Tuerie d’Orlando : Obama prudent, Clinton discrète, Trump choquant

La réaction du personnel politique américain ne s’est pas fait attendre. Obama et Hillary Clinton ont joué la prudence tandis que Donald Trump a joué la provocation.

Par Pierre Toullec.

Donald Trump
By: Marc NozellCC BY 2.0

Souvent caricaturés comme étant le pays connaissant le plus de morts par armes à feu, la nuit du 11 au 12 juin 2016 a surtout été le témoin d’une nouvelle attaque terroriste à Orlando, Floride. Après Tel Aviv, Bruxelles, Paris et de nombreuses autres attaques à travers le monde, ce phénomène a repris depuis ces derniers mois une ampleur inégalée depuis le 11 septembre 2001. Les réactions des dirigeants politiques américains furent particulièrement différentes dans le ton et les termes utilisés.

Bien qu’il soit devenu impopulaire par la suite, la réaction du Président George W. Bush dans les heures qui ont suivi les quatre attaques du 11 septembre restent un modèle de réaction forte mais calme et pragmatique avec un souhait d’unité du pays face à ce drame.

La réaction du président Obama : politiquement engagée mais présidentielle

La première pensée du président Obama lors de sa réaction officielle à l’annonce du massacre fut un message posé avec une voix confiante, résolue et de sympathie envers les victimes et leurs familles. Il a exprimé clairement, dès les premières secondes, qu’il s’agissait d’une attaque terroriste de grande ampleur (erreur qu’il avait commise en ne dénonçant pas les attaques de 11 septembre 2012 à Bengazi comme étant terroristes).

Il a qualifié cette attaque comme étant une action de haine et que la réaction du gouvernement et du peuple américain devait être « l’union et la résolution dans notre volonté de défendre notre peuple ».

Il a précisé qu’il avait immédiatement rencontré les dirigeants du FBI en coordination avec la police d’Orlando. Pour le président Obama, il s’agit bien d’un acte de terrorisme mais a refusé de lier cette attaque à d’autres éléments avant que l’enquête ne soit terminée. Notamment, il est possible – voire probable – que cet acte était aussi motivé par l’opinion homophobe de l’attaquant mais le président n’a pas souhaité porter de jugement à cet égard avant les conclusions de l’enquête. Il s’est, à ce sujet, contenté d’exprimé son soutien à cette communauté, précisant que toute communauté autre que les homosexuels aurait pu être visée. Son message a clairement exprimé une volonté d’unité et d’apaisement lors d’un moment de colère du peuple américain.

Le point négatif de son intervention fut que le président Obama a condamné la « facilité » à porter une arme au sein des États-Unis. Dans ce cas précis, sans avoir tous les éléments, il a quitté quelques instants sa fonction présidentielle pour donner une opinion personnelle, n’ayant jamais caché être anti-droit à l’auto-défense. Or, dans les heures qui ont suivi, le nom du terroriste a été dévoilé : Omar Mateen, qui était connu des services du FBI, donc de l’exécutif américain dont le président est en charge, pour avoir ouvertement proclamé son affiliation à ISIS et considéré comme une menace terroriste depuis 2013.

La réaction de Hillary Clinton : présidentielle et prudente

Lors d’une élection présidentielle américaine, chaque nominé d’un parti politique ayant les capacités pour remporter l’élection reçoit les mêmes informations stratégiques, militaires et d’intelligence que le président des États-Unis. Or, Hillary Clinton ne sera pas officiellement candidat avant la fin de la convention démocrate de juillet. Elle a donc choisi d’être particulièrement discrète, n’ayant pas entre ses mains les informations dont dispose le président Obama. Elle s’est contentée de soutenir les victimes en anglais et en espagnol, affirmant qu’en tant que citoyenne, elle ne pouvait qu’attendre les résultats de l’enquête avant de porter un jugement sur les événements et leurs conséquences.

Gary Johnson : un discours dur mais dans l’attente des conclusions de l’enquête

Le gouverneur Johnson est pour le moment le seul candidat désigné par son parti, le Libertarian Party, mais n’a pas encore accès aux informations du président Obama (à ce sujet, il est possible que le gouvernement fédéral, aux mains des républicains et des démocrates, cherchent à l’empêcher d’y avoir accès tout au long de la campagne, lui donnant un fort désavantage pour la présidentielle). Il a fortement condamné « un acte de violence [digne] d’un lâche ».

