Brexit : la fin de l’Europe bureaucratique ?

Publié Par Simone Wapler, le dans Europe

Par Simone Wapler.

L’Union européenne était au départ un beau projet. Un espace d’échange libre sans barrière douanière, sans tracasserie frontalière. Tout bipède européen allait pouvoir nouer des transactions civilisées avec un autre bipède ce qui était un gage de paix et de prospérité.

Des échanges gagnant-gagnant

Qu’est-ce qu’une transaction civilisée, me direz-vous ? C’est un échange dans lequel l’acheteur et le vendeur fixent librement leur prix. Pas de contraintes, pas de contrôle du prix par une autorité prétendument supérieure, pas de subvention financée par tous pour inciter certains à produire, pas de taxe pour dissuader d’acheter…

Cette liberté est la seule garantie que l’acheteur soit satisfait d’acheter et le vendeur content de vendre. La civilité tient à cela, à des échanges gagnant-gagnant, sans bras de fer. Quant à la paix et à la prospérité, il me semble que l’Histoire prouve que les régions paisibles sont plus prospères que les autres et inversement, même si vous pouvez toujours argumenter sur l’oeuf et la poule.

Reconnaissons que l’Union européenne commençait plutôt bien ! Certes, le tunnel sous la Manche connut des débuts financiers laborieux. Mais avec Suez et Panama, on en avait vu d’autres. Certes la PAC (politique agricole commune) était incompréhensible mais labourage et pâturage n’étaient plus nos mamelles nourricières depuis belle lurette. Les effets nocifs de la PAC semblaient donc marginaux. Les étudiants allaient respirer l’air des autres capitales ; EasyJet et RyanAir taillaient des croupières à de vieux mastodontes nationaux qui profitaient de leurs monopoles…

Et puis, quelque chose a déraillé. La machine est devenue folle.

Quand les réglementations européennes déraillent

La France est devenue amnésique sur l’ouverture promise de pans entiers de son économie et de son capitalisme d’État. L’assurance sociale étatique ne fut jamais mise en concurrence.

Une folie de normes et de standards s’abattit plutôt sur nos têtes et même sur celles des animaux. Les vaches n’ont plus le droit de passer la nuit dehors. Le bien-être des truies est réglementé car “La protection des porcs est un domaine qui relève de la compétence de la Communauté“. Des dizaines de milliers de normes européennes régissent donc désormais les menus détails de nos vies. Les oreillers, les draps, les réveils, les matelas, les lits, les oeufs, le lait, les automobiles, l’ameublement, la construction, les salles de bains, les brosses à dents, les étiquettes de ce que nous consommons,… Tout ceci a un prix et de nombreux biens et services se sont renchéris.

Que s’est-il passé ?

Une attaque en règle des zombies, des kleptocrates. Ils ont inoculé une tumeur de la norme, une tumeur maligne, dégénérant en cancer.

Le cancer des normes

La norme est une arme merveilleuse de la bureaucratie. Le plus souvent, elle n’a nul besoin d’être votée. Elle érige une barrière pour les concurrents qui ne font pas partie du sérail. Grâce à un lobbying efficace (mais coûteux et dont au final vous paierez le prix), ses contours sont dessinés par les plus puissants acteurs. Plus la réglementation est compliquée, plus la barrière sera infranchissable, plus la concurrence s’amoindrira. Cette complexité permet aussi de justifier une armée de bureaucrates ayant la délicate mission de s’assurer du respect de ladite réglementation. Normes et mises aux normes sont aussi une source de revenus pour les États qui en profitent en taxant les surcoûts au titre de la TVA. Dans ce sens, le cancer des normes débouche sur l’inflation, cet impôt qui ne dit pas son nom, n’est pas débattu et n’est pas voté. Bref, la norme satisfait l’ensemble de la classe kleptocratique.

Si cette Europe-là est chamboulée par le Brexit, bravo !

Et ça commence semble-t-il.

De l’huile sur le feu du Brexit

“Le Round-Up sauvé par le Brexit”, nous apprenait Mediapart le 28 juin. Car “malgré un risque cancérogène jugé improbable”, selon Les Echos, l’usage de ce désherbant devait être interdit à partir de la fin du mois de juin. Le commissaire européen1 à la Santé Vytenis Andriukaitis a probablement jugé prudent de ne pas jeter de l’huile (conforme aux 20 réglementations européennes sur les huiles et corps gras s’il s’agit d’huile alimentaire et davantage s’il s’agit d’huile mécanique) sur le feu du Brexit.

Je n’ai aucune action de la société Monsanto qui produit le Round-Up. Mais il me semble bizarre que seule l’Europe pense à se priver du désherbant le plus utilisé dans le monde. À moins, évidemment, que les Allemands n’aient un robot-désherbant-sélectif à vendre dans l’Union européenne.

