Entreprise : adieu gestion du changement ?

innovation, Crédits : Thomas Hawk, via Flickr ((CC BY-NC 2.0))

Il faut changer de paradigme et substituer à l’ancienne gestion du changement une notion plus instantanée de gestion de « flux continu ».

Par Alain Goetzmann.

innovation, Crédits : Thomas Hawk, via Flickr ((CC BY-NC 2.0))
innovation, Crédits : Thomas Hawk, via Flickr ((CC BY-NC 2.0))

Au cours des vingt dernières années, que n’a-t-on écrit sur la gestion du changement. Face aux modifications structurelles de nos sociétés, il était indispensable que les entreprises changent et s’adaptent. Le mieux, pour les experts, consistait à mettre en œuvre un processus normé, afin qu’à l’occasion d’une mutation rendue nécessaire ou d’un bouleversement de son environnement concurrentiel, elles puissent passer de l’état A à l’état B dans les meilleures conditions possibles.

Or, ce que nous voyons émerger, dans le monde des affaires, démontre qu’il faut changer de paradigme et substituer à l’ancienne gestion du changement une notion plus instantanée de gestion de « flux continu ». Nous ne fonctionnerons plus demain en « action-réaction » au gré de grande tendance mais en réflexes pertinents au quotidien, par réaction aux flux ininterrompus d’évènements entrants.

Nous retrouvons Héraclite, philosophe du V° siècle avant Jésus-Christ. Pour étayer son aphorisme : « Rien n’est permanent sauf le changement », il nous explique que tout en nous baignant dans le même fleuve, nous ne nous baignons jamais dans la même eau puisque le courant la renouvelle continuellement.

C’est exactement ce qu’il se passe aujourd’hui. Les flux d’innovations, dans tous les domaines, sont de plus en plus rapides et denses. Ils ne laissent plus aux décideurs le temps d’organiser des processus complexes pour les accompagner. Ces flux incertains vont d’ailleurs à l’encontre de ce qu’il y a de plus profond en nous, car l’espèce humaine recherche, avant tout, la stabilité. Nous construisons notre vie avec des habitudes apprises et exigeons que notre avenir soit lisible, nos emplois garantis et notre protection sociale assurée.

Aussi sommes-nous confrontés à une énorme mutation car, passer d’un état : stabilité/changement/stabilité… à une situation de flux continu de changements auxquels doivent répondre quantité de micro-décisions, parfois de ruptures, au jour le jour, n’est pas évident. Comme ces micro-décisions concernent non seulement les produits et services mais aussi les hommes dans l’organisation, elles sont, par nature, déstabilisantes.

Pour survivre, dans ce flux ininterrompu, il faut – c’est un postulat désormais – que les organisations soient fortement décentralisées, en unités les plus petites possibles et disposent, à leur tête, de vrais « intrapreneurs », ces managers salariés à l’ADN d’entrepreneur. Il faut aussi que les compétences majeures de chaque responsable :

 

  • La capacité de changer,
  • La capacité d’apprendre,
  • La capacité de créer un réseau,

 

deviennent :

 

  • La capacité de surnager dans les flux,
  • La capacité d’apprendre très vite,
  • La capacité de créer un réseau, à la fois physique et internet.

 

Le temps des océans calmes et des horizons lointains est – heureusement ou malheureusement – terminé. Aujourd’hui, un chef d’entreprise s’apparente à un capitaine au long cours au milieu de la tempête. Il dirige à l’intuition, au réflexe, à la concentration. S’il peut surmonter tous ces flux changeants, c’est parce qu’il a été et s’est formé, qu’il dispose d’équipiers également instruits et que tous ont cette ouverture d’esprit qui leur permet de percevoir les signaux environnants, même faibles. Le réflexe avant la réflexion, en somme.

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