Le travailliste Sadiq Khan, nouveau Maire de Londres

Alors que 96% des bulletins ont été dépouillés, Sadiq Khan a une avance qui rend sa victoire certaine à Londres. Il devrait donc être le premier musulman à devenir maire de Londres.

Par Amir Mastouri.

Sadiq Khan
By: Policy ExchangeCC BY 2.0

Cette semaine, les Londoniens avaient rendez-vous avec une importante échéance électorale. La ville de Londres était appelée à se choisir un nouveau maire. Sans surprise, Sadiq Khan, un leader travailliste de confession musulmane, a remporté l’élection dans la capitale britannique face au conservateur Zac Goldsmith. Ainsi, la plus grande ville européenne porte pour la première fois un musulman à sa tête.

Quelle signification pour les musulmans d’Europe de la victoire de Sadiq Khan ?

Dans un monde ou l’on vit au rythme des guerres nourries par d’éternels malentendus entre les religions, et à la cadence d’une humanité mort-née, il est quasiment impossible de faire abstraction de l’appartenance de Sadiq Khan à la communauté musulmane britannique. Il veut même en faire un point fort.

Que ce leader fort ambitieux se déclare musulman libéral, cela attribue à sa victoire un sens dépassant le simple cadre d’une élection municipale. En effet, c’est une preuve de plus que les maux causés, un peu partout dans le monde, par des faits imputés à l’Islam, ne viennent pas en réalité de l’Islam lui-même, encore moins de l’ensemble des musulmans, mais d’une interprétation stricte voire extrême donnée par certains musulmans, et servie, dans sa mise en application manu militari, par des émirs de guerre connus.

La victoire de Khan aura, pour le moins, deux conséquences majeures. La première d’entre elles consiste à faire naître chez les musulmans d’Europe un sentiment d’assurance et de confiance en l’avenir. Autrement dit, ceux-ci comprendront que rien ne les empêche d’accéder à des postes-clés à la seule condition qu’ils se comportent en bons citoyens. Car finalement, ce qui fait d’un Britannique un Britannique, ce n’est pas tant la religion à laquelle il s’identifie, que sa qualité de citoyen, laquelle lui confère des droits et des devoirs juridiquement protégés. C’est sur l’absence de ce sentiment patriote, et en aucun cas nationaliste, que jouent les groupes islamistes. Ils se ressourcent, en effet, du manque de confiance des citoyens musulmans dans la capacité de leurs États à les sécuriser. Pour reprendre ce que dit la théorie contre-insurrectionnelle : « la lutte contre le terrorisme est une lutte pour la loyauté de la population ».

Quant à la seconde conséquence, il s’agit, dans une certaine mesure, de freiner les mouvements d’extrême-droite. Ceux-ci ont d’ailleurs vainement tenté de faire obstacle à Khan, en le diabolisant tout bêtement. Toutefois, heureusement, cette campagne de diabolisation n’a fait que renforcer la position de ce travailliste résolu. Il semble être, aux yeux de la majorité des Londoniens, le seul qui puisse les unir au lieu de les diviser.

Le retour des travaillistes ?

Formant actuellement l’opposition officielle dans le Parlement, le parti Labour pourrait voir dans cette victoire de Khan un événement sonnant le début de son retour à l’exécutif. Un événement qui plongera l’ancien ministre des Transports, et son parti par conséquent,  au cœur de la course vers la nomination au poste de Premier ministre. Ceci se comprend plus aisément en rappelant que cette course est toujours ouverte dans un pays à système régi par la coutume.

Pour autant, la large défaite du Labour en Ecosse devrait franchement modérér cela.

Quelle portée aura la victoire de Sadiq Khan ?

Il est vrai qu’élire un musulman à la tête de la ville de Londres n’est pas un non-événement. Néanmoins, rien ne justifie d’y voir un événement susceptible de changer le cours de l’Histoire. Il ne faut surtout pas croire que cela entraînera l’extinction de l’islamophobie et de l’islamisme. Ces deux phénomènes complexes et hautement dangereux continueront d’exister. Pire encore, ils auront l’âge de l’incapacité des Hommes à réduire en cendres leurs désaccords.

À l’heure actuelle, un tel événement ne fera pas autre chose que semer le désespoir, même momentanément et partiellement, chez les leaders de l’extrême-droite partout en Occident. Le Front National, considérant la France en particulier et l’Occident en général, comme une terre réservée aux Occidentaux et à eux seulement, ne recevra pas la victoire potentielle de Khan avec beaucoup de joie.

Cet événement est porteur d’un message fort. Encore faut-il savoir le déchiffrer.