Xavier Bertrand s’augmente de 2500 euros : misère de la classe politique

Xavier Bertrand (Crédits Fondapol, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.

Le geste de Xavier Bertrand illustre bien la grande misère dans laquelle la classe politique a plongé l’esprit républicain.

Par Éric Verhaeghe.

Xavier Bertrand (Crédits Fondapol, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.
Xavier Bertrand (Crédits Fondapol, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.

Comme l’a révélé La Voix du Nord, Xavier Bertrand et Gérald Darmanin viennent d’arrondir leurs fins de mois comme élus locaux pour compenser partiellement leurs pertes de revenus après leur démission de députés. Pour y parvenir, Darmanin a décidé de percevoir ses indemnités de maire de Tourcoing, et Bertrand de se rémunérer comme président de la communauté d’agglomération de Saint-Quentin.

L’opération date de janvier et permet à Xavier Bertrand de se verser près de 2.500 euros nets mensuels en plus des 5.200 euros qu’il perçoit comme président de région. L’opération ne pouvait passer totalement inaperçue dans un contexte où Xavier Bertrand avance de nombreux arguments moraux, un tantinet pontifiant, sur la politique autrement.

Le geste, disons-le, fait mauvais genre dans une région que Xavier Bertrand a conquise grâce au retrait de la gauche. Les électeurs qui se sont sentis dépouiller de leur suffrage par cette alliance tactique contre nature y trouveront forcément du grain à moudre. Sous des dehors patelins et des repentirs symbolisés par sa démission de l’Assemblée Nationale, Xavier Bertrand, diront-ils, cachait bien son jeu : perdre le poste oui, perdre les avantages, non !

Sur le fond, le geste de Xavier Bertrand illustre bien la grande misère dans laquelle la classe politique issue des partis de gouvernement a plongé l’esprit républicain et ses vertus historiques. Cette classe vit d’une professionnalisation de ses mandats, et se pense comme la noblesse il y a deux cents ans.

Pour être reconnu politiquement, pour faire carrière, il faut commencer jeune et dédier tout son temps et toute sa peine à la recherche de mandats publics. Dès le plus jeune âge, il faut courtiser les puissants, courber l’échine face à eux, leur donner des soirées, des week-ends, se mettre à leur service, leur dire ce qu’ils ont envie d’entendre et progressivement la carrière se fait. Elle commence par un mandat municipal, puis un mandat de conseiller territorial (ah ! les cantonales !). Les plus chanceux guignent des mairies, des investitures aux législatives, aux sénatoriales, puis des postes de ministre.

Bref, pour être élu sous la Ve République, il faut renoncer à tout et entrer en politique comme on entrait autrefois en religion.

Dans ce parcours bien huilé, point de hasard, peu d’aléa, et pas de raison. Tout est dépendance, allégeance et manœuvres pour franchir un palier supplémentaire à chaque occasion. Tout est passion au mauvais sens du terme, c’est-à-dire intérêt, calcul, convoitise et avarice. Ce système professionnel incarne ce que les Français rejettent dans la politique et explique le sentiment de moins en moins diffus, de plus en plus explicite, qu’ils nourrissent d’une fin de la démocratie et d’un dévoiement profond des institutions. Leurs élus n’accèdent pas aux postes parce qu’ils sont capables de régler les problèmes publics, mais parce qu’ils ont manœuvré en coulisse pour parvenir à se partager un gâteau.

C’est évidemment tout cela que Xavier Bertrand vient de nourrir, de consolider, par un geste dont la portée symbolique dépasse forcément le montant des 4.000 euros « chargés » qu’il vient de s’attribuer.

Au fond, Bertrand nous dit qu’une droite élue avec les voix de la gauche parce qu’elle n’avait pas la légitimité nécessaire pour arriver seule au pouvoir ne tire aucune conséquence, aucune leçon de ses échecs. Des élus défaillants ne doivent pas perdre leurs avantages…

L’absence de sanction en démocratie, c’est déjà le début de la tyrannie.

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