Pouvoir d’achat : les deux racines du mal

Emmanuel Macron se voulait président du pouvoir d’achat. Cinq ans après, il se révèle président de l’inflation, de la hausse des taxes sur la classe moyenne et les petits riches.

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Plus rien dans les poches By: Dan Moyle - CC BY 2.0

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Pouvoir d’achat : les deux racines du mal

Publié le 3 avril 2022
- A +

Dans un quartier populaire de Dijon, le président en campagne s’est trouvé confronté à une foule à qui la moutarde était montée au nez :

« J’étouffe avec les prix du gazole. »

« Mon salaire n’a pas bougé depuis six ans, toutes mes factures ont augmenté. »

« Je suis père de famille, j’ai quarante-six ans, je n’arrive plus à vivre de mes revenus. »

 

Pourtant, en 2017, le candidat Macron assurait aux électeurs qu’il saurait doper le pouvoir d’achat.

Le Monde du 7 mai 2017 sur ce sujet :

« Le vainqueur de l’élection présidentielle a formulé deux promesses phares pour le pouvoir d’achat :

  • une réduction des cotisations sociales pour les salariés et les indépendants, qui sera financée par une hausse de la contribution sociale généralisée (CSG). Le gain net est estimé à 500 euros par an pour un salaire de 2200 euros net par mois, et 100 euros net de plus pour « les smicards qui bénéficient de la prime d’activité ». Les 60 % de retraités les plus aisés, eux, y perdent ;
  • l’exonération de 80 % des ménages de la taxe d’habitation. »

Ceci tout en promettant 60 milliards d’euros d’économie sur le budget de l’État d’ici à 2022, obtenus en modernisant la fonction publique.

Cinq ans plus tard, le bilan est désastreux. La dette et le déficit ont explosé, l’inflation commence ses ravages sur les budgets malgré des mesures de blocage de prix et des distributions de chèques tous azimuts. Les dépenses contraintes de la population sont en hausse fulgurante et les salaires stagnent, le tout sur fond de chômage élevé.

Quelques chiffres de ce bilan quinquennal :

  • la dépense publique est passée de 55,6 % à 62 % du PIB ;
  • la dette publique (2970 milliards) a augmenté de 30 % ;
  • le chômage toutes catégories touche plus de 6 millions de personnes (malgré la réincorporation de 698 000 apprentis parmi les salariés) ;
  • l’inflation atteint 4,5 % (chiffre de mars) ;
  • le rebond technique de la croissance (+ 6,7 % en 2021) ne compense pas la chute de 8 % en 2020 due à la décision de mettre l’économie à l’arrêt en raison d’une épidémie à très faible taux de mortalité pour la plupart des individus actifs.

Ce bilan quinquennal se résume à taxer, emprunter et dépenser… en vain.

 

Premier problème : le pouvoir d’achat du salaire

Sur 100 euros de salaire payé par l’entreprise, il en reste 46,70 euros au salarié a calculé l’iFRAP.

Les 53,30 euros restants financent notre merveilleux système d’assurances sociales dont l’État a le monopole :

  • assurance maladie,
  • assurance chômage,
  • assurance vieillesse.

Ce monopole public fait croire que tout ça, bien sûr, c’est gratuit !

Comment font les autres pays qui n’ont pas ce problème ? Sans appeler Mc Kinsey au secours, notons simplement que dans ces pays les assurances maladies et chômages sont en concurrence (comme les assurances automobile, habitation, responsabilité civile, etc.) et que les systèmes de retraite s’appuient à la fois sur la répartition et la capitalisation selon des dosages variables.

Sur ce dernier point, ceux qui vilipendent les gras dividendes empochés par les actionnaires s’opposent aussi farouchement à en faire profiter les salariés au travers de la capitalisation en vue de leur retraite. Au-delà de nos frontières, chaque salarié sait que les dividendes nourrissent leur future pension de retraite.

Dans ces pays qui maîtrisent leurs dépenses publiques, les cadavres de malades et de vieillards ne jonchent pas les trottoirs, les gens savent que la santé n’est pas « gratuite », que la retraite se prépare et que les problèmes de pouvoir d’achat ne se règlent pas par des blocages de prix et des chèques du gouvernement.

 

Deuxième problème : la rentabilité des entreprises

S’acquittant déjà de salaires élevés les entreprises françaises sont moins rentables que celles des autres pays pour une autre raison : la fiscalité. L’Institut Molinari a publié une étude édifiante sur ce sujet.

« Pour dégager 100 euros d’excédent net d’exploitation, l’entreprise moyenne en France devait s’acquitter en 2019 de 168 euros de prélèvements obligatoires nets de subvention contre 79 euros en moyenne dans l’Union européenne à 28. La fiscalité pesait négativement deux fois plus sur la compétitivité que dans le reste de l’UE»

Ce tableau récapitulatif montre que les impôts de production et les autres, même en légère diminution, restent exorbitants.

L’Institut Molinari résume simplement :

« Employer des salariés en France coûte cher, rapporte peu et le pouvoir d’achat des salariés est moyen. »

Solution : s’appuyer sur les meilleures pratiques des autres pays

Le système monopolistique de l’assurance sociale est gangréné par la bureaucratie comme le révèle la crise des hôpitaux publics. On ferme des lits mais on garde les postes administratifs.

Introduire de la concurrence serait donc bénéfique. Les gens choisiront de préférence le système public s’il se révèle plus performant pour leur pouvoir d’achat. Idem pour les assurances chômage et retraite.

Introduire de la concurrence devrait permettre de secouer le cocotier du monopole d’État dans ce domaine.

