Plan d’urgence pour l’emploi : osons la liberté !

Francois Hollande credits Parti socialiste WikiCommons ( (CC BY-NC-ND 2.0)

François Hollande rejette un «libéralisme sans conscience», il est plus que temps de porter un libéralisme sans méfiance !

Par Gaspard Koenig.
Une tribune de Generation Libre

Francois Hollande credits Parti socialiste WikiCommons ( (CC BY-NC-ND 2.0)
Francois Hollande credits Parti socialiste WikiCommons ( (CC BY-NC-ND 2.0)

Pitié pour François Hollande, qui a bien dû passer une dizaine d’heures à broder sur le thème de : «bonne année». Il a en effet présenté ses vœux successivement : aux Français, au gouvernement, au Conseil constitutionnel, aux autorités religieuses, aux forces de sécurité publique, à la jeunesse (devenue mystérieusement un groupe social), aux corps constitués, aux bureaux des Assemblées (sic), aux armées et aux territoires. On comprend donc qu’il ait été à court d’inspiration en arrivant devant le Conseil économique et social (et environnemental) pour ses «vœux aux acteurs de l’entreprise et de l’emploi». Et on l’excusera d’avoir cédé à la facilité rhétorique de «l’état d’urgence économique et social», en espérant qu’il ne s’inspire pas des lois d’exceptions sécuritaires pour faire baisser le chômage. Quand un président décidera de couper court à cette orgie de cérémonies républicaines, qui se prolonge sous des formes diverses tout au long de l’année, peut-être l’État se mettra-t-il enfin au travail.

En attendant, il faut reconnaître qu’après quatre ans de formation professionnelle, le président semble toucher du doigt les vrais enjeux. Il assume que chacun puisse «exercer le métier qu’il a choisi», même si cela nécessite d’abaisser les qualifications requises (autrement dit, de libéraliser les marchés). Il renonce à la fiction du CICE et autres «pactes de responsabilité», pour réduire les cotisations sociales sans contrepartie. Il comprend que la sortie du chômage passera par «la création d’entreprise», qui correspond à l’essor de l’auto-entrepreneuriat. Il esquisse la possibilité d’une inversion de la hiérarchie des normes dans le droit social en précisant que les modalités d’organisation du temps de travail pourront «s’imposer au contrat de travail». Il anticipe une gestion des droits plus autonome avec le «compte personnel d’activité». Et il admet que, face aux mutations en cours, il faille «redéfinir notre modèle économique et social». Derrière cette inflexion très nette du discours socialiste, il faut voir le résultat de mille forces convergentes que le pouvoir ne peut plus ignorer.

Mais si les idées commencent doucement à s’ouvrir au nouveau monde, les mesures proposées restent prisonnières de l’ancien – comme le Conseil économique et social lui-même qui, s’il peut produire des rapports intéressants, reste l’incarnation du consensus bureaucratique, venu de l’ère gaulliste de l’économie administrée. Alors qu’autour de nous, au Royaume-Uni, en Espagne, en Allemagne, le chômage entame ou poursuit sa décrue, nous restons fidèles aux recettes qui ne marchent pas. On remet une bonne louche de dette publique au service de formations forcément inadaptées car trop standardisées (il suffit de voir La Loi du marché, où Vincent Lindon enchaîne les cours de rédaction de CV, pour s’en convaincre). On redonne aux entreprises une énième subvention à l’embauche, sans ôter les contraintes fiscales et réglementaires qui les entravent. On se flatte d’engager une réforme du Code du travail, mais en sacralisant sa durée légale (comme si d’ailleurs, à l’heure de la connexion permanente, le travail se comptait encore en heures de présence). On promet des réformes, mais en misant sur le «dialogue social», qui a largement fait ses preuves depuis trente ans pour maintenir le statu quo entre privilégiés.

Le «plan d’urgence pour l’emploi» n’aura d’autre effet que d’ajouter quelques normes en guise de simplification, et quelques niches fiscales sous couvert d’incitations. L’État croit encore résoudre les problèmes de ses administrés à coup de dépenses et de plans d’action. Alors que le problème, c’est l’État lui-même, obèse, drogué, déambulant dans le pays en cassant tout autour de lui. De manière plus fondamentale, François Hollande se trompe en faisant de «la société du travail» une valeur centrale. C’est le vieux discours de la droite, dépassé par l’extraordinaire vague d’innovations technologiques. L’idée classique du travail est aujourd’hui remise en cause, d’abord par la disparition massive d’emplois entraînée par la numérisation (un rapport tout juste paru du Forum économique mondial anticipe ainsi la perte nette de plus de 5 millions d’emplois dans une quinzaine de pays développés), et ensuite par le reflux progressif du salariat qui ouvre la voie à des combinaisons d’«activités» plus complexes. Dans l’économie des données, les formes de rémunération seront plus variables, les formes d'(auto-) organisation collective plus diverses, les formes de participation citoyenne plus spontanées. Si nos politiques publiques ne se renouvellent pas radicalement, elles seront pulvérisées par l’évolution fulgurante de nos sociétés.

François Hollande rejette un «libéralisme sans conscience». Voilà qui le réduit à pratiquer un libéralisme sans efficience, un libéralisme timide, engoncé dans les questions des années 1980, un libéralisme sans succès qui ternira encore davantage l’image de cette grande philosophie politique. Il est plus que temps de porter un libéralisme sans méfiance, éradiquant les corps intermédiaires qui étranglent le pays, et garantissant à l’individu toute sa capacité de choix et d’initiative.

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