de sociétés sans liberté, sans prospérité.

    Vous passez à coté de l’essentiel : nommez donc le socialisme qui nous prive de nos liberté à petit feu et nous déresponsabilise sournoisement. Si vous n’osez utiliser ce mot, alors parlez d’étatisme.

  10. Vous avez bien compris monsieur que en stigmatisant constamment, en manquant de respect à des gens pour leur simple couleur de peau ou leur religion, ce pays est en train de creuser le propre terreau de son malheur.QUI NE RESOPECTE PAS AUTRUI NE SERA PAS RESPECTE.Si tu viens en paix, les gens t’accueilleront en paix , si tu cherches les ennuis tu trouveras les ennuis, c’est aussi simple que ca

  11. Excellent analyse !

  12. La folie meurtrière de l’auteur de l’attentat de Nice n’est elle l’œuvre d’un type perdu, au fond du trou qui a trouvé dans la religion et en particulier dans l’islam radical le moyen d’en finir en laissant une trace indélébile.

  13. peut on m’expliquer les règles de refus d’un commentaire. Si l’on ne peut pas ne pas être d’accord sur ce sujet avec l’auteur, même en étant respectueux, il faut nous le dire, cela permettra de ne pas se fatiguer pour rien.

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