Pourquoi une grève des infirmiers anesthésistes ?

Le 22 mars, les infirmiers anesthésistes seront en grève.

Par Bernard Kron.

ResoluteSupportMedia-Anesthesie (CC BY 2.0)
ResoluteSupportMedia-Anesthesie (CC BY 2.0)

 

Après le collectif de mars 2015 et les manifestations de novembre contre la Loi santé les soignants se mobilisent à nouveau le 22 mars contre l’irréalisme du ministère de la Santé et de la CNAM.

Toutes les corporations sont concernées. Depuis les étudiants jusqu’aux chefs de service de l’Assistance Publique.

Des chirurgiens démissionnent

Le différentiel financier de plus en plus important avec les autres métiers de même durée de formation ou de même responsabilité décourage les plus motivés et les pousse à la routine à l’hôpital.

La démission de 57 chirurgiens de l’AP-HP en trois ans est un signal fort qui est pourtant passé inaperçu.

Le chirurgien est devenu un simple acteur social qui se sent de plus en plus maltraité par l’administration et les tutelles. Le chef de service est absorbé par les tâches administratives et son autorité diluée par les rouages de l’administration (Direction, Directoire, Conseil de surveillance, CME, Pôles et ARS).

Les IADE sont frustrés

Les infirmiers anesthésistes (IADE) sont leurs compagnons de tous les jours. Leur présence au bloc est permanente, mais leurs responsabilités vont au delà. Leurs 7 ans de formation ne sont pas reconnus par les tutelles. Ils seront dans la rue le 22 mars.

Les CHU ayant formé des chefs de clinique hyper spécialisés et performants ont vu de nombreux  postes désertés car nombre de ces derniers sont partis en clinique.

Les salaires

dessin politique322La revalorisation des salaires est malheureusement impossible car le budget hospitalier représente déjà près de la moitié des dépenses de santé.

Les hôpitaux continuent pourtant de faire l’objet de toutes les attentions. Le manque de postes valorisants en CHU et la dégradation des conditions de travail à l’hôpital public entraînent ces départs. La relative faiblesse des salaires en comparaison avec ceux d’autres professions du secteur public, entraîne actuellement nombre de praticiens à démissionner pour partir à l’étranger ou dans le privé.

Certes, sur le plan juridique l’administration protège les médecins hospitaliers, mais ils sont de plus en plus tracassés par le poids administratif, par les difficultés de carrière et les coteries.

Les contraintes horaires annexes sont de moins en moins compatibles avec l’activité chirurgicale au bloc opératoire.

Les Commissions Médicales d’Établissement (CME), les staffs de services ou de pôles, l’enseignement des internes et des jeunes chefs de clinique sont chronophages.

Dans leur exercice professionnel les chirurgiens prennent rarement les patients dans leur globalité. Les soins sont partagés ou délégués et on leur attribue en moyenne trois fois plus de personnel pour une activité moitié moindre qu’en libéral.

La productivité est pourtant inférieure, conséquence d’une gestion trop lente des blocs opératoires et de l’inertie de la chaîne. Le pouvoir infirmier, celui de l’administration et des urgentistes participe à cette évolution où le chirurgien n’est plus qu’un rouage de la lourde machine hospitalière. Avec un département d’anesthésie désormais indépendant et l’augmentation des tâches administratives le rôle du chef de service devient marginal. La difficulté de constituer un secteur privé à l’hôpital  s’ajoute à tous ces problèmes.

Les médecins libéraux

Nombre de cliniques envisagent d’assurer un service public, auquel cas les tutelles leur imposeraient d’interdire les compléments d’honoraires à leurs praticiens. Des cliniques privées ferment et se transforment, ce qui va priver certains chirurgiens de leurs lieux de travail et d’une patientèle qui ne les suivrait pas en cas de départ.

L’État décrète, légifère, impose des normes, crée de nouvelles structures qui paralysent le système libéral. L’accréditation des chirurgiens a été imposée dans notre société normative. Les quotas imposés en cancérologie empêchent des chirurgiens compétents d’opérer ces patients en dehors des centres accrédités. Or, les praticiens de ces établissements ne sont pas tous chevronnés

Les responsabilités du chirurgien

Les responsabilités sont de plus en plus écrasantes, ce qui change totalement le paradigme. Le chirurgien a été formé en milieu hospitalier avec une responsabilité avant tout administrative, la responsabilité juridique personnelle étant des plus limitées.

Des chirurgiens dénoncent cette situation comme le Pr Laurent Hannoun, chirurgien à la Pitié-Salpêtrière et auteur d’un rapport interne présenté la semaine dernière à la direction de l’AP-HP et Philippe Cuq, co-président du syndicat de chirurgiens «  le Bloc ».

Les IADE, avec Gérald Delarue et l’UFML avec le Docteur Marty vont mettre au premier plan ces défaillances de notre système de santé.

Les étudiants en médecine

Le numerus clausus est dénoncé car avec 13,5 de moyenne on est éliminé en PACES (première année) alors que 350 étudiants de l’UE ont été reçus à l’ECN (Examen National Classant) dont 8 avec un zéro.

La médecine doit sortir de l’emprise des tutelles. Cette machine accomplit la tâche ruineuse pour laquelle elle a été mise en place. Elle secrète ses propres services, développe ses systèmes, sans se rendre compte qu’elle stérilise la médecine. Elle enlève l’envie à nos enfants de choisir ces métiers qui ont cessé d’être attractifs et prestigieux pour devenir trop pesants.