Trump, la révolte contre les élites ?

Donald Trump (Crédits : Gage Skidmore, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.

Trump canalise la colère des électeurs contre les élites du parti Républicain.

Par Daniel Girard, depuis les États-Unis

Donald Trump (Crédits : Gage Skidmore, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.
Donald Trump (Crédits : Gage Skidmore, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.

On peut demander à des politologues et des sociologues de produire des analyses sophistiquées pour expliquer le phénomène Donald Trump… ou on peut simplement écouter les partisans du milliardaire.

Neil Mortensen, qui gère un chantier de construction en banlieue de Détroit, au Michigan, a réussi à survivre aux multiples rondes de compressions dans l’industrie lourde uniquement parce que son patron a changé de domaine pour œuvrer dans la démolition : « J’ai vu plein d’entreprises qui fabriquent des produits parfois aussi simples que des balais fermer leurs portes. Ces firmes continuent de fabriquer des produits, mais elles le font à l’étranger », soupire-t-il. C’est pourquoi Neil Mortensen et son épouse Kathy appuient Donald Trump. Nous espérons qu’il réussira à ramener en Amérique ces emplois que nous avons perdus à l’étranger.

Neil Mortensen est l’un de ces milliers d’électeurs en colère qui se sont présentés aux urnes au Michigan mardi pour donner la victoire à Donald Trump. Les hommes désabusés, en particulier, ont voté massivement pour le milliardaire. Les hommes représentaient 52% des électeurs et ils ont appuyé Donald Trump à 43% contre 23% pour John Kasich. Plus de la moitié des électeurs avaient une opinion défavorable au libre-échange et ils ont voté à 42% contre 23% pour Donald Trump contre Ted Cruz. Le milliardaire n’a pas été le seul à bénéficier de ce courroux de l’électeur dans cet État industriel malmené par la récession. Bernie Sanders a infligé la défaite à Hillary Clinton. Elle avait pourtant une avance de 27 points sur le sénateur du Vermont. Bernie Sanders, tout comme Donald Trump, a profité du vote des électeurs qui s’estimaient laissés-pour-compte du libre-échange : il a battu Hillary Clinton à 56% contre 43%.

Donald Trump et Bernie Sanders peuvent ainsi exhiber le Michigan comme trophée de chasse.

La colère de l’électeur a aussi profité à Donald Trump au Mississippi. Parmi les quatre Républicains sur 10 qui se disaient, à la sortie de l’urne, en colère contre le gouvernement fédéral, 57% ont voté pour Donald Trump. En colère, désabusés, les électeurs républicains du Mississippi voulaient surtout appuyer un outsider. À ce chapitre, la domination de Donald Trump est totale.

Cette colère de l’électeur et son désir d’élire un outsider expliquent ce qui semble incompréhensible pour beaucoup de gens : Donald Trump peut se permettre de faire des promesses qui frôlent l’irréalisable et de tenir des propos outranciers. Pourquoi ? Parce que l’électeur désabusé a perdu confiance dans un establishment qui l’a laissé tomber. L’électeur fâché contre les élites dit qu’il aime entendre Donald Trump affirmer avec aplomb qu’il va fermer la frontière au Mexique, freiner l’immigration illégale et renégocier les ententes de libre-échange. Le milliardaire se contredit ? Ses partisans répondent : nous savons qu’il ne pourra pas mettre en œuvre ses promesses sans négociations, mais au moins ses positions de départ sons claires.

Pour Jason L. Riley, du Wall Street Journal, la poussée de Donald Trump aux primaires républicaines n’a rien à voir avec le nationalisme blanc et la montée de l’intolérance. Le commentateur estime que le milliardaire récolte des appuis grâce à son talent de communicateur développé dans le monde des médias. Et il gagne la confiance des électeurs de la classe ouvrière qui ont perdu confiance dans les politiciens traditionnels. Donald Trump, qui n’a aucune expérience en politique, vit l’expérience des montagnes russes d’une course à l’investiture. Il a été agréablement surpris de sa performance du mardi 8 mars. Son super samedi plutôt décevant lui faisait craindre une baisse de régime. Mais ses victoires au Michigan, au Massachusetts et à Hawaï (71 délégués samedi) lui ont permis de maintenir son avance d’une centaine de délégués sur son principal adversaire Ted Cruz (57 délégués samedi).

Les primaires du 15 mars seront déterminantes pour deux des trois adversaires de Donald Trump. Marco Rubio, qui a eu une terrible soirée électorale le 8 mars, aura besoin d’une victoire dans son État de la Floride mardi prochain. Mais la bataille s’annonce difficile. L’autre sénateur de la Floride, Bill Nelson, est convaincu que son collègue, Marco Rubio subira une cuisante défaite. Il est derrière Donald Trump par 15 points selon RealClearPolitics qui fait la moyenne de divers sondages. Il n’y aura qu’un seul vainqueur ce soir-là pour les 99 délégués en jeu.

En Ohio, l’État du gouverneur John Kasich, un sondage Fox News place le gouverneur devant Donald Trump par 34% contre 29%. Comme en Floride, il n’y aura qu’un seul vainqueur en Ohio. Le gagnant prendra les 63 délégués. Si le milliardaire remporte les deux États, il aura près de la moitié des délégués requis pour remporter l’investiture. Le temps file pour les opposants. Ted Cruz semble être le seul candidat susceptible d’empêcher Donald Trump d’obtenir 1237 délégués avant juillet. Dans ce cas, la course à l’investiture déboucherait sur une convention contestée. Il faudrait un deuxième tour de scrutin pour dégager un vainqueur.

Conscients que le temps presse, des barons de l’establishment républicain ont convoqué en meeting privé à Sea Island en Géorgie des pdg et des milliardaires pour discuter d’une stratégie pour bloquer Donald Trump. Lors de la rencontre, Karl Rove a présenté aux participants les conclusions d’un focus group sur les faiblesses du milliardaire qu’il faut exploiter : il ne serait pas présidentiel, ne serait pas inspirant pour les enfants et, erratique, on ne pourrait lui confier sans inquiétude les codes nucléaires…

Quand on voit les plans de l’establishment pour stopper Donald Trump, on comprend mieux pourquoi le milliardaire a le vent dans les voiles.