La France, État policier rêvé de Trump, Cruz ou Clinton

Police By: G20 Voice - CC BY 2.0

La France, État policier, c’est ce que les candidats aux primaires américaines semblent espérer. Une direction qui serait dangereuse et inefficace et qu’il faut immédiatement inverser.

Par Nick Gillespie.
Un article de Reason

La France, État policier rêvé de Trump, Cruz ou Clinton
Police By: G20 VoiceCC BY 2.0

 

Dans la foulée des attentats de Bruxelles par des djihadistes liés à ISIS, des dirigeants en Europe et aux États-Unis lancent de nouveaux appels à un renforcement de toutes sortes d’outils policiers et à la surveillance de… tout et tout le monde.

Le candidat républicain et sénateur du Texas Ted Cruz a affirmé :

« Nous avons besoin de donner les moyens aux forces de police de patrouiller et de sécuriser les quartiers musulmans avant qu’ils ne se radicalisent. »

Comme l’a noté Scott Shackford, c’est exactement ce que le département de police de New York a tenté de faire et ça a été un double échec : la population s’est sentie aliénée et aucun radicalisé n’a été découvert.

Dans Bloomberg View, Eli Lake souligne avec justesse que ce type de propositions poussées par Ted Cruz, Donald Trump, et, dans une énième volte-face dont elle a le secret, Hillary Clinton, sont déjà à l’œuvre en France. Fonctionnent-elles et sont-elles pertinentes et adaptées aux besoins et mœurs américains ? La réponse courte à ces questions est non.

La France, explique Lake, est dans un état d’urgence depuis les attaques de Paris l’an dernier et François Hollande supervise « une politique de surveillance de milliers de citoyens musulmans même s’ils n’ont aucun lien spécifique avec des groupes terroristes », tandis qu’une « loi permet à la police de fouiller les maisons des personnes suspectées de terrorisme sans mandat judiciaire et de placer ces suspects en résidence surveillée sans ordonnance d’un tribunal« . (Dans la plupart des pays européens, et de façon certaine en France, la gauche est souvent belliciste et par réflexe dédaigneuse des libertés civiles, en particulier pour les immigrants).

« Il suffit d’écouter Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur français. Plus tôt ce mois-ci, je lui ai demandé, lors d’un discours à l’Université George Washington, combien de citoyens français étaient désormais surveillés par son gouvernement. Il a répondu : « Nous surveillons plusieurs milliers de personnes, des individus, chacun d’entre eux n’étant pas forcément un terroriste ». »

N’étant pas forcément un terroriste ! Cela devrait être inquiétant pour le moins. Le Royaume-Uni est aussi en train de mettre en place des pratiques similaires : il a une longue tradition de suspension des libertés civiles dans la foulée de violences terroristes réelles ou potentielles, remontant au moins dans sa forme actuelle aux années 1970, quand l’IRA faisait exploser des bombes de façon régulière. Comme Scott Shackford, Eli Lake fait remarquer que la tentative de la police de New York de faire quelque chose en ce sens avec les quartiers musulmans n’a donné d’autre résultat que d’importuner les mêmes personnes dont vous voudriez la coopération s’il y avait effectivement un problème.

Et Eli Lake fait comprendre un point essentiel qui manque souvent dans les discussions à propos des réponses européennes au terrorisme : les États-Unis font un bien meilleur travail concernant l’assimilation non seulement des immigrés mais aussi des enfants d’immigrés.

« La communauté musulmane ici est bien plus intégrée dans la société que dans de nombreux pays européens. Comme Seamus Hugues, un ancien membre du centre national de l’anti-terrorisme des États-Unis et directeur du programme luttant contre l’extrémisme à l’université George Washington, me l’a dit mardi, il n’y a pas eu beaucoup d’exemples de groupes de musulmans qui se développent aux États-Unis appelant ouvertement à la violence. De plus, dit Hughes, parmi les 84 individus arrêtés en lien avec l’État islamique, il n’y a pas de profil commun, outre le fait qu’il s’agit le plus souvent de jeunes hommes. « Aux États-Unis, ce ne sont pas les communautés qui se radicalisent, mais des individus qui le font ». »

À l’instar des réalistes du terrorisme tels John Mueller et Mark G. Stewart, Eli Lake considère que le terrorisme est au final davantage un problème de type criminel et non quelque chose qui sera jamais complètement éradiqué. Il ne peut être que contenu et minimisé.

« La réponse en France, en Belgique et au Royaume-Uni au djihad violent est néanmoins une leçon de prudence. Lorsque des démocraties avancées sont terrorisées, nos libertés sont souvent les premières victimes. […] La surveillance des « quartiers musulmans » ou la prévention de l’immigration musulmane n’empêchera pas les attaques terroristes. […] Comme l’Europe est en train de l’apprendre, déléguer la guerre contre la terreur à la police n’est pas la fin de la guerre, mais plutôt le début d’un État policier. »


Traduction par Contrepoints de « The Trump-Cruz (and Clinton) Police State Is Already Alive in France » (Article complet d’Eli Lake sur Bloomberg View).