Printemps arabe : 5 ans plus tard, toujours l’oppression économique

L’origine du printemps arabe fut d’abord économique avant d’être politique.

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printemps arabe credits Mosa'ab Elshamy (licence creative commons)

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Printemps arabe : 5 ans plus tard, toujours l’oppression économique

Publié le 20 janvier 2016
- A +

Par Emmanuel Martin.
Un article de l’IREF-Europe

printemps arabe credits Mosa'ab Elshamy (licence creative commons)
printemps arabe credits Mosa’ab Elshamy (licence creative commons)

À l’origine du printemps arabe il y a eu l’oppression économique empêchant les entrepreneurs de faire leur travail. Cinq ans plus tard cependant, le bilan est plus que très décevant. La raison tient à une erreur de diagnostic sur les causes de ces révolutions.

Le 14 janvier 2011 le dictateur tunisien Ben Ali prenait la fuite face à une révolution populaire. Le « printemps arabe » allait souffler sur le monde arabo-musulman.

Les analystes à l’époque ont été séduits par le leurre de la démocratisation. Ces pays étant essentiellement des dictatures politiques, les révolutions furent perçues comme démocratiques. Sauf qu’une fois les élections mises en place, les populations s’empressaient de voter pour des partis islamistes pas exactement pro-démocratiques. Le grand spécialiste de l’Islam Bernard Lewis rappelle que l’Islam n’a pas de tradition de séparation entre le religieux et le politique. En outre, comme le faisait très justement noter à l’époque Timur Kuran, politologue turco-américain spécialiste du monde arabo-musulman, les dictatures avaient éradiqué les organisations de la société civile, verrouillé l’information et étouffé le débat critique, fondements d’une culture démocratique. Enfin la nature ethnique voire tribale de certains de ces pays ne pouvait que conduire au conflit. Les perspectives de la démocratisation dans un tel contexte s’avéraient ainsi plutôt mauvaises.

En réalité, la raison de ces révolutions était moins politique qu’économique. L’étincelle de ces révolutions a été l’immolation du jeune tunisien Mohammed Bouazizi en décembre 2010. Ce n’était pas un activiste politique, mais un jeune entrepreneur du secteur informel à qui la police avait confisqué sa charrette, sa balance et ses fruits et légumes, c’est à dire son capital et ses marchandises. Ce drame dépeint en réalité le tableau de l’oppression économique, c’est à dire réglementaire et fiscale, dont souffraient et souffrent encore ces nations. Comme Habib Sayah avait pu le faire remarquer, le geste de désespoir de Bouazizi (et de centaines d’autres) s’inscrivait dans une logique de libération économique : c’était une bataille pour le « laissez faire, laissez passer ».

La dictature politique se doublait donc d’une dictature économique qui instaurait ce que l’économiste péruvien Hernando de Soto a pu qualifier d’apartheid économique : il n’était possible de faire des affaires que si l’on faisait partie des réseaux et cercles du pouvoir politique. Ce système de copinage générant l’exclusion de la majorité de la population de la prospérité, nécessitait l’oppression politique pour écraser les revendications. Il nécessitait aussi l’engraissage d’une énorme bureaucratie aux intérêts opposés à la liberté. Voilà pourquoi ouvrir une simple boulangerie en Égypte prenait plus de 500 jours ou que même un petit entrepreneur devait passer par 56 agences publiques pour obtenir des autorisations.

Cette incompréhension des causes véritables du printemps arabe a empêché de mettre en place des réformes sérieuses allant dans le sens d’une libération économique. Les scores de l’Égypte ou la Tunisie en matière de liberté économique sont plus bas aujourd’hui qu’il y a cinq ans. Les conservatismes perdurent donc. En Tunisie en janvier 2014, une proposition d’amendement à la nouvelle constitution, insistant sur le droit à l’initiative économique (allant dans le sens d’une plus grande liberté économique) avait été rejetée par l’assemblée constituante. Visiblement, les vieilles structures marxisto-bureaucratico-syndicalistes ont la vie dure.

Loin d’être une lutte pour la survie de la classe possédante, le combat pour la libération économique, qui est celui de l’IREF, est d’abord celui contre la pauvreté, et en faveur de l’épanouissement et du développement des masses. C’est un combat pour qu’il y ait plus de riches et de moins en moins de pauvres, non par la redistribution donc, mais par la libération du fabuleux potentiel humain à créer de la valeur. Ceux qui se battent contre les inégalités devraient d’ailleurs commencer par celles qui comptent vraiment et qui sont véritablement structurelles : celles qui sont générées par l’oppression réglementaire et fiscale d’États dysfonctionnels et corrompus.

Sur le web

Lire sur Contrepoints notre dossier spécial printemps arabe

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  • Merci pour cet article, cette vision explique bien des choses. Toutefois je ne suis pas aussi pessimiste, cela ne fait que 5 ans que ces révolutions ont eu lieu, laissons le temps aux peuples arabes de faire leurs propres expériences politiques.

    • sauf que le problème n’est pas politique, ou du moins sa traduction politique est défectueuse, elle ne s’attauqe pas au problème mais à des aspects annexes.

      • C’est pour cela que je dis qu’il faut laisser le temps aux pays arabes. Ces gens ont besoin de décider de leur avenir et de faire des essais et des erreurs.

  • Non seulement l’oppression économique subsiste mais le retour du religieux ne peut qu’assombrir les perspectives de développement. En plus de l’oppression économique il y a une oppression du religieux ( règles à respecter, perte de libertés, moins de focus sur l’éducation etc…) . La Tunisie a fournit un gros contingent de combattants pour l’état islamique. Ce pays avait des problèmes à régler mais il est maintenant au fond du trou pour un bon moment.Il eut été préférable de faire une politique des petits pas pour réformer plutôt que de faire la rupture, laissant la place aux religieux.

    • +1
      les révolutions sont toujours des catastrophes qui ne tiennent jamais leurs promesses.

      • C’est pour cela que les peuples arabes veulent virer les dictatures socialistes qui sont le fait de révolutions (pour une grande partie) qui n’ont jamais tenue leurs promesses. Le monde arabe était bien plus prospère et stable quand il était encore dirigé par des monarchies.

      • +2 même.

        Trop de pays veulent se mêler des affaires de leurs voisins plus ou moins lointains.
        D’ou le boxon indémêlable.

    • C’est mécanique, les dictatures arabes ont oppressé toutes forme d’opposition et empêché les religieux de s’exprimer. Il est donc normal que quand elles tombent ce soit les idées des islamistes qui dominent. Si il y avait une révolution en Iran ça serait l’inverse, les révolutionnaires seraient fondamentalement anti-islamistes et pro-occident. D’ailleurs l’hostilité d’un certain nombre de mouvements issus des révolutions arabes est loin d’être étranger au soutient qu’on a apporté aux dictatures qui les précédaient.

  • Essayez de vendre des legumes sur une charette a Paris, vous risquerez egalement de vous retrouver au poste。

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campagne électorale nombre de fonctionnaires
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Emmanuel Macron n’est certes pas un dictateur ; en tout cas pas encore. Mais il a tendance à utiliser les réflexes d’un Xi Jinping dans les domaines de la liberté individuelle, de l’éducation et de la considération pour les Français.

On peut citer plusieurs exemples.

 

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