Trump, la révolte contre les élites ?

Trump canalise la colère des électeurs contre les élites du parti Républicain.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Donald Trump (Crédits : Gage Skidmore, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don

Trump, la révolte contre les élites ?

Publié le 10 mars 2016
- A +

Par Daniel Girard, depuis les États-Unis

Donald Trump (Crédits : Gage Skidmore, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.
Donald Trump (Crédits : Gage Skidmore, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.

On peut demander à des politologues et des sociologues de produire des analyses sophistiquées pour expliquer le phénomène Donald Trump… ou on peut simplement écouter les partisans du milliardaire.

Neil Mortensen, qui gère un chantier de construction en banlieue de Détroit, au Michigan, a réussi à survivre aux multiples rondes de compressions dans l’industrie lourde uniquement parce que son patron a changé de domaine pour œuvrer dans la démolition : « J’ai vu plein d’entreprises qui fabriquent des produits parfois aussi simples que des balais fermer leurs portes. Ces firmes continuent de fabriquer des produits, mais elles le font à l’étranger », soupire-t-il. C’est pourquoi Neil Mortensen et son épouse Kathy appuient Donald Trump. Nous espérons qu’il réussira à ramener en Amérique ces emplois que nous avons perdus à l’étranger.

Neil Mortensen est l’un de ces milliers d’électeurs en colère qui se sont présentés aux urnes au Michigan mardi pour donner la victoire à Donald Trump. Les hommes désabusés, en particulier, ont voté massivement pour le milliardaire. Les hommes représentaient 52% des électeurs et ils ont appuyé Donald Trump à 43% contre 23% pour John Kasich. Plus de la moitié des électeurs avaient une opinion défavorable au libre-échange et ils ont voté à 42% contre 23% pour Donald Trump contre Ted Cruz. Le milliardaire n’a pas été le seul à bénéficier de ce courroux de l’électeur dans cet État industriel malmené par la récession. Bernie Sanders a infligé la défaite à Hillary Clinton. Elle avait pourtant une avance de 27 points sur le sénateur du Vermont. Bernie Sanders, tout comme Donald Trump, a profité du vote des électeurs qui s’estimaient laissés-pour-compte du libre-échange : il a battu Hillary Clinton à 56% contre 43%.

Donald Trump et Bernie Sanders peuvent ainsi exhiber le Michigan comme trophée de chasse.

La colère de l’électeur a aussi profité à Donald Trump au Mississippi. Parmi les quatre Républicains sur 10 qui se disaient, à la sortie de l’urne, en colère contre le gouvernement fédéral, 57% ont voté pour Donald Trump. En colère, désabusés, les électeurs républicains du Mississippi voulaient surtout appuyer un outsider. À ce chapitre, la domination de Donald Trump est totale.

Cette colère de l’électeur et son désir d’élire un outsider expliquent ce qui semble incompréhensible pour beaucoup de gens : Donald Trump peut se permettre de faire des promesses qui frôlent l’irréalisable et de tenir des propos outranciers. Pourquoi ? Parce que l’électeur désabusé a perdu confiance dans un establishment qui l’a laissé tomber. L’électeur fâché contre les élites dit qu’il aime entendre Donald Trump affirmer avec aplomb qu’il va fermer la frontière au Mexique, freiner l’immigration illégale et renégocier les ententes de libre-échange. Le milliardaire se contredit ? Ses partisans répondent : nous savons qu’il ne pourra pas mettre en œuvre ses promesses sans négociations, mais au moins ses positions de départ sons claires.

Pour Jason L. Riley, du Wall Street Journal, la poussée de Donald Trump aux primaires républicaines n’a rien à voir avec le nationalisme blanc et la montée de l’intolérance. Le commentateur estime que le milliardaire récolte des appuis grâce à son talent de communicateur développé dans le monde des médias. Et il gagne la confiance des électeurs de la classe ouvrière qui ont perdu confiance dans les politiciens traditionnels. Donald Trump, qui n’a aucune expérience en politique, vit l’expérience des montagnes russes d’une course à l’investiture. Il a été agréablement surpris de sa performance du mardi 8 mars. Son super samedi plutôt décevant lui faisait craindre une baisse de régime. Mais ses victoires au Michigan, au Massachusetts et à Hawaï (71 délégués samedi) lui ont permis de maintenir son avance d’une centaine de délégués sur son principal adversaire Ted Cruz (57 délégués samedi).

