Le piège du pacte républicain

Marine Le Pen, Leader of the French National Front Image Courtesy: Rémi Noyon (www.flickr.com/photos/remijdn/6957828536/), Licensed under the Creative Commons Attribution 2.0 Generic | Flickr

Le pacte républicain anti Front national serait une erreur. C’est ce que souligne l’analyse fine des résultats des régionales.

Par Bertrand Lemennicier.

La tentation de créer une grande coalition entre François Hollande-Manuel Valls d’un côté et François Bayrou, Alain Juppé de l’autre apparaît pour certains hommes politiques comme la solution face à un Front National aux portes du pouvoir. 70% des Français approuverait un tel, projet selon un sondage récent. Est-ce un spam pour reprendre le langage d’internet ou une proposition honnête ou bien une ignorance manifeste des lois d’airain des démocraties représentatives contemporaines ? Les trois en même temps pourrait-on répondre.

Dans les démocraties représentatives contemporaines où plusieurs factions politiques convoitent le pouvoir suprême, la façon dont la vie politique d’une nation se développe est décrite par la distribution des votes le long d’un axe gauche-droite des préférences politiques.

Or, de cette distribution, on déduit deux leçons élémentaires de science politique : le vainqueur d’une élection ne peut pas être éloigné des préférences politique de l’électeur médian et le type de scrutin adopté, majorité simple (à un ou deux tours) ou proportionnelle intégrale1 change les stratégies à mener pour emporter les élections.

Muni de cet outil d’analyse nous pouvons porter un jugement sur l’idée de former une grande coalition entre l’aile droite du parti Socialiste et l’aile gauche du parti Les Républicains comme au temps de la 3ème ou 4ème République.

Concentrons-nous d’abord sur la distribution des votes le long d’un axe gauche-droite telle qu’elle se révèle dans les élections passées lors d’un scrutin où les électeurs peuvent exprimer leurs préférences2, ensuite localisons l’électeur médian. La figure ci-contre3 présente la distribution des votes, France entière, aux élections régionales de décembre 2015. Nous avons classé les partis sur un axe gauche-droite en fonction des préférences politiques telles qu’elles sont perçues par les personnes en charge de présenter les résultats des élections sur le site du gouvernement. Nous avons simplement regroupé, autant que faire se peut, les petites listes avec les plus grandes formations en fonction de leur proximité idéologique. La figure ci-dessous décrit cette distribution :

Distribution des votes régionales 2015 (Crédits Bertrand Lemennicier, tous droits réservés)
Distribution des votes régionales 2015 (Crédits Bertrand Lemennicier, tous droits réservés)

Que donne cette distribution ?

Le pourcentage de votes de l’extrême gauche avoisine 13,11% des suffrages exprimés (nous avons inclus les verts dans l’extrême gauche), l’union de la gauche capture 23,12% des votes et le centre gauche 4,56% des votes4.

À droite, l’union du centre droit et du parti Les Républicains (LR) capture 26,71% des suffrages exprimés, les divers droites5 font le score le plus faible avec 3,81%, enfin le Front National sort vainqueur de ce premier tour avec 28,55% des votes.

La caractéristique majeure de cette distribution des votes est la multi modalité. On repère quatre modes (les quatre bosses de la courbe en trait plein ombré) : extrême gauche, gauche, droite et extrême droite. La courbe en trait plein ombré décrit fictivement cette distribution multi modale.

Elle contraste singulièrement avec une distribution traditionnelle en traits discontinus, uni modale et symétrique (Courbe Gaussienne). L’électeur médian (50% des votes plus une voix) se situe alors au centre ou sur l’aile droite de la coalition entre l’UDI et le LR.

La droite, en effet, totalise 59 % des votes contre 41% à la gauche. L’électeur médian est à 9 % du candidat de gauche6. La théorie de l’électeur médian dans sa version élémentaire7 est aisée à comprendre : les partis politiques qui désirent gouverner doivent nécessairement capturer 50% des votes, plus un vote supplémentaire, pour emporter l’élection. Sur cette base et à un an des élections présidentielles, il manque 9,21% de votes plus 1 au candidat de gauche pour l’emporter. 31,89% au candidat d’extrême gauche pour avoir une chance un jour de gouverner le pays. Le candidat du Front national, quant à lui, doit capter : 21,45% des votes plus 1 pour être vainqueur dès le premier tour. Le candidat de gauche est donc plus proche de l’électeur médian que le candidat du FN. Il devrait donc affronter au second tour le candidat du parti de droite, situé juste sur l’électeur médian.

