Les inégalités qui comptent vraiment

C’est en se concentrant sur les inégalités qui comptent vraiment qu’on pourra vaincre la pauvreté.

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Thomas Piketty (Crédits : Parti Socialiste du Loiret, licence CC-BY-NC 2.0), via Flickr.

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Les inégalités qui comptent vraiment

Publié le 27 janvier 2016
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Par Mathieu Bédard, depuis le Canada.
Un article de l’Institut économique de Montréal

Thomas Piketty (Crédits : Parti Socialiste du Loiret, licence CC-BY-NC 2.0), via Flickr.
Thomas Piketty (Crédits : Parti Socialiste du Loiret, licence CC-BY-NC 2.0), via Flickr.

Les inégalités de revenu sont à la mode en ce moment, en raison de la célébrité inattendue de Thomas Piketty et de certains groupes se plaignant des revenus élevés des dirigeants de grandes entreprises. Pourtant, la mobilité sociale est si élevée au Canada qu’elle éclipse les inégalités de revenus. Seulement 1,5 % de tous les Canadiens sont restés sous le seuil de la pauvreté pour toute la période 2005-2010. Les inégalités de revenus ne sont pas une mesure efficace du bien-être puisque la pauvreté est de moins en moins une condition permanente. Ce qui est plus important est qu’actuellement la condition de toutes les classes sociales s’améliore.

L’économiste Deirdre McCloskey appelle cela la Grande vérité. Bien que l’espèce humaine ait été confinée à une pauvreté écrasante pendant 99,7 % de son existence, il y a environ 200 ans les conditions de vie ont commencé à rapidement s’améliorer, et les parents purent enfin voir leurs enfants vivre mieux qu’ils n’avaient vécu eux-mêmes. Nous devons cette Grande vérité non pas à la dénonciation des inégalités, mais à l’entrepreneuriat et à l’innovation, et au fait que nous avons commencé à considérer ces deux choses comme vertueuses.

Pourtant, il existe bien des inégalités importantes. Ce sont celles qui entravent la mobilité sociale et qui créent une injustice qui ne peut pas être résolue par la croissance économique. Lorsque la loi privilégie certains groupes de personnes au détriment d’autres, on obtient le genre d’inégalité qui ralentit l’innovation et l’entrepreneuriat, et donc les progrès du niveau de vie de toutes les classes sociales.

Certaines de ces inégalités de nature juridique sont les autorisations nécessaires pour exercer certains métiers. Ces barrières à l’entrée dans certaines professions peuvent prendre la forme d’argent, de temps lorsqu’il s’agit d’études, ou les deux. Environ 20 % des professions sont réglementées et nécessitent une licence pour être pratiquées au Canada. Vous avez besoin d’une licence pour être décorateur d’intérieur en Alberta, par exemple, ou pour être coiffeur ou homéopathe en Ontario, ou pour être aromathérapeute partout au Canada. Sans rentrer dans l’épineuse question de savoir si l’approbation du gouvernement est nécessaire pour veiller à ce que les Canadiens obtiennent le bon mélange d’essence de patchouli pour leurs séances de relaxation, ces professions réglementées créent une classe privilégiée d’initiés dont la raison d’être est d’empêcher les autres d’exercer leur métier, un peu comme le système médiéval des guildes.

Un autre système d’inégalité institutionnalisée est celui des syndicats. Les travailleurs syndiqués obtiennent des salaires et des avantages plus élevés en raison des privilèges accordés par le gouvernement. Mais ces bonus ont un coût, et sont obtenus au détriment de ceux qui sont poussés hors du marché du travail. En étant forcé d’augmenter les salaires au-delà de leur valeur de marché, les entreprises avec des travailleurs syndiqués sont amenées à utiliser moins de main-d’œuvre et plus de capital. Il s’agit d’une redistribution des revenus en faveur des membres du syndicat, au détriment des chômeurs. Ceci est rendu possible par l’intervention du gouvernement, qui accorde un traitement préférentiel aux associations syndicales.

Certains de ces privilèges juridiques sont actuellement contestés grâce aux nouvelles technologies. Uber, par exemple, défie les privilèges des taxis qui avaient été spécialement conçus dans le seul but de garder les nouveaux arrivants à l’écart de cette activité, augmentant ainsi artificiellement les revenus des détenteurs de licence. Maintenant, tout immigrant, parent seul ou chômeur peut pratiquer ce métier et ainsi générer un retour sur son investissement dans sa voiture.

D’autres nouveaux venus, qui démocratisent une autre occupation qui s’était ossifiée et sur-institutionnalisée, sont Airbnb et les autres applications de partage d’appartement. En connectant les voyageurs avec des personnes ayant une chambre d’invité, un sofa-lit ou un matelas gonflable, ils rendent le voyage possible pour ceux qui ont des moyens plus modestes.

