Municipales à Paris : « Anne Hidalgo n’utilise pas la végétalisation à bon escient »

Rafik Smati (Objectif France) et Aurélien Véron (PLD).

Un entretien avec Aurélien Véron, vice-président d’Objectif France et candidat à la mairie de Paris Centre pour Rachida Dati.

Un entretien réalisé par Frédéric Mas et Justine Colinet.

Contrepoints — Comment faire passer le message libéral dans la vie quotidienne des Français ?

Aurélien Véron — Les enjeux de tout scrutin municipal sont intrinsèquement interventionnistes. Ils concernent le quotidien des habitants d’une ville : circulation, qualité de vie, écoles, propreté…

Il reste néanmoins un espace pour diffuser des principes libéraux : la transparence et la rigueur budgétaire, l’externalisation et la mise en concurrence de services municipaux afin d’améliorer les services rendus aux Parisiens, l’abolition des achats municipaux massifs de logements afin de les convertir en HLM – ce qui accélère la hausse des prix du m2 –, l’abolition de l’encadrement contreproductif des loyers et la défense de la propriété privée mise à mal par l’actuelle majorité avec les conséquences dramatiques sur le logement à Paris.

Je pourrais ajouter la démocratie locale avec les référendums d’arrondissement qui renforceraient le rôle jusqu’ici frustrant des conseils de quartier.

Il y a entre Anne Hidalgo et certains de ses adversaires aux municipales comme une surenchère démagogique à qui sera le plus écolo. Anne Hidalgo promet Paris sans vélo, Griveaux sans la gare de l’Est et Villani jure d’exporter la gare du Nord en Seine-Saint-Denis. Tout cela n’est pas très réaliste et surtout pas très écologique. Dans ce domaine, il n’est pas possible de proposer un programme qui ne transforme par la capitale en citadelle assiégée ou en utopie agrarienne anti-libérale ?

Personne ne peut reprocher aux Parisiens d’aspirer à vivre dans une ville moins polluée, moins bruyante et avec davantage d’espaces verts. Mais contrairement aux fantasmes de certains candidats, nous n’apporterons pas la campagne à Paris. Et nous maintiendrons la mixité des modes de transport – vélos, trottinettes, bus et voitures – pour ne pas tuer la mixité de la vie sociale et économique de la capitale.

« La piétonisation fait fuir les habitants »

La piétonisation fait fuir les habitants, transforme les quartiers en galeries marchandes à ciel ouvert au détriment de la diversité des petits commerces. Elle coupe ces quartiers de la périphérie.

Que penser de l’aménagement de vastes esplanades minérales comme la place de la République, accessoirement dotées d’un mobilier urbain aussi laid qu’inconfortable ?

Anne Hidalgo ne sait pas utiliser à bon escient la végétalisation quand il s’agit de transformation. Même l’esplanade des Halles, bien que baptisée « jardin », est essentiellement minérale, le mobilier ne donne absolument pas envie de s’arrêter au bord des rares pelouses percées de grilles d’aération.

Sans parler de la faune qui y traine jour et nuit. Pourquoi ne pas avoir réalisé un véritable jardin digne de ce nom, surveillé par des gardiens actifs ? Nous serons nettement plus ambitieux dans la création de vrais jardins dans les espaces dégagés.

« Faire des forêts sûres qui donnent enfin envie aux Parisiens d’en profiter à pied ou en vélo. »

Paris a deux poumons à l’abandon, accessibles par un métro qui n’est jamais en grève, la ligne 1. En effet, les bois de Boulogne et de Vincennes sont à l’abandon, ouverts à tous les trafics, à la prostitution et aux SDF. Personne n’ose s’y aventurer plus profondément que les allées principales. Reprenons en main ces 20 % de la surface de Paris pour en faire des forêts sûres qui donnent enfin envie aux Parisiens d’en profiter à pied ou en vélo.

Anne Hidalgo a déclaré la guerre aux automobilistes. C’est vraiment le meilleur moyen de rendre Paris plus vivable ?

