Réforme de l’orthographe : pas de panique !

can you see the fear in my eyes credits LilAbo00 via Flickr ((CC BY-NC-ND 2.0))

Y a-t-il une bonne raison de supprimer l'accent circonflexe ?

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La suppression de l’accent circonflexe marquerait le recul de la culture, abê/étirait nos esprits… Le comble de l’ironie. La nouvelle réforme de l’orthographe fait couler beaucoup d’encre (ou, plutôt, fait tapoter beaucoup de petites touches) sur les réseaux sociaux – ceux-là même sur lesquels je vois habituellement défiler au moins une phrase sur deux truffée de fautes d’orthographe et de grammaire, et qui s’insurgent aujourd’hui contre « nénufar », « ognon », « affèterie »…

Tout le monde fait déjà des fautes sans s’en rendre compte, et certains croient même voir des erreurs là où en réalité il n’y en a pas. L’Académie ne fait que suivre – et tente de devancer – une évolution inéluctable de la langue. Ses recommandations visent à formaliser les usages officiels du français, mais le français tel qu’il est vraiment parlé ou écrit, lui, continue d’évoluer, prenant à chaque fois une forme insoupçonnée.

Alors, y a-t-il (et non « y a t’il »…) une bonne raison de supprimer l’accent circonflexe, ou du moins de ne plus le rendre obligatoire ? Les Immortels en ont décidé ainsi. Les nouvelles formules de certains mots feront peut-être mal aux yeux de quelques irréductibles… Mais n’oublions pas que l’écriture d’une langue n’est que pure convention, et que celle-ci s’ajuste inévitablement avec le temps. Qui regrette aujourd’hui les formules de l’ordonnance de Villers-Cotterêts dans sa version originale ?

« Que les arretz soient clers et entendibles et afin qu’il n’y ayt cause de doubter sur l’intelligence desdictz Arretz, nous voullons et ordonnons qu’ilz soient faictz et escriptz si clerement qu’il n’y ayt ne puisse avoir aulcune ambiguite ou incertitude, ne lieu a en demander interpretacion. » (1539)

Ça, ça pique les yeux. Mais allez leur dire qu’ils ont mal écrit ceci ou cela. C’est précisément dans ce texte que se trouve la source du souci de bien écrire. Et pour juger la réforme, peut-être serait-il également plus pertinent de s’en référer directement à la notice de l’Académie française plutôt qu’à un article de 20minutes ou bfmTV. Par exemple, les soudains défenseurs de l’accent circonflexe découvriront… qu’il est maintenu « dans les mots où il apporte une distinction de sens utile » (page 12 http://www.academie-…ations_1990.pdf ).

La réforme n’aura pas pour effet d’amoindrir la langue ou la pensée, au contraire. Par son souci de simplification, on pourrait même considérer qu’elle mise sur l’efficacité en évitant de surcharger l’esprit de règles désuètes et inadaptées. Mais il y a toujours une absurdité : celle de vouloir prescrire un certain type d’expression, et proscrire les autres, au nom du bien dire ou bien écrire. Ses partisans comme ses détracteurs sont dans l’erreur. La véritable communication, ce que nous recherchons vraiment, est toujours au-delà des conventions.

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