Mais si le Round-Up était vraiment dangereux ? Après tout, l’arsenic également utilisé comme désherbant en son temps a connu une utilisation détournée qui a inspiré de nombreux auteurs de romans policiers. Notre commissaire a la solution : “L’approbation de l’UE signifie seulement qu’ils (Les pays souverains) peuvent autoriser des produits phytopharmaceutiques sur leur territoire, mais ils ne sont pas obligés de le faire”, a-t-il déclaré. En gros, vous pouvez toujours interdire ce que nous laissons permis. Voilà à quoi tient un marché, des investissements, des emplois…

Dans un autre domaine si, misant sur la déréglementation aérienne, vous aviez été heureux actionnaire d’EasyJet entre 2009 et 2015, vous auriez profité d’un cours multiplié par six. Le marché de la compagnie menace de se refermer et c’est la descente aux enfers.

En tant qu’investisseurs civilisés, nous pouvons tirer une conclusion de cela : nous devons privilégier plutôt des entreprises qui ne dépendent pas du protectionnisme de normes ou de barrières, qui opèrent sur les marchés les plus concurrentiels et les plus ouverts possibles. Et voir toute mesure protectionniste comme une menace.

Pour plus d’informations et de conseils de ce genre, c’est ici et c’est gratuit

  1. Pour les Euronuls : chaque commissaire est proposé, en fonction des recommandations de son État membre d’origine, par le président de la Commission au Conseil européen qui propose à son tour au Parlement européen un collège de commissaires. Les commissaires doivent être choisis “en raison de leur compétence générale et de leur engagement européen et parmi des personnalités offrant toutes garanties d’indépendance” (article 17 TUE).
    Vytenis Andriukaitis est un médecin Lituanien qui fut brièvement ministre de la Santé dans son pays.
  1. « Le cancer des normes » à Bruxelles, c’est le libéralisme poussé à paroxysme, un système où TOUT s’achète, y compris la possibilité pour un lobby d’acheter des normes à son avantage. Fantastique.

    1. Oui, c’est bien connu, le libéralisme a tout pourri. Même le climat. M’étonnerait pas que le libéralisme déclenche aussi le vrai cancer… Et la disparition des abeilles.

    2. Le libéralisme n’est pas l’autre nom de la corruption ! Puisque ce que vous décrivez se produit sous tous les régimes politiques, à ceci près que les prétentions affichées de ces systèmes divergent et que ce ne sont pas les mêmes structures qui sont employées pour abuser d’une position dominante et intéressée.

  2. Je ne vois vraiment pas en quoi le Brexit peut être la fin de l’Europe bureaucratique.
    D’autre part, contrairement à ce qui est affirmé par certains, la bureaucratie générant des normes est l’émanation du pouvoir supra-étatique de l’Europe; elle n’est donc pas l’émanation directe de nos représentants au Parlement Européen.

    Les normes tant décriées par ceux qui doivent les appliquer devraient, chacune, être l’objet d’un vote spécifique par l’Assemblée Européenne.

    Dans une économie libérale c’est à dire où l’entreprise privée est la règle, il est donc normal que l’on définisse des critères communs à telle ou telle production. Si les normes ne sont pas adaptées, il importe que le pouvoir normatif supra-étatique soit redéfini par les élus sensés représenter la population des Etats membres.

  3. Je ne suis pas écolo mais par contre j’ai été élevé en milieu rural, à côté de Chantilly, dans les années 60. Je n’ai pas eut besoins de faire pousser des lentilles dans du coton humide pour comprendre la nature: nous cultivions ou élevions 80% de ce ce que nous consommions et le lait venait de la ferme. Je ramassais les crottins des pur sangs, montés par Saint Martin ou Freddy Head, qui revenaient de l’entrainement. Mon butin servait d’engrais aux rosiers qui cernaient le potager attirant ainsi les insectes polènisateurs. Nous sulfations un peu les groseilliers et certains arbres fruitiers, et on désherbait à la binette. Nous élevions des lapins et des poules. On faisait une dizaine de confitures différentes.

    Je suis aussi un Libéral convaincu et je n’aime pas les oligopoles. Le Round Up n’a pas sa place dans une économie libérale. Au delà de l’idée saugrenue que dans un monde déjà obèse il faudrait produire toujours plus, celle d’empoisonner la nature pour ne pouvoir faire pousser que certaine semences me choque. C’est bien une idée de Parisien qui n’a jamais tué un poulet pour le manger. Je ne suis pas un Ludite contre le progrès. Bien au contraire. Je ne crois pas qu’enferré les paysans dans des contrats léonins avec les semenciers soit libéral. Sortons les de cette folie de subventions, normes et impôts hallucinants. Redonnons à ceux qui le souhaitent la possibilité de revenir à des modèles de culture extensive, à forte valeur ajoutée, orientés vers la qualité plutôt que la quantité. Donnons leur la possibilité de commercialiser leur produits directement, par l’internet ou dans les centaines de milliers de boutiques abandonnés dans nos centre ville provinciaux. Non je ne veux pas que la Beauce reçoivent des milliers de tonnes de Round Up et que rien ne pousse d’autre que les semences stériles de Monsanto et que ce poison s’infiltre dans les nappes phréatiques. Il faut sortir de la dictature de la PAC et de l’INRA. Au XXIème siècle « small is beautiful ». Repeuplons nos campagne et créons y de l’emploi. Rendons la nature aux paysans, ils la connaissent. Laissez les faire.

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