Là encore, on a l’impression que l’équipe sortante cherche à mettre le centre de Paris sous cloche et le préserver de toute interférence avec ce qui est au-delà du périphérique.

Ni tout-voiture, ni tout-vélo, nous engagerons une plan global de refonte de l’ensemble des mobilités avec des experts, en concertation avec les mairies afin d’aboutir à de la cohérence, de la sécurité et de la fluidité dans la mobilité des piétons, des cyclistes, des voitures et des bus.

Ce plan sera coordonné avec les municipalités voisines de Paris pour remettre en question la muraille que la mairie actuelle a érigée entre Paris et la banlieue. L’idée des grands parkings à proximité de lignes de métro avance lentement avec quelques réalisations pertinentes de villes voisines de Paris avec lesquelles nous devrons renforcer la coopération sur ce plan.

Le prolongement des grands axes séparés de vélos (vélopolitain) assurera une circulation rapide et protégée des cyclistes, mais aussi des piétons qui sont en danger lorsque les voies sont simplement peintes sur les trottoirs. Ces axes peuvent être réalisés sans sacrifier les places de voiture dont les Parisiens, leurs artisans et leurs commerçants ont vraiment besoin.

Des parkings sécurisés pour les vélos

À côté de leurs couloirs réservés, conducteurs de trottinettes et cyclistes seront durement sanctionnés par notre police municipale lorsqu’ils mettront en danger les piétons sur les trottoirs et sur les passages protégés. Dans les rues piétonnes, nous protégerons davantage les piétons qui se croient à l’abri malgré la présence – incontournable dans une grande ville moderne – de véhicules motorisés.

Par un marquage au sol, des plots ou des alertes, les couloirs roulants devront être clairement identifiés pour les piétons. Les trottoirs des rues piétonnes devront laisser suffisamment de place aux enfants et poussettes.

Nous voulons également installer des parkings sécurisés destinés aux vélos près des gares, des grands nœuds de transport et dans les parkings souterrains à venir.

Comment se concrétise aujourd’hui la préparation des jeux olympiques à Paris ? Quelle est votre position sur le sujet ?

Difficile de revenir en arrière quatre ans avant l’échéance, même si j’entends que nombre de Parisiens souhaitent un référendum. Le ras-le-bol des travaux, l’impossibilité actuelle de circuler avec des transports en commun saturés et le coût pharaonique des chantiers justifient ce ras-le-bol.

Impensable d’envisager un référendum – un vote complexe à mettre en œuvre et qui exige du temps pour les débats. Pendant ce temps, le chrono tourne avec des enjeux lourds : chantiers engagés, image de Paris et de la France, encouragement du sport de haut niveau en France… Je crains qu’il ne soit trop tard pour remettre en question cet épineux sujet.

N’y a-t-il pas quelque chose de lunaire à proposer des parcs végétalisés Porte de la Chapelle ou à la place de la Gare du Nord quand certains besoins élémentaires des Parisiens en matière de propreté, sécurité ou de gestion de l’argent public ne sont pas respectés ? C’est dans ces domaines qu’une voix libérale aux municipales peut faire la différence ?

Pour conserver le niveau d’excellence de nos grandes écoles, de nos universités et de notre recherche, de notre artisanat réputé dans le monde entier, de notre gastronomie, de notre secteur financier, de nos entreprises NTIC et des fleurons internationaux qui sont installés à Paris, nous devons avoir une ambition urbaine et non champêtre.

Restons réalistes et faisons grandir Paris ! Nous pouvons et nous devons améliorer la qualité de vie des Parisiens intra-muros ainsi que des « Grands Parisiens » en abattant la muraille qui sépare Paris de la proche banlieue. Ceux qui veulent vivre à la campagne peuvent sauter dans un train et s’installer à 30 minutes de Paris comme nombre de Franciliens qui ont fait ce choix. Laissons les autres rêver d’un grand Paris vivifiant, ouvert sur le monde et agréable à vivre.

 

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