Cette guerre contre l’homophobie en islam que l’Occident n’aide pas !

Contre l’homophobie en Islam en Tunisie et au Maghreb, l’Occident doit s’engager !

En Tunisie, un imam de la grande ville de Sfax vient d’appeler à mettre à mort les gays en prétendant, à tort, que c’est ce que prévoit la Loi religieuse. De fait, la guerre contre l’homophobie fait rage dans ce pays au nom d’un libéralisme sain, revitalisant les libertés privées. Pourtant, par laïcisme, l’Occident n’y aide nullement.

Par Farhat Othman.

Homophobie et ségrégation
By: shizzy0CC BY 2.0

Or, un appel a été lancé en Tunisie pour l’abolition de l’homophobie à l’occasion de la journée mondiale du 17 mai. Un projet de loi a été même proposé à cet effet, déjà évoqué sur Contrepoints.

La guerre actuelle contre l’homophobie en Islam, en Tunisie et au Maghreb d’une façon générale, fait suite à une intense activité dans le pays afin de conformer la législation nationale aux acquis de la Constitution.

Or, celle-ci ayant été pour l’essentiel obtenue grâce à l’actif lobbying occidental auprès des religieux tunisiens, il serait salutaire que l’Occident appuie de tout son poids cet appel au retour tout autant au droit qu’à l’éthique. En effet, l’appel à l’abolition, pour avoir des chances d’aboutir, est fait à la fois au nom de la Constitution et de la religion.

Or, par excès de laïcisme, sinon par islamophobie, l’Occident n’apporte pas son aide à cette bataille capitale pour le triomphe de la liberté en terre d’islam.

Le sexe est total en islam

 Faut-il rappeler encore ici que nulle avancée en matière d’abolition de la tare homophobe n’est possible en terre d’islam sans évocation de l’islam et le rappel que cette religion musulmane, contrairement au judaïsme et au christianisme, n’a jamais prohibé l’homosexualité ? Cela a été confirmé par les études sérieuses les plus récentes et des ouvrages y ont été consacrés.

Le terme homosexualité est d’ailleurs de création récente, apparu au XVIIe siècle, étant le produit de la pastorale chrétienne et de la manifestation bien connue de la modernité occidentale de tout catégoriser, réduire à l’un, la fameuse reductio ad unum dont parle Auguste Comte.

Or, avant le XVIIe siècle, le sexe chez les humains était en symbiose avec le sexe dans la nature, ne distinguant pas entre les genres, étant dans l’ensemble total, ou bisexuel en quelque sorte.

C’est ainsi que la Grèce l’a vécu ; et ainsi il l’a été dans la civilisation de l’islam qui n’a pas été peu influencée par la culture hellénique. En effet, l’homosexualité était vécue comme elle l’est aujourd’hui en Occident, alors que ce dernier vivait en ses temps obscurs du Moyen-Âge ce que vivent les pays musulmans obscurantistes.

En terre d’islam, en pleine civilisation, on a ainsi largement chanté l’homo-érotisme comme art de vivre, et ce de la part non seulement des poètes, comme Abu Nawas, mais aussi des religieux orthodoxes.

C’est pour cela, pour évoquer ce type de sexe, ai-je estimé plus judicieux de parler plutôt d’homo-sensualité, et même d’érosensualité, évitant la moindre connotation sexuelle.

Il n’y a pas d’homophobie en islam

C’est cette particularité du sexe total en islam qui explique ce qu’on entend de plus en plus, à savoir qu’il n’existe pas d’homosexualité dans les sociétés arabes musulmanes. Effectivement, on n’y distingue pas entre les sexes, les rapports avec tout sexe étant légitimes, relevant bien davantage de la sensualité que de la sexualité.

C’est ce qu’il faut rappeler aujourd’hui tout autant pour respecter la vérité historique que pour faire avancer la cause qui est mal servie par des associations influencées par un Occident laïciste qui leur impose ses vues anticléricales, étendant à l’islam sa vision faussée sur le sexe.

En effet, les militants associatifs anti-homophobie en terre d’islam, et plus particulièrement en Tunisie et au Maroc, desservent leur cause plutôt qu’ils ne la servent en menant leur combat juste axé sur la Constitution et les droits humains, évacuant la religion par principe.

