Présidentielle : Rama Yade candidate, un espoir pour les libéraux ?

Rama Yade(CC BY-NC-ND 2.0)

En exclusivité pour Contrepoints, Aurélien Véron, président du Parti Libéral Démocrate, explique pourquoi le PLD soutiendra la candidature de Rama Yade à la présidentielle.

Une interview par la rédaction de Contrepoints.

Rama Yade, candidate à la présidentielle de 2017
Rama Yade(CC BY-NC-ND 2.0)

 

Contrepoints : Rama Yade a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle 2017. Elle est soutenue par le PLD. Que voyez-vous en elle qui puisse porter un projet libéral ?

Aurélien Véron : Rama Yade partage d’autant mieux le diagnostic des libéraux qu’elle a vécu puis subi de l’intérieur les dérives de l’État. Elle a compris que les tempéraments libres n’étaient pas tolérés par le système. Elle a observé l’état de décrépitude des administrations publiques pourtant pléthoriques.

En créant son entreprise il y a quelques années, elle a basculé de l’autre côté du miroir et compris beaucoup de choses sur la réalité du secteur privé. Lorsque nous avons échangé pour la première fois au sujet de la présidentielle, ses premières phrases ont porté sur la nécessité de tout changer, de rétablir la justice et d’ôter des mains de l’État des missions qui ne devraient pas relever de lui pour rendre aux Français le pouvoir de faire, de créer du lien et de la valeur.

Avec le recul des dernières années, elle a ouvert les yeux sur la faillite de l’État-providence et l’explosion d’initiatives privées réussies. C’est sur la base de ce sentiment que nous avons commencé à travailler ensemble sur un projet de société substituant à l’État-providence une société de liberté et de confiance bâtie sur des citoyens responsables de leurs choix essentiels, économiques mais aussi éducatifs, de solidarité ou d’assurances sociales.

Contrepoints : Rama Yade a porté des projets pour le moins dérangeants, notamment un service civique obligatoire pour pour les seniors, qui conditionnerait le fait qu’ils puissent toucher la totalité de leur retraite. Ne craignez-vous pas que ses propositions soient autant de « casseroles » dont devront s’accommoder les libéraux ?

Aurélien Véron : Trouvez-moi une seule personnalité qui n’a pas commis de faux pas, de bourde. Nous avons tous un parcours singulier. Rappelons-nous que certains libéraux viennent de l’extrême droite, d’autre du communisme ou du syndicalisme anticapitaliste. Nos expériences nous enrichissent, nos échecs sont des leçons de vie.

J’ai moi-même moqué des propos de Rama Yade il y a de nombreuses années, je sais qu’elle ne m’en tient pas rigueur. Je pourrais aussi vous citer mes propres casseroles, de quoi meubler un coin de cuisine. J’ai survécu, j’ai évolué. L’important, c’est de regarder devant et d’avancer.

Rama Yade ne se définit pas comme une « libérale à tout crin », mais elle a attrapé le virus de la liberté, sa vision l’en rapproche beaucoup. Son esprit rebelle n’admet plus l’autorité de l’État par défaut, sans remise en question, et son admiration va à ceux qui font, librement et simplement. Ce n’est pas par hasard que sa première proposition illustrant son projet fut l’ouverture de Pôle Emploi à la concurrence. Au citoyen de choisir !

Contrepoints : Rama Yade, « ni de droite, ni de gauche », n’est-ce pas un écho à Emmanuel Macron avec son mouvement « En Marche » ? Comment le PLD peut-il se frayer un espace de communication sans porter une étiquette politique déjà abîmée ?

Le clivage droite-gauche est de plus en plus inepte. La nouvelle échelle politique oppose dirigisme étatiste et libéralisme. Je pousse Rama à assumer l’étiquette libérale dont elle a intégré les valeurs au fil de ses lectures et de sa réflexion chez les radicaux. Emmanuel Macron présente lui aussi un profil intéressant, bien qu’énarque passé par Bercy. Leur point commun est d’être tous deux passés dans les entrailles du système. L’une en est sortie, pas l’autre. En tout cas pas encore. Mais tous deux ont à cœur de renverser la table.

Pourquoi ne pourrions-nous pas y aller seuls ? Née hors du système, notre formation a dû composer avec un plafond de verre médiatique. Et nous ne pouvons pas dire que nous avons été aidés par les libéraux « apolitiques » qui préféraient s’adresser aux traditionnels élus UMP et PS pour tenter d’influencer les rouages du système auquel nous nous attaquons. C’est pourquoi nous nous associons à d’autres organisations pour nous lancer aux régionales en 2015 et préparer les scrutins de 2017. L’union fait la force, à nous de choisir les bons leviers.

Pour se lancer à la présidentielle, il faut du courage et de l’audace. Rama est une femme qui a ce courage et cette audace. C’est pourquoi la grande majorité du conseil national du PLD a décidé de lui accorder la confiance du parti sur la base d’un projet bâti sur la justice, la liberté et l’initiative individuelle. Au moment où apparaissent chaque jour de nouvelles contestations et de nouveaux signes de défiance envers les élus, Rama Yade incarne un nouveau souffle, elle porte une capacité à renouer ce lien en tant qu’outsider.