Emmanuel Macron, libéral en peau de lapin

Emmanuel Macron crédits Ecole polytechnique Université Paris-Saclay (CC BY-SA 2.0)

Emmanuel Macron lance son mouvement politique « En Marche » : serait-ce la naissance d’un mouvement libéral et progressiste ? Pas vraiment !

Par Serge Federbusch.

Emmanuel Macron à l'école Polytechnique en décembre 2015
Emmanuel Macron crédits Ecole polytechnique Université Paris-Saclay (CC BY-SA 2.0)

«Je crois à la liberté économique, politique, sociale et à notre capacité collective à l’articuler avec la justice. Je crois à une société du progrès ; je crois dans l’Europe, dans l’ambition européenne.»

Quel beau credo, quasi religieux, que celui psalmodié par Emmanuel Macron en lançant son club politique, « En marche », dont il nous dit qu’il a pour vocation immédiate d’aider François Hollande à se faire réélire en 2017. L’objectif est ambitieux, c’est le moins que l’on puisse dire, vu l’état de délabrement sondagier où l’on trouve aujourd’hui le président du changement maintenant !

Mais ne soyons pas mesquins et ne regardons pas cette entreprise par le petit bout d’une lorgnette politicienne. Après tout, nous sommes des libéraux, dont certains viennent et se considèrent encore comme de gauche, au sens où le libéralisme par son souci de la liberté individuelle et sa lutte contre les rentes et les abus de position dominante est une philosophie qu’on peut aisément dire « progressiste ».

Pour autant, Emmanuel Macron et sa start-up sont-ils vraiment libéraux ? Il faut juger un arbre à ses fruits, et les siens sont véreux.

Technocratie et bureaucratie

Tout d’abord, Emmanuel Macron, rejeton de la technocratie de Bercy et de l’Inspection des finances, répète un mantra pro-européen qui, concrètement, se traduit par une adhésion sans faille à la bureaucratie de Bruxelles et Francfort. Cette même technostructure qui s’est emparée depuis des décennies du droit des contrats, du pouvoir de battre monnaie, de la gestion des taux d’intérêt, de toutes sortes d’ustensiles employés pour, en réalité, fausser les marchés, spolier les épargnants et renforcer l’influence d’un capitalisme et d’une finance de connivence. Cela n’a rien à voir avec le libéralisme ni même avec la gauche au bon sens du terme. Macron est le petit dernier, au look avantageux mais aux idées vétustes, de cette grande famille de profiteurs dont l’œuvre concrète est d’avoir mis l’économie française au tapis depuis quarante ans. Il n’est ni le premier ni le plus néfaste mais il prend sa place dans cette triste file.

Poursuivons. Macron a-t-il, à Bercy ou du temps qu’il frayait à l’Élysée, fait quelque chose contre l’enfumage permanent, les manipulations statistiques sur les déficits, la croissance, l’emploi, auxquelles son chef s’adonnait avec délices ? Nenni. Le mensonge s’accorde peu avec la transparence dont les libéraux ont besoin et qu’ils appellent de leurs vœux.

Et puis, Macron a-t-il jamais fait la moindre proposition concrète pour enfin réduire le périmètre de la tentaculaire bureaucratie qui étouffe la France, de ses administrations pléthoriques ? Non. Il se cherche une circonscription et ne peut se vanter que de l’ouverture à la concurrence de quelques lignes de bus.

Je ne lui fais pas de procès d’intention. Simplement, il existe tant d’autres mouvements qui se sont battus, au nom du libéralisme, contre ce que Macron défendait et dont il profitait, pour se dire que ce sont eux et non lui qui méritent que les libéraux les soutiennent.

Macron est en réalité un gadget inventé par Hollande pour que Bruxelles fasse semblant de croire que la France essaie un tant soit peu de se réformer. Mais l’heure n’est plus aux gadgets.

Macron est né politiquement trop tard dans un système trop vermoulu.