L’Île-de-France de Valérie Pécresse : quels défis ?

Valérie Pécresse (Crédits : Marie-Lan Nguyen, licence CC BY 3.0), via Wikipédia.

Sans surprise, il faudra réduire les dépenses.

Par Robin Maisonneuve
Un article de Trop Libre

Valérie Pécresse-Wikipedia 2010-CC BY 3.0
Valérie Pécresse-Wikipedia 2010-CC BY 3.0

 

Après 17 ans de règne socialiste, Valérie Pécresse a réussi à conquérir la région Île-de-France, en battant son rival Claude Bartolone. Après les félicitations d’usage, le temps de l’action est arrivé. Les challenges sont nombreux dans la région la plus riche de France. Tour d’horizon des principaux défis de la nouvelle présidente de la région Île-de-France.

1. Dégager des marges de manoeuvre financières

C’est l’objectif numéro un de la nouvelle mandature. Et c’est compréhensible : la région s’endette d’année en année, et la dette actuelle avoisine les 5,5 milliards d’euros, soit plus que le budget annuel régional ! Valérie Pécresse a d’ailleurs fait campagne contre la gabegie financière des précédentes mandatures. Par ailleurs, ses promesses de campagne, notamment sur la sécurité, vont nécessairement engendrer des dépenses supplémentaires, qu’il va falloir financer d’une manière ou d’une autre.

On peut diviser ces économies en deux catégories distinctes : les économies sur les dépenses de fonctionnement et les économies sur les autres dépenses – notamment les dépenses sociales ou les investissements. Chacune de ces pistes est prometteuse, mais comporte des difficultés propres.

  • Réduire les dépenses de fonctionnement

C’est la piste privilégiée pour l’instant par le nouvel exécutif ; d’abord parce qu’il y a de quoi faire : les services de la région sont répartis dans plusieurs hôtels particuliers du 7ème arrondissement, pour un loyer qui monte à 25 millions d’euros par an ; et certains des 31 organismes associés à la région se superposent…

La nouvelle présidente de la région souhaite d’autant plus réduire les dépenses de fonctionnement de la région que c’est un thème politique très porteur : on ne se met à dos aucun groupe d’intérêt, aucune population, aucun acteur local. Ce n’est pas pour rien qu’une de ses mesures phare de la campagne soit le non remplacement d’un fonctionnaire régional sur deux partant à la retraite.

Malheureusement, cette politique se heurte à un problème de taille : s’il veut réduire effectivement les dépenses de fonctionnement de la collectivité, le nouvel exécutif régional ne peut se passer de l’adhésion des fonctionnaires régionaux à son projet ; et la promesse de diminution drastique et de redéploiement partiel des effectifs ne joue pas en faveur d’un soutien massif… Tout l’enjeu est donc là pour Valérie Pécresse : trouver le point d’équilibre entre réductions des dépenses de fonctionnement et maintien de l’efficacité, de la cohésion et de la motivation de l’effectif régional.

  • Réduire les autres dépenses

La chasse au gaspillage ne peut malheureusement à elle seule assainir suffisamment la situation financière de la région Île-de-France, et la nouvelle équipe va devoir effectuer des arbitrages douloureux : sur quels sujets prioritaires doivent se concentrer les fonds de la région ? Logement, sécurité, formation professionnelle, enseignement supérieur, lycées, transports, soutien du tissu économique local : tous les sujets sont importants, et si elle souhaite marquer l’Île-de-France de son mandat, Valérie Pécresse devra dégager des priorités claires, au risque de fâcher quelques intérêts locaux ou économiques. Tout en veillant à ne pas répéter les errements de la majorité précédente, dont elle dénonçait le manque d’investissements.

2. Quelle relation avec les autres collectivités de la région ?

Entre les collectivités locales de banlieue, la ville de Paris (toujours dirigée par la gauche) qui a un poids prépondérant, les départements franciliens et le Grand Paris, la région doit trouver sa place, en servant du mieux possible les intérêts des citoyens. Il faudra trouver le ton juste pour avoir des relations pacifiées et constructives avec les autres collectivités locales franciliennes. Valérie Pécresse devra veiller à ce que son opposition à la Métropole du Grand Paris ne mette pas en cause les travaux et les investissements décidés dans ce cadre, au risque de générer encore plus de coûts de fonctionnement, et d’alimenter l’usine à gaz qu’elle critique. La nomination d’un vice-président en charge du Grand Paris (Didier BARIANI) semble aller dans le bon sens, de même que la volonté affichée de dialoguer avec les départements franciliens pour mutualiser le coût de certaines opérations.

La région devra aussi veiller à ne pas laisser l’affrontement politique prendre le pas sur la gestion locale. En effet, avec Valérie Pécresse comme présidente (LR) du conseil régional et Anne Hidalgo comme maire (PS) de Paris, la tentation peut être forte pour les partis de gouvernement d’exacerber leur rivalité, au risque de nuire au développement de Paris et de l’Île-de-France. Il ne faut pas se laisser happer par ces jeux politiques.

3. Les transports : financement et sécurité

Les transports constituent la dimension la plus visible de l’action de la région ; d’ailleurs, ils représentent le poste budgétaire numéro 1 (plus de 1,8 milliard d’euros), et Valérie Pécresse préside le Syndicat des Transports d’Île-de-France en sa qualité de présidente du conseil régional. Les transports sont donc un enjeu essentiel avec notamment deux points clés :

  • Le financement du Pass Navigo Unique à 70 € : la région doit actuellement trouver 300 millions d’euros pour financer cette mesure.
  • La sécurité dans les transports : au-delà de la simple lutte contre la fraude, Valérie Pécresse a déclaré pendant la campagne qu’elle souhaitait sécuriser les transports en commun de la région. Les modalités d’un tel processus doivent être précisées, même si l’on connait déjà les grandes lignes du projet : création d’une police régionale des transports, financement des portiques de sécurité que les gares franciliennes voudraient installer, information concernant les salariés fichés S travaillant à la région et aide à la rénovation des casernes, des commissariats et des prisons.

4. Les lycées : un accent sur la sécurité et la lutte contre la drogue … au détriment des autres sujets ?

Si la campagne de Valérie Pécresse s’ingéniait à critiquer le manque d’investissements de la région dans les lycées, son discours a pris un virage « sécuritaire » dans les dernières semaines de la campagne. Ainsi, la sécurisation des lycées qui ne bénéficient pas encore de la vidéo-protection ou ne sont pas encore clôturés est un objectif prioritaire de la nouvelle mandature. De même, on remarque un volontarisme en matière de lutte contre la consommation de cannabis par les lycéens, notamment à travers l’idée controversée de tests salivaires dans les lycées pour repérer les consommateurs. Si ces mesures se révèlent efficaces et répondent aux attentes des franciliens, tant mieux, mais il ne faut pas que l’accent mis sur ces mesures fasse oublier le manque criant d’investissement dans les lycées qu’il faudra combler tôt ou tard !

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