Le maladroit traitement d’exception d’Agnès Saal

Justice (domaine public)

Agnès Saal plaide coupable pour détournements de fonds publics. Les sanctions ne sont pourtant pas très lourdes.

Par Éric Verhaeghe.

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Agnès Saal passe en plaider-coupable au tribunal de Créteil, pour ses extravagants frais de taxi dont toute sa famille a largement profité.

On notera encore une fois avec amusement le maladroit traitement d’exception dont elle bénéficie. Lorsque des faits sont jugés au pénal, la tradition veut que l’administration attende le jugement pour prendre une sanction administrative. En cas de déchéance des droits civiques, par exemple, la sanction pénale entraîne logiquement une radiation du service public. Dans le cas d’Agnès Saal, la procédure inverse est appliquée : la sanction administrative n’a pas attendu la fin de l’instruction judiciaire pour tomber. C’est une garantie pour l’intéressée : en cas de sanction pénale lourde, elle ne perdra pas son emploi public.

Tous les fonctionnaires n’ont pas bénéficié de ce traitement particulier.

Saal et ses soutiens occultes

Mediapart a le bon goût de confirmer ce point, en révélant que, lors de l’enquête, la police judiciaire a pu lire les dizaines de messages de soutien envoyés par la technostructure à Agnès Saal.

Les policiers sont en effet tombés, dans son portable, sur « de très nombreux messages de soutien de personnes proches du pouvoir », dont Olivier Schrameck (président du Conseil supérieur de l’audiovisuel), Olivier Poivre-d’Arvor, Jacques Toubon (ancien ministre de la Culture), la productrice Fabienne Servan-Schreiber ou encore Emmanuel Macron. En public, évidemment, c’est autre chose.

N’est-ce pas amusant de voir des autorités en principe impartiales comme le président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel ou le Défenseur des Droits, ou encore le ministre de l’Économie, témoigner de la sympathie pour la « victime » Saal.

Saal balance sur Mathieu Gallet

Si la « famille Saal » est sur la sellette, la famille d’en face, le clan des Gallet, n’est pas épargnée. Lors de l’enquête, l’ancienne présidente de l’INA a donné quelques précisions sur la gestion de son prédécesseur, toujours selon Mediapart :

« Pour ce que j’en ai vu, sur la totalité de la période au cours de laquelle Monsieur Gallet était président de l’INA, un montant global de dépenses en conseil de communication et de stratégie a été constaté à hauteur de 1,3 million d’euros. Sur ce montant, de l’analyse que mes collaborateurs et moi-même avons pu faire à la demande de la Cour des comptes et du CGEFI, nous avons conclu que près de la moitié avait été dépensée sans mise en concurrence des entreprises. » Et plus loin : « Pour moi, ces prestations n’avaient pas d’intérêt. »

Ces quelques révélations en disent long sur le désordre qui règne aujourd’hui dans les services publics. La politisation de la haute fonction publique est synonyme de gaspillage et de prévarication. On ne le dira jamais assez.

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