Tellement, en fait, que les associations professionnelles d’hôteliers ont lancé à travers leurs lobbyistes une offensive contre le partage de l’hébergement. Dans ce cas-ci, les obstacles ne sont pas tant les licences que les coûts de la mise en conformité avec une réglementation invasive.

Pourtant, les hôtels et les taxis sont ceux qui ont réclamé une réglementation avec des coûts élevés pour exclure les petits concurrents hors de ces industries. Maintenant qu’ont émergé des concurrents pouvant facilement échapper à cette réglementation, celle-ci, coûteuse, se retourne contre eux. Si tout le monde devait être mis sur un pied d’égalité, ce devrait être en abaissant les taxes et en réduisant la réglementation, non pas par le renforcement des barrières réglementaires qui créent des inégalités de traitement.

Ce ne sont là que quelques exemples des inégalités dues à l’État, et non pas aux forces du marché ou aux principes économiques, favorisant activement certaines personnes et créant une sous-classe de citoyens moins privilégiés. Si nous nous concentrions sur les inégalités qui comptent vraiment, le Canada pourrait devenir encore plus socialement mobile qu’il ne l’est déjà, et la pauvreté une condition encore moins permanente.

Sur le web

Lire sur Contrepoints notre dossier spécial Thomas Piketty

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  • Au Canada 20 % des professions sont réglementées , et en France ? ( 80/90 % ?)

  • je ne comparerai pas aux guildes mais plutôt aux offices, il y eu une époque ou elles se comptaient en centaines, poissonniers, épiciers etc certaines de ces offices existent encore : notaire par exemple. Qui sont d’autant plus anormales que les licences de taxis car si certaines ne se transmettent pas dans le fond elles se transmettent dans les faits.
    Pour ceux qui est de la réglementation en France il y a une tendance à réglementer, non pas pour créer des classes bien qu’en pratique ce soit ce qui se passe, mais pour contrôler la population, les classes, les emmener à trouver un boulot et à le garder toute la vie en tendant la carotte progressivement, nous avons eu le cas du diplôme d’agent de sécurité par exemple (même si certaines personnes peuvent trouver cela normal il faut savoir que n’importe quel citoyen peut selon le code de procédure pénale interpeller une personne qui commet un crime ou un délit si elles le surprend en état de flagrance), de ce fait le diplôme n’a pas de raison d’être, si ce n’est de payer un tribut à l’état pour pouvoir exercer.
    Je pense que la tendance actuelle est de parvenir à réglementer toutes les professions en France.

  • Aucune profession ne devrait être réglementée car le soleil brille pour tout le monde et chacun doit pouvoir améliorer son sort librement . Je ne connais d’ailleurs AUCUN libéral qui soit pour le maintien des professions réglementées .

  • Le cas des inégalités en Israel est assez intéressant. Israel est l’un des pays les plus inégalitaires (le deuxième de l’OCDE) dans les pays développés. Il y a une augmentation des inégalités.

    Il y a eu une étude sur les inégalités en Israel faites récemment. Lisez cet article sur le sujet: http://fr.timesofisrael.com/bien-sur-que-vous-pouvez-reussir-en-israel-si-vos-parents-vous-aident/

    « Beaucoup de personnes pensent que le problème du marché israélien est qu’il est trop capitaliste, a expliqué Regev. En fait, c’est l’exact opposé. Il n’est pas assez compétitif. Il est contrôlé par des oligopoles et des monopoles qui réduisent la productivité et augmentent les prix. Beaucoup d’Israéliens se trompent de coupable et pensent que le problème est la mauvaise distribution des fonds publics, alors qu’en fait le vol réel est dans le secteur privé. »

    Certes, la situation en Israel n’est pas la même que les autres pays mais je suis sûr que si on faisait des études du même genre, on découvrait que les inégalités sont dû au capitalisme de connivence et aux réglementations (et non pas causé par l’économie de marché)

  • Tous les égalitaristes perdent toute crédibilité quand on voit qu’ils passent sous silence le rôle joué par l’état dans la montée des inégalités. Par exemple, les banques centrales jouent un grande rôle dans la montée des inégalités expliquée ici
    http://davidstockmanscontracorner.com/how-central-banks-cause-income-inequality-mises-org/
    Pourtant, les gauchistes ne parlent jamais de cela. Cela me fait marré tous les gauchistes qui sont immigrationnistes et qui sont favorable aux QE: les QE creusent les inégalités tout comme l’immigration dans les pays riches accroissent les inégalités dans ces pays. C’est incohérent de défendre l’immigration puis reprocher qu’il y a trop d’inégalités dans notre pays. http://www.emploi-2017.org/quel-lien-entre-immigration-et-inegalites,a0478.html L’université de Linnæus a démontré que sans l’immigration les inégalités n’avaient pas augmenté en Suède. Je pense que dans bcp de pays riches, si on faisait de tels études, on arriverait à de tels résultats à savoir que sans l’immigration, il n’y a pas eu d’augmentation des inégalités.
    Attention, ce n’est pas pour cela qu’il faut être contre l’immigration. De nombreuses études ont montré le bienfait de l’immigration au niveau économique notamment les études du PNUD, de l’OCDE ou encore pour la France de l’université de Lille

