La CGT : cinquième colonne ou chant du cygne ?

Philippe Martinez-PASCALVAN(CC BY-SA 2.0)

Le chantage spectaculaire de la CGT aura coûté plus de 900 millions d’euros, sans compter les conséquences financières sur le commerce.

Par Jacques Garello.

Philippe Martinez-PASCALVAN(CC BY-SA 2.0)
Philippe Martinez-CGTPASCALVAN(CC BY-SA 2.0)

Que va faire Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT ? Il peut aller jusqu’à l’ultime affrontement, ou abandonner la partie. Il est certain en tout cas que cette semaine sera décisive pour la paix civile et sociale, et pour l’avenir du syndicat insurrectionnel. Deux jours de grève de cheminots, grève partielle de la RATP : sans doute de quoi paralyser le pays et nuire aux Français, notamment Franciliens, mais pas de grève générale à laquelle appelle pourtant Philippe Martinez.

En fait, il y a contraste entre le bruit de la CGT et la puissance de la CGT.

Le bruit de la CGT

Il a été assourdissant, amplifié par les médias et le gouvernement.

Les journaux télévisés ont présenté une France en état de guerre civile, avec des syndicalistes décidés, révoltés par les attaques dont ils se disaient victimes, et des forces de l’ordre bien visiblement déployées. Dans ce décor de pneus brûlés, de boucliers alignés, la CGT est passée pour victime de l’arbitraire et gardienne de la démocratie.

Il faut toutefois tendre l’oreille pour saisir quelques détails. Ainsi en est-il des « votes » qui ont décidé « la grève » dans les raffineries. À Notre-Dame-de-Gravenchon sur 2 000 salariés, 20 ont refusé de reprendre le travail. Commentaire de Philippe Martinez chez Jean-Jacques Bourdin, sur BFM TV le 25 mai : « c’est le vote des salariés qui légitime notre action, nous sommes victimes de l’entêtement d’un gouvernement qui ne respecte pas la démocratie en imposant la Loi Travail ». À Fos-sur-Mer, 200 manifestants bloquent la raffinerie, et les gendarmes n’ont aucun mal à les disperser : interviews sur les violences policières et appel à tous les travailleurs de se solidariser par la grève générale pour le pouvoir d’achat et la sauvegarde du droit du travail. C’est la France des travailleurs qui se dresse contre la France des politiciens, de ceux qui trahissent leurs promesses et la classe ouvrière.

Quant au gouvernement, sa communication n’a pas calmé le jeu. Pendant trois semaines il a laissé s’installer le désordre, le pillage, alors même qu’il déclare le pays en état d’urgence. Jour après jour son crédit s’est effondré, au point de voir une voiture de police brûlée et ses occupants agressés sans merci. C’est au point que les policiers à leur tour ont manifesté : quis ipsos custodes custodet ? Le spectacle est celui de la débandade totale et de réactions de Clochemerle : quotas de carburant aux pompes, déviations, contraventions.

La puissance de la CGT

Pour autant, que restera-t-il de la CGT au lendemain de cette triste aventure ? Elle se retrouvera isolée puisque la FO de Mailly n’a pas suivi l’escalade de la violence. Elle n’aura pas reconquis un électorat et dégringolera dans les scrutins du printemps 2017.

Alors, pourquoi cette tactique insurrectionnelle ?

C’est précisément que la CGT a vu dans la loi Travail une grosse épine dans son gros pied. Privée d’adhérents et d’adhésion, sauf dans quelques rares confédérations comme la chimie, la CGT n’a de véritable potentiel qu’au niveau de son état-major, et de quelques grandes branches. Si la loi autorise les salariés à négocier avec leurs employeurs au niveau de l’entreprise, le siège de la CGT sera vide ; d’ailleurs 95 % des entreprises privées n’ont pas de délégation syndicale ! Donc, c’est la survie de la CGT qui est en cause.

Reste enfin le spectaculaire chantage exercé sur le pays et l’économie. Le coût approchera pour la semaine quelque 900 millions d’euros directement, et bien davantage en termes commerciaux, avec la déconvenue des clients et des fournisseurs. Le dommage aura été causé par moins de 5.000 Français, terrorisant leurs compatriotes. On appelait cela il y a un siècle  « la cinquième colonne », les ennemis de l’intérieur, les combattants de l’ombre. Cette cinquième colonne s’est illustrée pendant la guerre d’Algérie, en prêchant la désertion, en abritant les poseurs de bombes, en trompant l’opinion publique. Faudra-t-il encore la supporter longtemps ? En France la barbarie n’est pas le monopole des djihadistes.

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