L’attentat de Nice en passe de devenir une affaire d’État

Bernard Cazeneuve Credit Parti Socialiste (Creative Commons)

Bernard Cazeneuve est en train de s’empêtrer dans ce qui est maintenant l’affaire de la destruction des images de l’attentat de Nice.

Par Éric Verhaeghe.

L’attentat de Nice en passe de devenir une affaire d’État
Bernard Cazeneuve Credit Parti Socialiste (Creative Commons)

Après l’attentat de Nice, ça craint méchamment du boudin pour Bernard Cazeneuve, lampiste officiel de François Hollande et de Manuel Valls. Même Slate, le site de Jacques Attali, est en train de le lâcher en plein vol et sans parachute. L’atterrissage risque d’être douloureux !

Mais que s’est-il passé après l’attentat de Nice ?

Petit à petit, c’est un imbroglio officiel qui se dessine, un de plus diront les mauvaises langues ! pour une majorité parlementaire dont la cacophonie est une marque de fabrique. Il devient d’ailleurs de plus en plus difficile de comprendre ce qui s’est passé dans les heures ayant suivi l’attentat.

Ce qui est acquis, à ce stade, est que les caméras de vidéosurveillance ont bien fonctionné à Nice, et qu’elles regorgent d’images de l’attentat. Le spectacle est si convainquant que François Hollande s’est fait personnellement envoyer une copie du best-of le samedi qui a suivi la tragédie. Dès le week-end suivant le drame, l’Élysée pouvait donc constater l’épaisse différence entre les propos soutenus par son ministre de l’Intérieur (qui a toute sa confiance) et la réalité.

Dans la foulée, la Sous-Direction de l’Anti-Terrorisme (SDAT) a envoyé deux policiers auprès de Sandra Bertin, chef du centre de supervision urbain de la ville de Nice, pour regarder les images. La SDAT, sous le contrôle du Parquet (donc de François Molins), a demandé à Sandra Bertin de rédiger un rapport sur le dispositif présent ce soir-là, puis a demandé la destruction des images.

Les accusations de Sandra Bertin

Selon Sandra Bertin, cette opération a essentiellement visé à dissimuler la vérité sur les carences de la police nationale au moment de l’attentat, et à empêcher de les démontrer. Elle soutient que le cabinet du ministre lui-même a fait pression pour maquiller les faits. Voici ses propos :

« Le lendemain des attentats, le cabinet du ministre de l’Intérieur a envoyé un commissaire au CSU (centre de supervision urbain) qui m’a mise en ligne avec la Place Beauvau », raconte Sandra Bertin (…).

La chef du CSU dit avoir « eu affaire à une personne pressée qui m’a demandé un compte-rendu signalant des points de présence de la police municipale, les barrières, et de bien préciser que l’on voyait aussi la police nationale sur deux points dans le dispositif de sécurité ». (…)

« Je lui ai répondu que je n’écrirais que ce que j’avais vu. Or la police nationale était peut-être là, mais elle ne m’est pas apparue sur les vidéos. Cette personne m’a alors demandé d’envoyer par e-mail une version modifiable du rapport, pour +ne pas tout retaper+. J’ai été harcelée pendant une heure, on m’a ordonné de taper des positions spécifiques de la police nationale que je n’ai pas vues à l’écran. À tel point que j’ai dû physiquement renvoyer du CSU l’émissaire du ministère ! », poursuit Mme Bertin.

« J’ai finalement envoyé par e-mail une version PDF non modifiable et une autre modifiable. Puis, quelques jours plus tard, la sous-direction antiterroriste m’a demandé d’effacer les bandes des six caméras que j’ai mentionnées dans mon rapport, celles qui ont filmé la tuerie. On nous a demandé, pour les besoins de l’enquête, d’extraire huit jours de bande sur 180 caméras. Et maintenant il faudrait en effacer certaines pour empêcher leur diffusion au public », ajoute-t-elle.