Reste la question de la maigre rentabilité des entreprises. Plutôt que de toujours inventer des usines à gaz de taxation-subvention pourquoi ne pas partir du principe qu’il vaut mieux laisser l’argent entre les mains de ceux qui ont su le gagner, dans la mesure où il s’agit d’argent gagnés sur des marchés concurrentiels et ouverts ?

Les cabinets de conseil s’appliquent à généraliser les meilleures pratiques et leur atout est justement de les connaître. En ce sens, le recours à de tels conseillers n’est pas condamnable y compris dans le monde politique et le personnel administratif français. Politiciens et bureaucrates sont peu regardants sur ce qui se fait ailleurs car farouchement convaincus qu’ils ont les meilleures idées, les meilleurs modèles et les meilleurs fonctionnaires du monde. C’est tout simplement faux : ils sont très coûteux et le résultat n’est pas au rendez-vous, que ce soit dans le domaine de la santé, des assurances sociales, de l’éducation, de la justice, de la sécurité des biens et des personnes.

Le vrai problème du pouvoir d’achat est là : le rapport qualité-prix du service public est mauvais. Ce service public est au demeurant à bout de souffle. Il faudra un jour admettre que la dette publique ne sera pas remboursée ou qu’elle sera rongée par une inflation incontrôlée comme je l’explique dans mon dernier livre : Du sumérien au bitcoin : dettes et crises monétaires.

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  • La question 1 avait-il vraiment travaillé pour la banque Rothschild, la question 2 pourquoi est il revenu à son emploi de fonctionnaire, quand le business chez Rothschild permettait d’engranger des millions

    • Parce que dans le privé, il faut faire montre de qualités et d’efficacité pour les engranger, les millions du privé, alors qu’en étant haut-fonctionnaire…

    • Le petit génie de Rotschild, qui a vendu Alstom pour en racheter une partie le double en ayant perdu en chemin les brevets, est-il vraiment un petit génie?

    • Simple, il fait le job comme président, bien plus efficace pour la banque… Un jour on aura son compte banquaire offshore. La banque l’a capturé très jeune…. Forts les chasseurs de tetes?

    • A t il vraiement arrété son premier buisness? On sait pas…

    • Question 1: on dirait que oui, et que ça paie bien:

  • Simone Wapler aurait fait mieux, c’est sûr mais je n’ai pas pu voter pour elle ni pour des meilleurs

    -1
    • Mouais.
      Je suis Simone Wapler depuis plus de 10 ans, depuis la crise de 2008. Et par expérience, je peux vous dire que Nostradamus est plus digne de confiance qu’elle.
      Exemple : en 2012, elle assurait que la France allait être en cessation de paiement avant 2013.
      Elle fait partie de ces gens qui prennent ce qu’ils aimeraient que la réalité soit pour la réalité elle-même.
      Un conseil : si vous ne voulez pas perdre du pognon, surtout ne suivez pas ses conseils.

      -2
      • En effet, j’écrivais récemment que Simone Wapler était comme une horloge arrêtée : elle aurait finalement raison un jour à force de prévoir des catastrophes. Ce qui est amusant est que les mêmes qui, ici, vilipendent les élucubrations des écolos ou du club de Rome portent au nues les prévisions systématiquement apocalyptiques de Mme Wapler. Elle est aux libéraux ce que Greta Thunberg est aux verts.

        -2
        • « les mêmes qui, ici, vilipendent les élucubrations des écolos ou du club de Rome portent au nues les prévisions systématiquement apocalyptiques de Mme Wapler »
          Les mêmes dites-vous. Vous faites des listes pour vous en assurer ou c’est totalement gratuit ?

  • Personnellement, je soumets l’ idée autour de moi à qui veut l’ entendre, exemple de gabegie adminsitrative à l’ appui: » Et pourquoi ne pas exiger de nos administrations publiques d’ être moins coûteuses et nettement plus performantes? ». Mais 9 personnes sur dix s’ en foutent comme de l’ an 40, puisqu’ ils en croquent.

    • Tout ça n’a aucune importance, le pouvoir d’achats est uniquement lier au travail.. Les gens qui ne bossent pas,ou ne veulent pas évoluer sont évidement perdants.

  • Concentrons-nous sur la question fondamentale : un pouvoir d’achat, ça se distribue ou ça se gagne ?

  • Assez d’accord avec l’ensemble de l’article par contre rien sur le fait qu’un transfert des revenus s’est opéré au profit du top1% de la population?
    Aux US, la part du top1% dans les revenus nationaux est passé de 8% dans les années 70 à 20% aujourd’hui. Les revenus nationaux, c’est 17.6 trillions en 2018. 12 points d’écart, c’est 2100 milliards de moins pour les 99% en dessous soit 14000$ annuel (40% du salaire médian), une broutille sur le pouvoir d’achat.
    On peut attendre un meilleur public et une meilleure distribution des revenus

    -4
    • Sauf que pour le moment et jusqu’à preuve du contraire,
      ici nous sommes en France.
      A chaque fois, c’est la même musique, on nous parle des milliardaires américains
      pour justifier une augmentation des impôts en France.

    • Ce qui est créé en plus par ceux qui travaillent et réussissent 1. n’existe pas en France vu l’imposition qui le confisque pour des dépenses contre-productives et 2. n’a jamais été été pris aux envieux qui paressent et râlent qu’il faut leur donner plus.
      Les 92% du PIB US des années 70 faisaient environ 1.5 T$, les 80% d’aujourd’hui font environ 15T$. Les 8% des 70 faisaient environ 0.13 T$, les 20% d’aujourd’hui environ 4 T$. Le 1% a su multiplier sa création de richesses par 30 quand les autres ne l’ont multipliée que par 10. Conclusion : Les 99% sont 3 fois moins compétents et efficaces. Et en plus, ils viennent se plaindre…

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