Pour la déchéance de nationalité

Passeport français (Crédits : Steven Jambot, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

Retirer la nationalité française à des personnes en possédant une autre, ayant commis des crimes horribles et se déclarant férocement hostiles à toutes les valeurs de la République devrait aller de soi.

Par Patrick Aulnas.

 

Passeport français (Crédits : Steven Jambot, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.
Passeport français (Crédits : Steven Jambot, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

Le débat sur la déchéance de nationalité est particulièrement représentatif de l’égarement de la presse et des politiciens. Retirer la nationalité française à des personnes en possédant une autre, ayant commis des crimes horribles et se déclarant férocement hostiles à toutes les valeurs de la République devrait aller de soi.

Mais non !

Il faut débattre, tourner dans tous les sens arguments et contre-arguments parce que, soi-disant, il s’agirait de porter atteinte à nos valeurs les plus fondamentales. Douce plaisanterie de gauchiste en mal de cause à défendre. Dans la hiérarchie des priorités, on peut franchement trouver mieux.

Les vrais problèmes

Le tout écologique, par exemple, constitue un risque d’une autre ampleur : réglementation minutieuse de ce qu’il est possible de fabriquer, interdictions multiples, fiscalité incitative de plus en plus lourde. Si une dizaine de personnes par an pourront éventuellement être privées d’une de leur nationalité, ce sont des milliards d’êtres humains qui s’acheminent tranquillement vers une sur-réglementation verte.

La dette publique française continue inexorablement de croître à l’abri de la politique suicidaire d’incitation au crédit de la BCE. Le prétexte fallacieux a été trouvé. La sécurité des Français est plus importante que la rigueur budgétaire. Lorsque la prochaine crise financière éclatera, ce sont des centaines de millions d’épargnants qui se verront confisquer leurs avoirs. Il ne s’agira pas seulement de priver de passeport quelques assassins fanatisés.

Le choix du chômage par transformation du CDI en statut de salarié quasi-inamovible laisse au bord de la route des millions de jeunes Français depuis plusieurs décennies. Permettre aux entreprises d’embaucher selon leurs besoins suppose aussi de les laisser licencier sans coût prohibitif. Tout le monde le sait. Mais ni droite ni gauche n’agissent.

La perte du privilège de double nationalité par des criminels représente une transgression absolument fondamentale de la démocratie, de la République, des droits de l’homme et tutti quanti. Mais la galère de la jeunesse de CDD en intérim, de RMI en RSA, puis de RSA en prime d’activité, cela n’a rien à voir avec nos valeurs. Évidemment.

La petite politique

Il ne faut jamais oublier la politique. Pas le politique mais la politique. Puisque l’on évoque la déchéance, voilà bien une activité qui y a sombré depuis des lustres avec l’aide intéressée des grands médias et des conseillers en communication.

Mettre en difficulté François Hollande sur un sujet concernant « nos valeurs », cela va parfaitement à une bonne partie de la gauche. Elle peut faire parler d’elle sur un sujet qui lui permet à nouveau de déclamer ses leçons de morale.

Du côté de la droite, voilà une occasion rêvée d’analyser, d’ergoter, bref de couper les cheveux en quatre sur un problème concernant des assassins qui se contrefichent de tous ces beaux arguments.

En définitive, seul le Front National tire son épingle du jeu en n’ayant jamais varié sur le sujet. Il est partisan de la déchéance de nationalité comme 85% des Français selon les sondages.

Nous sommes toujours confrontés dans ces domaines à l’irrémédiable maladresse de ceux qui se réclament de la démocratie. Pour se couper du peuple, ils possèdent un art d’un raffinement exquis.

Des arguments vraiment irréfutables

Un argument pseudo-juridique a été constamment ressassé. La déchéance de nationalité pour les binationaux créerait deux catégories de Français : les binationaux et les autres. Seuls les binationaux risqueraient de perdre une de leurs nationalités. Quelle injustice, quelle épouvantable discrimination !

Pourtant, il ne faut pas être un grand juriste pour comprendre que le droit s’applique toujours à des situations concrètes et que l’on pourrait citer des milliers d’exemples de ce type. Un grand nombre de Français sont titulaires du permis de conduire. Mais d’autres non. Seuls ceux qui le possèdent peuvent le perdre selon les règles prévues par le Code de la route. Il y a deux catégories de Français dans ce domaine. Quelle injustice ! Vous êtes commerçant individuel et vous n’employez pas de salarié. La législation sur le licenciement pour faute ne vous est pas applicable. Un véritable scandale !

Des milliers de catégories de Français se voient appliquer des règles juridiques selon la situation concrète dans laquelle ils se trouvent. Mais des politiciens de tous horizons argumentent dans le vide, et même quelques juristes. Honte à eux.

Byzantinisme

On l’aura compris. Le débat sur la déchéance de nationalité relève de l’opportunité politicienne et du byzantinisme médiatique. Sur les murailles de Byzance assiégée, endettée, corrompue, au dernier stade du déclin, les grands aristocrates et les savants discutaient des valeurs éternelles et du sexe des anges. Et tout s’effondrait autour d’eux.