Les primaires du 15 mars seront déterminantes pour deux des trois adversaires de Donald Trump. Marco Rubio, qui a eu une terrible soirée électorale le 8 mars, aura besoin d’une victoire dans son État de la Floride mardi prochain. Mais la bataille s’annonce difficile. L’autre sénateur de la Floride, Bill Nelson, est convaincu que son collègue, Marco Rubio subira une cuisante défaite. Il est derrière Donald Trump par 15 points selon RealClearPolitics qui fait la moyenne de divers sondages. Il n’y aura qu’un seul vainqueur ce soir-là pour les 99 délégués en jeu.

En Ohio, l’État du gouverneur John Kasich, un sondage Fox News place le gouverneur devant Donald Trump par 34% contre 29%. Comme en Floride, il n’y aura qu’un seul vainqueur en Ohio. Le gagnant prendra les 63 délégués. Si le milliardaire remporte les deux États, il aura près de la moitié des délégués requis pour remporter l’investiture. Le temps file pour les opposants. Ted Cruz semble être le seul candidat susceptible d’empêcher Donald Trump d’obtenir 1237 délégués avant juillet. Dans ce cas, la course à l’investiture déboucherait sur une convention contestée. Il faudrait un deuxième tour de scrutin pour dégager un vainqueur.

Conscients que le temps presse, des barons de l’establishment républicain ont convoqué en meeting privé à Sea Island en Géorgie des pdg et des milliardaires pour discuter d’une stratégie pour bloquer Donald Trump. Lors de la rencontre, Karl Rove a présenté aux participants les conclusions d’un focus group sur les faiblesses du milliardaire qu’il faut exploiter : il ne serait pas présidentiel, ne serait pas inspirant pour les enfants et, erratique, on ne pourrait lui confier sans inquiétude les codes nucléaires…

Quand on voit les plans de l’establishment pour stopper Donald Trump, on comprend mieux pourquoi le milliardaire a le vent dans les voiles.

Voir les commentaires (12)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (12)
  • On s’aperçoit avec ce système des primaires, que les déchirements dans un même partie est un spectacle affligent. Qu’il soit transparent ou défini en amont ne change rien. Le fait que Bernie Sanders est également quelques succès est tout aussi inquiétant. Les Etats Unis n’ont jamais eu un candidats aussi marqué à gauche à ma connaissance. Un peu comme nous en 2002 où à la présidentiel nous avions trois candidats trotskistes.

    • Dans le cas de Hillary Clinton, il devait s’agir d’un couronnement. Et comme elle avait l’organisation, les syndicats et les donateurs de son côté, de gros candidats potentiels se sont abstenus. Bernie Sanders semble d’ailleurs surpris lui-même de faire aussi bien !

  • Le problème du GOP est que ses attaques contre Trump son pathétiques, quelques exemples :
    – Certaines de ses entreprises ont fait faillite ? Il a également créé des milliers d’emplois aux USA quand ses rivaux se tournent les pouces à Washington…Pour ceux qui y vont régulièrement, Rubio étant par exemple le roi de l’absentéisme au Sénat.
    – Il fait peur aux enfants ? On s’en fiche, ils ne votent pas.
    – Il n’est pas présidentiel ? C’est quoi, être « présidentiel » ?
    – Il ne fournit pas ses déclarations fiscales ? Envoyer Romney qui avait eu du mal à le faire pour le dénoncer, quelle vaste blague.
    – Ce serait fou de lui donner les codes nucléaires ? Je ne crois pas qu’il ait davantage envie de faire sauter la planète, et donc ses nombreux buildings, que le non regretté Kim Jong Il qui expliquait que le seul intérêt de la bombe A, c’est qu’on t’appelle Monsieur sur la scène internationale quand tu l’as.

