Le chômage français, une exception en Europe !

Coq (Crédits : Olibac, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

Mais pourquoi les entreprises n’embauchent-elles pas alors que toute l’Europe embauche ?

Par Jacques Garello.

 

Coq (Crédits : Olibac, licence CC-BY 2.0)
Coq (Crédits : Olibac, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

J’ai déjà rappelé à tout propos les raisons profondes et durables du chômage français, et la façon d’éliminer ce fléau humain et social : liberté du contrat du travail (salaire, durée, temps), réforme de l’impôt (qui pénalise aujourd’hui l’innovation, le succès et l’épargne), réforme de la protection sociale (source de charges exorbitantes), réforme de l’indemnisation du chômage (dissuasif de la reprise du travail) : le programme libéral tient en trois lignes. Mais on a « tout essayé » sauf le programme libéral !

Ce n’est évidemment pas le plan Hollande qui inversera quelque courbe que ce soit, y compris la courbe de la popularité du Président. Personne n’y croit sérieusement. Il y aura 500.000 chômeurs en moins dans la catégorie A puisqu’ils seront en formation.

Le chômage français, une exception en Europe

Il y a une particularité du chômage français qui mérite d’être mise en évidence, comme l’ont fait nos confrères des Échos : « Entre mi-2013 et mi-2015 la France a créé nettement moins d’emplois privés que l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie. » Malheureusement l’article s’intitule « l’incapacité du secteur privé à créer des emplois est problématique », suggérant que les entreprises privées renâclent à embaucher. Certes, elles renâclent, mais en portent-elles la responsabilité ?

La responsabilité incombe à la réglementation, aux impôts, aux charges sociales, bref : à l’État. Mais il y a une autre raison, plus profonde : c’est l’hypertrophie du secteur « non marchand », créant des emplois de fonctionnaires et salariés du secteur associatif (en général financé par les pouvoirs publics).

L’Europe crée des emplois… sauf en France

L’étude visée par Les Échos apprend qu’en Espagne les emplois créés en un an par le secteur marchand (près de 800.000) ont représenté 85 % du total des emplois créés, en Allemagne (470.000) 60 % du total, et en Italie les emplois privés ont augmenté de 280.000 alors que les emplois publics diminuaient de 45.000. Voici l’exception française : sur 290.000 emplois créés au total, le privé n’a créé que 57.000 emplois. On remarquera d’ailleurs que le niveau d’embauche (moins de 300.000) dépare de celui de nos voisins, surtout en proportion de la population. C’est dire la léthargie profonde du marché du travail.

Bastiat avait déjà l’explication

Mais ce déséquilibre a de profondes conséquences sur les futures perspectives de créations d’emplois dans notre pays. Frédéric Bastiat avait déjà fait cette remarque de bon sens, elle l’a rendu célèbre : Une entreprise publique est une médaille à deux revers. Sur l’une figure un ouvrier occupé avec cette devise « Ce qu’on voit », sur l’autre un ouvrier inoccupé avec cette devise : « ce qu’on ne voit pas ».

Bastiat expliquait que l’emploi public est payé par l’État, c’est-à-dire par les contribuables. L’argent qui a été absorbé par l’impôt n’est plus disponible ni pour la consommation ni pour l’investissement privé. C’est ce que les économistes appelleront plus tard « l’effet d’éviction ». Faut-il en conclure que l’emploi public s’est simplement substitué à l’emploi privé en « l’évinçant » ? Non, car il y a un autre élément à prendre en considération.

L’emploi privé est créé par l’entreprise certes, mais en réponse à une demande formulée sur le marché. Le client choisit, alors que le contribuable ne choisit pas. Le produit payé avec l’argent du client correspond à un besoin véritable, il a une valeur tirée de sa correspondance avec les préférences librement exprimées par les individus. Alors que le produit payé par l’État a le riche nom de « service public », qui masque en réalité les seules préférences des autorités publiques.

Par définition, ces « biens publics » n’ont aucune rentabilité directe, puisqu’ils sont sensés fournir, et à un prix imposé, le bien-être à une masse de personnes non repérables. Ils n’ont qu’une rentabilité « externe », et ces externalités ne sont pas mesurables. Donc, on peut gonfler à l’envi la production de biens publics, réalisée au détriment de celle des biens et services marchands.

La France est ainsi gorgée de services publics et privée de produits marchands. La pénurie de produits marchands diminue déjà le niveau de satisfaction des Français, mais elle les prive aussi d’une partie croissante de leur pouvoir d’achat avec les ponctions fiscales. Mais évidemment, tout cela « ne se voit pas » : la classe politique multiplie fonctionnaires, bureaucratie et impôts, et les Français de réclamer sans cesse plus d’aides et d’interventions de l’État et d’attribuer le chômage à la loi du marché !

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