Ce faisant, ils ne font que renforcer la position de leurs ennemis intégristes religieux auprès de la majorité du peuple qui, si elle est attachée à ses traditions culturelles, n’est nullement homophobe.

Car au Maghreb, et en Tunisie plus particulièrement au vu de nombreux témoignages sociologiques, anciens comme contemporains, la société est homosensuelle, mais en catimini afin de se protéger des foudres de la loi et des exactions des minorités galvanisées par ce qu’elles conçoivent comme relevant de menées islamophobes de la part de militants stipendiés par un Occident en voulant à l’islam.

Faut-il rappeler ici que les Tunisiens ne sont pas religieux au sens cultuel ? Ainsi, peu parmi eux sont pratiquants ! Ils communient plutôt dans un islam culturel, soufi pour l’essentiel, qui est assez libertaire sur des questions sensibles comme l’homosensualité, mais pas seulement.

C’est cet islam soufi qu’il faut surtout évoquer lorsqu’on parle de la religion islamique qui ne prohibe par l’homosexualité. Nombre de saint-e-s soufi-e-s étaient ainsi gays, le plus célèbre d’entre eux étant Sidi Ali Ibn Hmadouche, patron des gays au Maroc.

En finir avec l’homophobie

Qu’on ne s’y trompe donc pas ! Aucune avancée dans le combat anti-homophobie ne sera possible au Maghreb sans rappel que l’islam n’est pas homophobe. Ainsi, on enlève aux intégristes religieux leur principal argument, les réduisant à desservir une religion qui prône la justice comme principale valeur. Et abolir l’homophobie, c’est bien faire acte de simple mais nécessaire  justice !

Qu’on le reconnaisse aussi : aucune avancée n’est possible en Tunisie et au Maroc sans un appui sérieux de la part des partenaires européens de ces deux pays qui doivent y faire un critère majeur de développement politique et humaniste de l’abolition de l’homophobie, en conditionnant s’il le faut leur aide.

Surtout que la cause anti-homophobie n’a jamais été aussi près de triompher, les esprits ayant évolué dans l’évocation de ce qui relevait, il y a peu, de l’ordre du tabou. On parle donc bien plus volontiers de la cause homosensuelle, même si l’on continue encore à parler d’une manière correctement, se retenant surtout de dire que respecter l’homosensuel, c’est bien honorer les traditions du pays.

Que l’Occident apporte donc son appui total à l’appel lancé en Tunisie et l’homophobie y sera abolie cette année ; et pourquoi pas le 17 mai !

Il est à rappeler ici, en effet, d’après des indiscrétions diplomatiques américaines dignes de foi, que le chef du principal parti du pays, M. Ghannouchi, se serait engagé à abolir l’article 230 du Code pénal, base de l’homophobie en Tunisie, une survivance de la colonisation française au demeurant, si un projet de loi en ce sens arrivait à entrer à l’Assemblée des représentants du peuple.

Or, il suffit de dix députés pour permettre une telle initiative juridique, sinon pour obtenir l’abolition selon l’engagement islamiste, du moins pour susciter un salutaire débat dans le pays où la confusion des valeurs est à son comble.

Pourtant, les militants de la société civile  n’osent proposer le texte qui leur a été soumis, objet finalement de l’appel solitaire ci-dessus cité, combien même il serait le sésame attendu, se montrant encore plus intégristes que les intégristes religieux, des salafistes profanes en somme.

Bien pis ! Ils ne font que servir la stratégie des religieux qui leur font privilégier la voie juridique en leur conseillant, par ceux parmi eux qui pratiquent le double jeu (et ils sont légion !), de saisir le Cour constitutionnelle.

Ce qui, outre le fait qu’une telle cour n’est pas encore entrée en fonction, serait la meilleure façon d’enterrer la cause anti-homophobie, car tant qu’on  n’aura pas démontré que l’islam n’est pas homophobe, la Cour serait obligée de déclarer constitutionnelle l’homophobie supposée contraire à l’islam, puisque la Constitution y réfère et insiste sur la nécessité de respecter ses valeurs.