Vers l’ubérisation des banques

Publié Par Éric Lewin, le dans Entreprise et management

Par Eric Lewin.

Pay with your smartphone By: Mike MozartCC BY 2.0

S’il y a un sujet qui agite la planète économique et financière mondiale en ce moment, c’est bien l’ « Uber économie ». Cette expression renvoie à toute entreprise dont le business model, tout comme la célèbre start-up américaine de voitures avec chauffeur dont elle tire une partie de son nom, combine technologie et économie participative.

Pour comprendre ce nouveau modèle économique, arrêtons-nous un instant sur le cas Uber que Jim Rickards présente volontiers comme « le plus grand perturbateur du moment ».

Et il n’a pas tort…

Dois-je vous rappeler le bras de fer taxis vs VTC, ponctué de manifestations et d’émeutes, qui a fait couler tant d’encre médiatique ces derniers mois ?

Uber est un perturbateur car il a littéralement bouleversé l’activité de taxi dans son acceptation la plus traditionnelle. L’idée est toute bête : supprimer les intermédiaires afin de mettre directement en relation conducteurs et usagers dans un même espace. Et dans nos sociétés ultra-connectées, à l’ère où smartphones et tablettes règnent en maîtres, rien de plus facile que de dématérialiser ce point de rencontre au moyen d’une application et d’une connexion Internet.

Uber est désormais l’une des sociétés de voiturage les plus puissantes du monde. Pourtant, elle n’a investi dans aucun véhicule, préférant tirer habilement parti d’une flotte déjà existante. Voilà qui est peu cher en investissements, et du coup très rentable !

Il n’est donc pas étonnant de voir le concept faire des émules. Et ce, dans bon nombre de secteurs : hôtellerie (Airbnb), transports (Blablacar), location de véhicules (Ouicar), etc.

L’ubérisation s’attaque aux banques

Si vous les pensiez intouchables, confortablement assises sur un monopole jalousement gardé, sachez que les banques ne sont pas épargnées par le phénomène d’ « uberisation » de la société. Même s’il a été touché plus tardivement, le secteur bancaire est désormais un terrain très fertile en la matière et fourmille de start-ups peu conventionnelles cherchant à renouveler le genre des services financiers et bancaires.

Et, de la même façon qu’Uber ne possède aucun véhicule, ces jeunes pousses de la finance privilégient Internet et n’ont ni succursales, ni guichets, ni distributeurs de billets ou tout autre matériel physique que possède une banque.

De fait, leurs coûts de structure sont particulièrement bas par rapport à ceux des banques traditionnelles, ce qui les rend donc extrêmement compétitives.

Cela n’a pas échappé à Jamie Dimon, DG de JP Morgan, qui déclarait dans l’une de ses dernières lettres à ses actionnaires :

« La Silicon Valley est en marche et des centaines de start-ups, avec des cerveaux et de l’argent, travaillent sur des alternatives aux services financiers classiques. » Et de poursuivre : « Ces entreprises, portées par les progrès de l’informatique, du big data et des réseaux, fondent sur une proie désormais à leur portée, car enserrée dans un carcan réglementaire qui réduit sa marge de manoeuvre. »

Traduction : ces sociétés représentent une sérieuse menace concurrentielle pour les banques. Plus compétitives et plus technologiques, elles sont littéralement en train de casser les codes actuellement en vigueur dans le secteur.

Quand vous révolutionnez un secteur aussi lourd et puissant que l’industrie bancaire, deux seules issues sont possibles : vous vous faites broyer et vous disparaissez… ou bien vous réussissez votre pari et vous les « challengez ».

Fintech : la nouvelle garde de l’industrie financière

Selon une étude de KPMG, ces petites perturbatrices se divisent en deux groupes « les disruptors qui viennent bousculer le marché et les enablers qui viennent faciliter les activités traditionnelles du secteur. »

Mais, au final qu’elles aient vocation à bousculer ou à faciliter les activités bancaires et financières, elles appartiennent à une seule et même famille : les Fintech (contraction de « finance » et « technologie »).

Et, derrière ce terme bricolé se cache un écosystème aussi passionnant que bigarré. S’il est donc difficile d’en dresser un inventaire exhaustif, on peut malgré tout distinguer quelques grandes catégories :

  • le financement pour les entreprises (crowdfunding) ;
  • le prêt (crowdlending) ;
  • le paiement en ligne (et mobile !) ;
  • l’échange de devises ;
  • la gestion de comptes et autres activités bancaires ;
  • le transfert d’argent (notamment via des crypto-monnaies type bitcoin), etc…

Comme vous pouvez le constater, les Fintech colonisent tout le spectre des activités bancaires et ont un seul et même dessein : révolutionner notre rapport à l’argent, et l’usage que l’on en fait, via des services de nouvelle génération à bas coût, faciles d’accès et de meilleure qualité.

Et, pour damer le pion aux vieux de la vieille, cette nouvelle garde de l’industrie financière joue à plein la carte technologique…

Pour plus d’informations et de conseils de ce genre, c’est ici et c’est gratuit.

  1. Que de mots pour démontrer que l’on n’a rien compris !

  2. Le seul inconvénient, la sécurité pour les prêteurs. Sauf erreur, le système de crowdfunding et le crowdlending présentent pas ou peu de garanties pour les apporteurs de fonds. La seule garantie est leur extrême sélectivité des projets. Ces systèmes sont encore plus frileux que les banques. C’est leur seul moyen de contenir le risque.

    Malgré un démarrage il y a quelques petites années, leur poids dans le financement de l’économie est totalement marginal.

    Pour les voir démarrer vraiment, il leur faudra rassurer leurs apporteurs et leur octroyer des garanties.

    1. Ca c’est l’argument majeur des banques et des Etats, mais c’est comme de dire qu’on serait plus en sécurité avec un taxi régulier qu’avec un véhicule Uber. Dans le crowdfunding, c’est le prêteur qui examine l’emprunteur ou l’association qui le présente et qui décide si oui ou non il va courir le risque. C’est comme ça que marchent les affrètements maritimes depuis la plus haute Antiquité. Et ça marche très bien, sauf quand l’état se mêle de confisquer une grande part des bénéfices à son profit : les apporteurs ne cherchent pas la sécurité à tout prix, mais un ratio viable profits/risques. Les banques et les états cherchent à introduire sans le dire d’autres critères en leur faveur …

      1. Je suis bien d’accord mais cela ne change pas le problème. La notion de risque est toujours présente et je confirme que le prêteur (quel qu’il soit) prend un risque bien supérieur que celui pris via le système classique. Par ailleurs, même si le système se développe, les montants dédiés aux entreprises est égal à 0.20 % de celui fait par le système bancaire. Pas de quoi crier à la révolution ! D’un autre côté les frais et les taux pour l’emprunteur sont tous sauf neutres et bien supérieurs. La rentabilité des entreprises financées est pour un certain nombre d’entre elles plutôt médiocre et surtout très souvent pas conforme au prévisionnel.

        Même si je pense que cela va se développer, je ne suis pas cependant comme beaucoup un thuriféraire du système. Trop d’inconnues sur la viabilité de celui-ci, qui va s’adapter (mais à quel prix ?) sont présentes pour le porter aux nues comme c’est le cas. Quand les accros auront pris quelques râteaux (la philanthropie a ses limites !), tout ça va se calmer….

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