    Ajoutez à cela un incontestable talent de parolier, des rivaux sans aucun charisme qui se chamaillent entre eux et son indépendance financière, vous obtenez la situation actuelle. Un mot sur ses propos racistes car on ne peut pas faire comme s’ils ne faisaient pas un petit peu mouche, le GOP les dénonce bien mollement, une part de son électorat les partageant certainement, au moins pour partie !

  • Donald trump c est la victoire de l amerique profonde et du peuple silencieux sur les apparatchiks style Rubio le naze (qui est supporte par quelques lecteurs de contrepoints tout aussi nazes).

    • Trois candidats sur quatre sont intéressants. Trump, Kasich et Rubio. John Kasich est certainement le candidat qui a la meilleure feuille de route, comme gouverneur de l’Ohio, mais les gens veulent un outsider. Quand à Ted Cruz, c’est un fondamentaliste chrétien qui voit la constitution américaine comme un texte religieux.

      • la constitution américaine a assuré au pays le respect de la liberté, du droit et de la démocratie durant plus de 2 siècles . Le faire changer au gre des tendances du moment serait un précédent dangereux qui pourrait faire perdre, au fur et à mesure des modifications, toute son essence libérale . De la , je soutiens totalement Cruz .

  •  » Donald trump c est la victoire de l amerique profonde et du peuple silencieux sur les apparatchiks style Rubio le naze (qui est supporte par quelques lecteurs de contrepoints tout aussi nazes).  »

    Israël. mon.amour dernièrement dit:

     » Seul Trump pourra sauver l’Amerique de la perversion socialisante.  »

    Réponse de SweepingWave:

     » Sauf qu’il est socialiste : favorable aux programmes sociaux, pas fan de la propriété privée, anti-libre échange..etc..Trump est un pur socialiste, il a même dit une fois qu’il aimerait nommer soeur juge à la Cour Suprême, qui est une femme appartenant à la gauche.

    Les gens semblent totalement désinformés sur ce mec..  »

    Et Israël.mon.amour répond:

     » Merci pour ces renseignements que j’ignorais. Je penche du coup pour Cruz.  »

    Source: billet Primaire US : Trump, envers et contre tous ! 16 février 2016

    D.J

    • Je voulais juste rester poli. Mais qu un lecteur traite Donald Trump de socialiste et qui l accuse d être contre la propriété privée , vous savez ce qu il faut en penser. C est à partir de ce commentaire que j ai trouve les anti trumps un peu nazes.

  • Gary Johnson est le seul candidat avec un programme crédible.

  • Les commentaires sont fermés.

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don

https://www.youtube.com/watch?v=-v-8wJkmwBY

 

Fin juin, les citoyens américains ont eu le douteux privilège de regarder sur CNN le premier débat présidentiel de l’actuelle campagne électorale en cours aux États-Unis, opposant Donald Trump pour les Républicains et Joe Biden pour les Démocrates. La surprise ne fut dévastatrice que pour les plus niais et les plus captifs des bobards actuels de la presse de grand chemin : Biden y est apparu pour un débris sénile à peu près incapable d’aligner quelques arguments cohérents, termi... Poursuivre la lecture

Après Jair Bolsonaro, Shinzo Abe, Robert Fico, c’est donc au tour de Donald Trump de subir une tentative d’assassinat. Comme de coutume aux États-Unis, la tentative a immédiatement versé dans le spectaculaire, surtout du côté de la presse de grand chemin.

Et spectaculaire est probablement le seul qualificatif pour la façon dont cette dernière a relayé le drame au cours des minutes puis des heures qui l’ont suivi : tout fut fait pour en réduire l’importance et la portée. Il faudra attendre plusieurs heures pour que ce qui était pourtant év... Poursuivre la lecture

À l'occasion de la nomination de J.D. Vance comme candidat à la vice-présidence de Donald Trump, Contrepoints vous propose la republication de cet article sur son roman autobiographique intitulé Hillbilly Elegy. Ce best-seller est un document exceptionnel qui aide à comprendre la situation actuelle des déclassés de l’Amérique profonde et les raisons de l’élection de Donald Trump en 2016. Avec pour conséquence la perte de confiance à l’égard des institutions, et la nécessité de reconstruire des communautés.

L'Amérique déclassée

Si vous ... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles