Brexit : messieurs les Anglais, tirez-vous les premiers !

Espérons que la Grande-Bretagne soit, comme maintes fois par le passé, le poisson-pilote des libertés en Europe : réponse le 23 juin prochain.

Par Serge Federbusch.

Boris Johnson
Boris Johnson By: Federation European Cyclists’CC BY 2.0

Certes, les Anglais, notamment grâce à Margaret Thatcher, ont réussi à limiter la casse depuis trente ans. N’ayant pas adopté l’euro, cette purge allemande administrée à l’Europe du Sud, ils ont préservé leur croissance. Ils ont en particulier évité les enchaînements délétères de la monnaie unique. Un taux de change surévalué plombe les entreprises et conduit les États à augmenter interventions et déficits. Ces derniers sont financés par la planche à billets qui permet le maintien d’un taux de change inadapté, etc. Les étoiles du drapeau européen forment un cercle vicieux.

Ce qui chagrine les Britanniques tient plutôt au spectacle du désordre continental. La contribution nette qu’ils versent au budget de ce Moloch bureaucratique n’est pas non plus pour leur plaire. Familiers des œuvres d’Orwell et Huxley, cette sorte de dictature technocratique molle prétendant faire notre bien leur apparaît pour ce qu’elle est : un système qui, à Bruxelles et à Francfort, échappe peu à peu au contrôle des citoyens.

Le poisson pilote des libertés en Europe

C’est donc à raison qu’un nombre croissant de Britanniques veulent en sortir. Perspicace Albion. Espérons que la Grande-Bretagne soit, comme maintes fois par le passé, le poisson-pilote des libertés en Europe ; réponse le 23 juin prochain.

Bien sûr, comme au mauvais vieux temps des traités de Maastricht et Rome 2, le bourrage de crâne s’intensifie à mesure que le scrutin approche. People, banquiers et petites pépées nous écrivent une nouvelle version de l’Apocalypse. Mais les Britanniques seraient bien avisés, au contraire, de faire preuve d’anticipation. La construction européenne finira par s’effondrer dans un grand fracas. Plus tard ce sera, plus douloureuse sera sa chute. S’ils s’en vont maintenant, les Anglais limiteront leurs déboires futurs et nous permettront peut-être de renégocier les traités qui nous mènent aujourd’hui dans le mur. En bref, ce serait comme en juin 1940 ou en juin 1944 : une singulière preuve d’amitié avec le peuple français que de nous ouvrir à nouveau le chemin de la liberté. Il sera toujours temps de reprendre les outils du bilatéralisme qui sont suffisants pour régler la plupart des difficultés auxquelles nous sommes confrontés.

Le pouvoir économique à Francfort

Car sinon, que se tramera-t-il à Bruxelles ? Même si la victoire des partisans de l’adhésion est étriquée, ces derniers la diront triomphale et poursuivront leurs visées annexionnistes. Le futur ministre des Finances européen qu’ils nous fabriquent en ce moment même n’aura d’autre feuille de route que de continuer à priver insidieusement les peuples des instruments de leur souveraineté. Depuis trois ans maintenant, le pouvoir économique et financier effectif a été transféré chez Mario Draghi à Francfort. Au mieux, les gouvernants locaux font la danse du ventre pour bénéficier de financements à taux zéro afin d’assurer leur réélection ; nous en avons un pitoyable exemple en France ces derniers mois.

Au pire pour les eurocrates, ils font comme de plus en plus d’Allemands : ils pestent contre ceux qui spolient leur épargne. Mais rien ne change et, comme tout système dogmatique, la folle machine bruxelloise est désormais incapable de s’amender.

Aussi, paraphrasant le comte d’Anterroches à la bataille de Fontenoy devons-nous dire haut et fort : « Messieurs les anglais, tirez-vous les premiers ! » Et, pour l’occasion, nous leur accorderons également l’inflexion d’une autre formule célèbre de ce personnage : « Impossible n’est pas anglais ! »

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