Attentats de Bruxelles : non, nous ne sommes pas en guerre

Non, Monsieur Valls, vous vous trompez, nous ne sommes pas en guerre après les attentats de Paris ou de Bruxelles.

Par Gabriel Montlhuret

Manuel Valls et Guillaume Bachelay (Crédits : Parti socialiste, licence CC BY-NC-ND 2.0)
Manuel Valls et Guillaume Bachelay (Crédits : Parti socialiste, licence CC BY-NC-ND 2.0)

L’horreur des attentats explose à nouveau par sa violence aveugle et sourde, elle traumatise encore un pays et strangule une population entière. Les explosions de Bruxelles nous rappellent avec atrocité à quel point la folie rôde aux portes du monde civilisé.

Pourtant, malgré l’horreur, malgré la peur, non, Monsieur Valls, vous vous trompez, nous ne sommes pas en guerre.

Ce n’est pas ça une guerre

Certes, la France est frappée par les excroissances monstrueuses de la folie djihadiste, mais la France n’est en rien un pays en guerre. Vous qui ne savez que trop à quoi ressemble un pays en guerre – l’Espagne de la guerre civile – comment pouvez-vous user et abuser d’une rhétorique guerrière qui entretient la peur au lieu de nourrir l’espoir ?

La France n’est pas bombardée ni envahie, elle ne déploie pas de troupes au sol. Une guerre engage un pays contre un autre en vue d’une lutte pour le pouvoir.

Or ici l’ennemi de la France est une idéologie, il n’a pas de visage ni de territoire à proprement parler.

Le danger d’abuser d’une rhétorique guerrière

En parlant d’une guerre qui ne prendra fin qu’avec l’annihilation de Daech, vous condamnez la France à une lutte interminable : comment tuer une idéologie ?

Vous condamnez la France à une position purement guerrière et sécuritaire là où elle a besoin de pensées et de mots pour panser ses maux. Vous refusez de comprendre Daech ?

Mais comprendre ce n’est pas expliquer comme l’a si brillamment prouvé Arendt. Bien au contraire, comprendre l’ennemi, c’est se donner les moyens de lutter contre lui.

Supposer que la France est en guerre, c’est lui ôter les armes de la pensée pour la condamner à la pulsion sécuritaire. Bien évidemment, nous souhaitons vivre en sécurité et nous souhaitons éliminer le monstre qu’est Daech, mais la victoire ne se jouera pas uniquement sur  le champ de bataille, la France doit aussi investir le champ des idées.

Il faut repenser la solidarité à l’heure du terrorisme

Si guerre il y a, c’est celle que mène la liberté face à la folie et la destruction barbares, et cette guerre, elle ne s’est jamais remportée aux poings. La résilience d’un pays entier ne passera pas par la poursuite effrénée de l’ennemi en le repoussant aux confins du monde, même si une guerre sur le terrain est effectivement nécessaire.

La solidarité est mère de résilience. Ces attentats qui frappent l’Europe peuvent nous rendre plus forts à condition de repenser la solidarité à l’échelle française et européenne. Je parle de cette France post-Charlie qui saura véhiculer en Europe ses valeurs humanistes, celles qui, au lendemain de l’horreur, a uni une population dans l’espoir au lieu de la diviser par la peur.

Cette vague d’espoir qui a fait frémir la France et m’a fait rêver d’un monde plus fort, je rêve que demain elle traverse l’Europe et nous unisse face à cette douleur commune qu’est le terrorisme.

Alors non Monsieur Valls, nous ne sommes pas en guerre, cessez d’employer le langage de la lutte et commencez à employer celui de l’espoir, ce n’est qu’ainsi que nous panserons nos plaies : en commençant par les penser.

Penser pour panser.

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