Voilà qui commence à faire sérieusement tache. Entre les demandes de trucage des positions et l’ordre de détruire les images en possession de la ville de Nice, on dirait que le Parquet n’est pas très loin de l’affaire d’État.

À ce stade, on notera que François Molins prend sur lui la responsabilité de ces demandes. Son insistance montre bien dans quel pétrin se trouve l’Élysée, et comment François Hollande multiplie les pare-feux pour éviter la contagion de l’incendie jusqu’au Château.

Cazeneuve patauge dans la salade niçoise

Pour Bernard Cazeneuve, à qui la clique socialiste a redit sa confiance et son amitié, comme un avant-goût de discours mortuaire, la situation va vite devenir intenable. Notre brillant ministre de l’Intérieur a organisé son propre piège : il a déposé plainte pour diffamation contre la fameuse Sandra Bertin. Voilà ce qui s’appelle se tirer une balle dans le pied.

En effet… c’est donc un magistrat du siège qui va devoir juger si oui ou non les accusations de la policière municipale contre le Parquet sont justifiées. Et le plaignant n’est autre que le ministre de l’Intérieur lui-même. Dans le remake de David contre Goliath, du gentil pot de terre face au méchant pot de fer, cette affaire devrait trouver une place digne d’Hollywood.

On s’amuse par avance des polémiques que la mairie de Nice pourra lancer à foison contre l’alliance des puissants qui veut étouffer une vérité qui la dérange. Personne ne sait quel peut être l’abruti qui a proposé à Cazeneuve d’apporter une réponse judiciaire à l’attaque, mais il mérite en tout cas une médaille de premier ordre.

Ajoutons que dans le bourbier niçois où Cazeneuve saute à pieds joints, Sandra Bertin est aussi déléguée syndicale. Tous les ingrédients sont donc réunis pour un enlisement du ministre dans les sables mouvants. Même un bleu n’aurait pas agi de la sorte.

Cazeneuve démasqué

Si Cazeneuve fait propre sur lui et se montre docile aux intérêts du gouvernement profond, son ambivalence apparaît de façon grandissante.

On se souvient ici de ses dénis sur l’affaire de Sivens, de sa façon de manquer d’empathie pour les victimes, de cette froide hostilité pour tous ces gêneurs qui demandent une police au service du citoyen. Mais, à l’époque, Cazeneuve faisait peur aux médias qui se sentaient obligés de lui cirer les pompes. L’exercice est de plus en plus difficile à mener.

Tant que les attentats du 13 novembre n’étaient pas survenus, on pouvait encore ranger dans la catégorie paranoïaque de « complotistes » tous ceux qui pointaient les circonstances troublantes de l’attentat contre Charlie Hebdo ou contre l’Hyper Casher. Depuis le 13 novembre, à mesure que les mois passent, cette disqualification des esprits critiques est de plus en plus difficile à justifier.

Cazeneuve ne l’a pas compris, et a continué à sortir ses salades comme si de rien n’était après l’attentat de Nice.

Le 16 juillet, Cazeneuve annonçait ainsi à la presse que l’auteur de l’attentat de Nice s’était radicalisé rapidement. Le Parquet (indépendant du pouvoir, bien entendu) était en charge de l’affaire, mais c’est le ministre de l’Intérieur qui commente le dossier. Pour dire une bêtise puisque, dès les premières heures, les enquêteurs comprenaient que le terroriste préméditait son acte depuis plusieurs mois.

Le 21 juillet, Cazeneuve accusait Libération de complotisme, après des révélations sur les failles de la police. Le voilà, l’argument ! tous ceux qui demandent des comptes à la police sont des complotistes.

Cette fois-ci, Cazeneuve devrait avoir droit au repas qu’il mérite : il mangera son chapeau. Et, souhaitons-le pour tous ceux qui en ont assez de cette caste au pouvoir pleine de morgue, il démissionnera.

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