Guerre contre le terrorisme : jusqu’où aller ?

Par Le Parisien Libéral.

Bombs by Raul A.-(CC BY-ND 2.0)

Bombs by Raul A.-(CC BY-ND 2.0)

 

La police belge a arrêté Salah Abdeslam, suspecté d’être partie prenante des attentats du 13 novembre à Paris. C’est une bonne chose.

C’est d’autant plus une bonne chose qu’il a été arrêté vivant. À la différence du GIGN français, la police belge tire dans les jambes, afin que le suspect appréhendé puisse être amené devant un tribunal, et jugé.

Le procès de Salah Abdeslam permettra, on l’espère tous, d’avoir des réponses sur ce qui s’est exactement passé le 13 novembre.

Notons également, comme le remarque le blogueur Maitre Eolas, que la Belgique a arrêté Abdeslam et 4 autres personnes, et tout cela sans état d’urgence, ce régime d’exception adopté par la France et qui donne davantage de pouvoirs à la police, au détriment de la justice.

 

Maintenant, en attendant que les justices belge et française fassent leur travail, si on se repenchait un peu sur l’intervention militaire française en Syrie ?

Tout comme W. Bush avait choisi, suite aux attentats du 11 septembre, d’envahir l’Irak, François Hollande a décidé de bombarder Raqqa, en Syrie. Notons bien : la France n’a pas reconnu l’État Islamique en Irak et au levant (Daech) comme étant un vrai État. Donc quand nous bombardons Daech, c’est bien en Syrie que nous sommes impliqués.

Et si nous bombardons en Syrie, c’est parce que « l’attentat a été organisé, pensé, planifié depuis la Syrie ». C’est Manuel Valls, Premier ministre, qui l’a déclaré.

Depuis le début des bombardements en Syrie, l’enquête a progressé.

Les quelque 6 000 procès-verbaux de l’enquête sur les attentats du 13 novembre, dont Le Monde a pris connaissance, ont par exemple permis de retracer avec une grande précision la préparation et le déroulement des attaques. Ils ont révélé surtout, toujours d’après Le Monde, que les trois commandos du 13 novembre ont été coordonnés en temps réel depuis la Belgique.

Un article du quotidien Le Parisien (qui ne passe pas non plus pour un obscur blog conspirationniste) du 9 janvier 2016 nous explique également que « la galaxie terroriste qui a planifié la tuerie ou aidé les assassins du 13 novembre 2015 est basée en Belgique ».

Du coup, puisque la politique de la France est, si on suit bien l’exécutif, de bombarder les endroits où se trouvent des gens qui s’attaquent à la France et aux Français, faudra t-il reconsidérer la demi-plaisanterie du polémiste Éric Zemmour, à savoir bombarder Molenbeek ?

 

Vous direz : il y a une différence entre la Syrie et la Belgique. La Belgique est notre alliée, notre amie et notre partenaire au sein de l’UE et de l’OTAN, et sa justice et sa police collaborent avec les nôtres. C’est vrai. Mais la Syrie n’a t-elle pas cherché à collaborer, également, avec la France ?

Yves de Kerdrel, directeur de la publication de Valeurs actuelles, a interviewé Bernard Squarcini. ancien directeur de la DCRI. Cet ancien des renseignements affirme que les services secrets syriens ont la liste des combattants djihadistes français opérant en Syrie et que Manuel Valls a refusé de la prendre en compte.

 

Vous l’aurez bien compris : la question n’est pas de bombarder Molenbeek. La question, c’est la guerre contre le terrorisme dans laquelle l’exécutif français nous implique.

Sommes-nous vraiment en guerre, et si oui, contre qui ? Contre d’autres Français (comme Brahim Abdeslam), ceux qui ont choisi de tuer des Français le 13 novembre ? Contre les opposants à Bachar el Assad qui ont été nos alliés, comme remarquait Claude Goasguen ? Avons-nous vraiment envie, nous Français, de nous engager dans la voie suivie par G. W. Bush et Obama ? Bombarder à l’étranger, nous engager dans une politique ultra sécuritaire et liberticide de surveillance généralisée et qui fait passer le Patriot Act pour un brouillon ?

L’arrestation de Salah Abdeslam montre que la prétendue war on terror  guerre contre le terrorisme passe avant tout par le respect du travail des forces de police et de renseignement, pas par l’escalade technologique liberticide et inefficace ou par les régimes d’exception.

Encore bravo à la police belge. Et que nous en tirions des leçons, ici, chez nous, en France.


Sur le web

  1. Article à relativiser le type est resté 4 mois au même endroit quasiment et il s’est fait choppé car acolyte l ‘a balancé bref tout s’est accéléré mais merci la chance. Bref ça montre plus l’absence de volonté des services de coopérer etc, tout le monde danse alors que il y a encore quelques semaines belges et français se mettaient sur la gueule à qui était le plus imcompétent

    1. C’est le travail de terrain qui sape les fondements des petits trafics et qui amène à la délation…

  2. L’état d’urgence est en principe fait pour faciliter le travail des policiers. Peut-être la loi belge n’entrave pas t-elle pas systématiquement celui-ci comme semble-t-il c’était le cas en France avant l’état d’urgence? Vous auriez dû, avant d’écrire cet article, faire un état des lieux comparatif. Votre article n’est donc que du bavardage.

    1. Pierre Kirool (futur émigré)

      « Peut-être la loi belge n’entrave pas t-elle pas systématiquement celui-ci comme semble-t-il c’était le cas en France avant l’état d’urgence? »

      Faux, archi-faux. Il faut arrêter de croire ce que vous disent les Ciotti et autres autoproclamés experts en sécurité qui vous expliquent que si y a des morts par terrorisme en France c’est de la faute à la méchante et obtue justice qui fait rien qu’à tout bloquer et parce qu’il y aurait un « vidjuridik ».