  • Le problème vient du fait que les socialistes ont tellement influencé les gens avec les inégalités sociales. ils ont fait des inégalités sociales un problème majeur d’aujourd’hui alors que le vrai problème vient de la pauvreté et non pas des inégalités sociales. les libéraux s’occupent du problème de la pauvreté mais pas de la lutte contre les inégalités car les libéraux sont pour l’égalité de droit. or l’égalitarisme s’oppose aux inégalités de droit. l’égalitarisme sous ses airs de bons sentiments charitables n’est que motivé par la jalousie et l’envie. http://www.contrepoints.org/2011/01/06/10334-etre-de-gauche-intolerant-et-peu-genereux
    http://www.contrepoints.org/2011/04/13/21001-radins-envieux-racistes-et-intolerants-les-socialistes-et-les-anticapitalistes http://www.contrepoints.org/2010/10/04/2621-gauche-intolerance-generosite-droite-liberalisme
    Ce que je trouve marrant c’est que les gens qui veulent combattre les inégalités ne parlent jamais de la mobilité sociale. que faut il mieux vivre dans un pays certes où il y a plus d’égalité sociale mais où les pauvres n’ont aucune chance de changer de classes sociales, de devenir riches. ils sont condamnés à rester des assistés toute leur vie, à dépendre de l’aide sociale. ou bien vivre dans pays où il y a plus d’inégalité mais où il y a une grande mobilité sociale, càd que les pauvres peuvent devenir plus riches, passer dans une autre classe. dans ce genre de société, le mérité personnel importe beaucoup plus et conditionne beaucoup plus notre condition sociale ?? perso, je préfère la seconde option que je trouve plus juste à la première. or comme par hasard, plus un pays est socialiste moins il y a de mobilité sociale. les économistes qui combattent les inégalités ne s’intéressent jamais aux effets secondaires négatifs qu’entraine leurs solutions pour lutter contre les inégalités. or la lutte contre les inégalités mènent en un appauvrissement général (y compris des pauvres). de manière plus général, l’égalitarisme mène au nivellement vers le bas ( regardez les politiques désastrueuses mises en place dans l’enseignement pour lutter contre les inégalités qui mènent à un abaissement général du niveau de l’enseignement). sans oublié le fait que la lutte contre les inégalités nuisent à la mobilité sociale.
    Imaginons qu’on est d’accord que les inégalités sociales sont un vrai problème. il y a plusieurs questions à se poser. 1 est ce que les inégalités s’accroissent ? à l’échelle de la France ce n’est pas le cas mais l’échelle mondiale, la réponse est ,sans doute, oui mais les socialistes comme piketty ont une tendance à exagérer fortement (voir très fortement) les inégalités. ils n’hésitent pas à truquer leurs chiffres, à prendre juste les statistiques qui les arrangent (en écartant les stats qui les dérangeraient). 2. qu’est ce qui cause les inégalités ?? là, les socialistes ont (en grande partie ) faux car ils ne parlent pas de certains facteurs (la politique des banque centrale, le capitalisme de connivence,….) et certains des facteurs qui ,selon eux, accroisseraient les inégalités sont plus que contestable. il n’existe aucune preuve concrète. 3. comment combattre les inégalités ? certaines de leurs solutions sont aussi très contestables. on risque de voir ce qui s’est passé dans les pays communistes avec d’un coté la population qui crève de faim et de l’autre, les dirigeants membre du parti qui sont milliardaires. 4. est ce que les solutions proposés pour combattre les inégalités n’ont elles pas plus d’effets négatifs que d’effets positifs ??? là, la réponse est clairement oui. ces solutions nt plus d’effets négatifs que d’éffets positifs. cela conduit à un appauvrissement généralisé.
    Les inégalités sociales ou régionales ne se sont et ne se résoudront jamais pas des moyens légaux ni par des manipulations financières.
    D’une part parce que certains ne veulent tout simplement pas quitter leurs positions de joyeux pauvres (artistes, certains SDF etc.), d’autre part parce que la richesse est une notion relative donc on ne peut tous s’enrichir de la même manière (exemple, un chômeur pour quitter sa condition aurait peut être davantage besoin de savoir « séduire » un patron qu’il aura besoin d’argent) et finalement, on revient en arrière, il faut que les gens créent le mouvement. Si le pauvre ne fait pas d’efforts pour s’en sortir tout l’argent et tous les mécanismes du monde ne le tireront pas de là. Pareil pour le riche, si vous le protéger alors que ces pratiques ne sont pas bonnes il ne changera jamais donc ne fera jamais avancer la société.
    À l’inverse on voit que l’État accroît les inégalités en distribuant à ces groupes favoris, en donnant des services uniformes qui ne sont pas adaptés à tous, en incitant à rester là où l’on est.

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