Contrairement au président Obama mais comme Hillary Clinton, il n’a pas souhaité utiliser le terme d’acte terroriste tant que les autorités n’auront pas publié les conclusions de l’enquête, considérant qu’il n’avait pas les informations nécessaires pour le moment en tant que simple citoyen.

Donald Trump : une réaction rapide, violente et considérée par plusieurs comme choquante

Donald Trump, le présumé candidat républicain, n’y est pas allé de main morte. « Roi » de Twitter, n’hésitant pas à utiliser massivement cet outil pour faire passer ses opinions, plusieurs commentateurs ont rapidement réagi à ses réponses face à cette attaque terroriste pour affirmer que son comportement fut à l’opposé du calme et de la résolution du président George W Bush le 11 septembre 2001.

Alors qu’il venait de recevoir l’information, sa réaction fut immédiate, publiant « nous devons être intelligents », sous-entendant que le président Obama et les autres candidats ne le sont pas. Dans les minutes qui ont suivi, il a publié ce Tweet, qui a causé le plus de ravages auprès des commentateurs politiques.

trump
« J’apprécie les félicitations pour avoir eu raison sur le terrorisme islamiste, je ne veux pas de félicitations, je veux de la solidité et de la vigilance. Nous devons être intelligents ! »

Il s’est enfin tiré une balle dans le pied lorsqu’il a publié : « Nos dirigeants sont faibles et inefficaces. J’ai appelé à la mise en place d’un ban [contre l’entrée de musulmans non-citoyens américains NDLA]. »

Le problème est que Omar Mateen, le terroriste d’Orlando, était un citoyen américain non pas par naturalisation mais de par sa naissance à New York. Tout comme Donald Trump, il était issu d’une famille de migrants (la mère de Donald Trump est née en Écosse). Légalement et constitutionnellement, Omar Mateen avait donc le même statut que Donald Trump.

Le ban contre l’entrée de musulmans sur le territoire américain est déjà anticonstitutionnel car le premier amendement précise bien qu’aucune limitation ne peut être créée sur des individus en fonction de leur religion ou leur opinion. La constitution américaine précise donc bien qu’il ne peut pas y avoir de limites posées sur des individus. Même les non-citoyens sont donc protégés par la constitution.

Autre problème, même si le ban contre les musulmans non-citoyens était mis en place aux États-Unis, c’est-à-dire la proposition exacte de Donald Trump, cela n’aurait eu aucun impact sur l’attentat d’Orlando puisque Omar Mateen était citoyen de naissance !

Certes la proposition de Donald Trump est anticonstitutionnelle, mais même si elle ne l’était pas, elle n’aurait eu aucun impact. Pour qu’elle en ait eu, il faudrait dans ce cas que Donald Trump change sa position et mette en place soit une éviction des citoyens musulmans comme la France l’a fait en 1918 avec les Alsaciens non-francophones, soit mettre les citoyens musulmans en camps de concentration comme le président Roosevelt l’a fait avec les citoyens d’origine japonaise durant la seconde guerre mondiale, une action jugée alors contraire à la constitution.

En deux Tweets, Donald Trump a été le seul candidat à tirer des conclusions à partir d’informations que même le président Obama n’avait pas et a réussi à contredire son propre programme politique vis-à-vis des musulmans.

Bernie Sanders : un discours qui se droitise ?

Le candidat à la primaire démocrate Bernie Sanders n’a pas réellement été un pacifiste au cours de sa carrière, soutenant les interventions militaires notamment du président Bill Clinton. Comme Donald Trump et Barack Obama, sa première réaction fut de condamner un « acte de terrorisme » et d’exprimer ses condoléances aux familles des victimes et à la communauté « LGBTQ ».

En revanche, lorsque l’information fut confirmée dans la soirée de dimanche que le terroriste était affilié à ISIS, il fut le candidat le plus violent, publiant le commentaire suivant : « Avec ce que nous savons désormais, c’était un acte terroriste venant d’un sympathisant d’ISIS. Cette organisation effroyable et barbare doit être détruite. » Avec ce message, cela a fait de lui le candidat à la présidentielle le plus violent dans les termes et la réponse proposée suite à l’attentat d’Orlando.