      D’un part la France est « à la pointe » s’agissant de sa législation antiterroriste qui va très loin et n’a rien à envier aux USA. Des lois antiterroristes, on en vote tous les 5 ans dans ce pays depuis 25 ans, pour ainsi dire tout les quatre matins. Ces lois antiterroristes sont largement dérogatoires à la procédure pénale ordinaire. Par ailleurs, ça fait aussi plus ou moins 25 ans qu’on vit sous plan vigipirate dont le niveau d’alerte est sans cesse relevé…on en a vu les résultats. Doit-on tenter 25 ans d’état d’urgence?

      D’autre part, outre une législation antiterroriste déjà bien fournie, le Conseil d’État a développé ces 20 dernières années une jurisprudence qui permet aux enquêteurs de passer outre la loi quand la situation l’exige (péril imminent). Donc non, s’il y a eu 130 morts en novembre, ce n’est pas la faute à la justice, mais peut-être à Valls et Hollande qui se sont empressés de faire voter l’état d’urgence et qui ont pourtant refusé une liste de djihadistes français venant des Syriens et des services français qui n’ont pas pris en compte en certains nombres d’informations venant des Américains, Allemands, Belges et Marocains (ou Tunisiens, je sais plus)…

      Enfin, « grâce » à l’état d’urgence c’est combien d’arrestations, de saisies et d’assignation à domicile? 5000? 6000? Pour combien de personnes déférées devant la justice? 4-5? Je suis pas expert, mais il me semble qu’en faisant des descentes tout azimut dans tous les sens et en s’éparpillant ainsi, la police se facilite pas vraiment le travail, enfin son vrai travail je veux dire…

    2. Il semble douteux qu’en Belgique les policiers puissent venir chez vous la nuit, tout fouiller, saisir vos biens et, pourquoi pas, vous emmener en garde à vue sur simple « présomption de participation à une opération terroriste ».
      Il semble douteux qu’en Belgique le préfet (ou ce qui en tient lieu) a la possibilité de vous assigner à domicile… parce-que, comme ça, il a envie (les écolos qui l’ont été pendant la COP21 pourront vous en parler)…
      Donc le commentaire de l’article, qui dit que cette arrestation s’est faite sans état d’urgence, est parfaitement valide.

  3. Premierement quand on cite « le monde » ça me donne envie de vomir. Deuxièmement ,se réjouir parce que ce sinistre individu à été interpellé vivant ,qu’il va tout nous raconter et qu’il sera jugé ca me redonne envie de vomir. Il n’y a qu’à regarder les infos, en deux jours ,il est passé du minable lâche ,qui n’a pas eu assez de courage pour se faire sauter la tronche ,au préparateur d’un attentat en Belgique . On est dans la com ,le gouvernement essaye de récupérer les miettes c’est bon pour les sondages. Il sera jugé ds 4 ans et d’ici là il aura fait des émules .

    1. Votre commentaire, quoique direct, n’est pas dénué de fondements.

  4. Et dire que l’on considère les Belges comme des c…Merci aux autorités Belges pour avoir fait leur travail correctement!

  5.  » Du coup, puisque la politique de la France est, si on suit bien l’exécutif, de bombarder les endroits où se trouvent des gens qui s’attaquent à la France et aux Français, faudra t-il reconsidérer la demi-plaisanterie du polémiste Éric Zemmour, à savoir bombarder Molenbeek ?  »

    Raisonnent un peu simpliste. Venant de Zemmour je ne suis pas étonné. Il n’y a rien de stupide d’aller bombarder la Syrie pour détruire l’EI dans lutte contre le terrorisme. Les réseaux djihadistes en occident et l’EI en Syrie sont intimement liés l’un à l’autre. Démanteler les réseaux terroristes lié à l’EI quand le model principale qui se trouve en Syrie et en Irak n’est pas détruit risque bien d’être un combat sans fin.

    En 45 Zemmour aurait été capable de dire que ce n’est pas en allant à Berlin que l’on va anéantir le nazisme.

    D.J

  6. « À la différence du GIGN français, la police belge tire dans les jambes, afin que le suspect appréhendé puisse être amené devant un tribunal, et jugé. »

    Un peu fort de café quand même, Salah Abdeslam s’est enfui en faisant dos aux policiers. Dans le cas des interventions du GIGN, à chaque fois, ils avaient à faire avec des gens qui leur tiraient dessus et qui voulaient les tuer.

    Je suis d’avis qu’en effet, nous devons laisser les Syriens se débrouiller tous seuls et ne pas bombarder là bas, mais n’oublions pas alors que la guerre doit bel et bien être menée ici, dans notre pays. Ce qui est dommage, c’est que l’article ne dit pas VRAIMENT jusqu’où aller dans cette guerre interne : Doit on par exemple envoyer au plus vite une centaine de membres des services secrets infiltrer les cellules djihadistes et les démanteler en pratiquant des tortures psychiques sur ceux qui sont capturés (manque de sommeil par exemple) pour que les filières entières soient démantelées, puis éradication par permis de tuer, afin de se passer de juges collabos qui relâcheront des gens au bout de 5 ans, et afin que la non médiatisation permette de n’éveiller aucune sympathie ? C’est terrible à dire, mais c’est probablement la meilleure solution, en terme d’efficacité, en terme de minimisation du nombre de morts, en terme de lutte contre l’amalgame envers les musulmans, et en terme d’un Etat de droit affiché. Certes, c’est extrêmement hypocrite, car l’Etat de droit est alors contourné en douce, mais l’hypocrisie a souvent du bon, c’est terrible à dire, mais c’est comme ça.

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