Les Républicains, par définition de leur localisation sur l’électeur médian devrait emporter les élections présidentielles si la totalité des électeurs à l’extrême droite reportent leur vote sur le candidat le plus proche de leurs préférences politiques8. Or, selon cette distribution des votes aux régionales de 2015, le candidat d’extrême droite, comme en 2002, affrontera au second tour le candidat de droite. Ce n’est pas un paradoxe car le type de scrutin adopté impose, ou bien d’obtenir 50% des votes plus un au premier tour, ou bien d’être parmi les deux meilleurs scores du premier tour pour pouvoir rester en piste au second tour.

C’est là, où la « hauteur » des modes, dans la distribution des votes, joue un rôle important. La gauche se trouve exclue du second tour parce que les deux modes dominants sont à droite et dépassent de manière significative le score du Parti socialiste. Dans un an si cette distribution est toujours la même, le scénario des régionales se reproduira. Le candidat de l’extrême droite perdra au second tour la présidentielle puisque la discipline des électeurs de gauche est telle qu’ils reportent leurs votes au second tour sur le candidat adjacent qui sera nécessairement le candidat du parti de droite9.

Alors comment Hollande peut-il gagner les élections de 2017 ? Les commentateurs politiques ont bien vu que Hollande devait arriver dans les deux premiers au premier tour. C’est le défi lancé au Parti socialiste. D’où l’idée de créer un grand parti du centre qui permettrait de fragmenter l’aile gauche du parti Les Républicains (L.R.).

Si la distribution des votes avait été uni-modale avec un électeur médian au centre, au lieu d’être multi-modale comme le suggère les élections régionales, les stratégies politiques seraient différentes. L’électeur médian, avec une distribution Gaussienne10 des votes (courbe en traits discontinus), serait situé entre le centre gauche et le centre droit. Les partis politiques auraient alors une forte incitation à déplacer leur programme vers le centre gauche pour la droite et le centre droit pour la gauche. En effet, en le rapprochant de l’électeur médian, ici du centre, les partis politiques gagnent plus de votes qu’ils n’en perdent sur leur gauche (pour l’union de la gauche) ou sur leur droite (pour le parti Les Républicains).

La deuxième loi d’airain est celle du scrutin majoritaire à un tour ou deux tours. Un grand parti du centre, dans ce type de sélection des candidats est toujours appelé à disparaître. En effet, ce parti va être absorbé par les partis politiques adjacents de droite comme de gauche qui déplacent leur programme politique vers l’électeur médian. La base électorale du parti centriste se resserre pour chuter entre 4% et 9%. Un grand parti du centre est viable si et seulement si le scrutin est proportionnel avec une distribution uni modale.

Or, si le pacte républicain est une tentative de recréer un parti du centre, il est voué à l’échec avec un scrutin majoritaire à un ou deux tours, aucun homme politique ne misera sur une opération qui ne lui assure pas une carrière politique longue11. Les partisans de cette alliance ou pacte républicain mettent en avant un sondage d’opinion où 70% de Français souhaite une telle alliance. Ils ont tort de s’y fier. Les électeurs commettent un contresens sur le fonctionnement de notre vie politique en présence d’une distribution multimodale des votes et un scrutin majoritaire à deux tours. La distribution actuelle des votes est le produit du comportement et de leurs préférences politiques. Ils ne peuvent donc à la fois réclamer un parti centriste et par leur comportement révéler une distribution des votes qui traduit un faible consensus entre les citoyens sur leurs préférences politiques, sinon la distribution des votes aurait une forme normale, et le parti centriste gouvernerait en adoptant un scrutin proportionnel intégral.

De cette absence de consensus dans les préférences des électeurs, un système de partis multiples émerge. Il génère une instabilité politique fondamentale car tout parti politique au pouvoir qui gouverne est minoritaire et pratique des politiques rejetées par une majorité de la population et ce en dépit d’une remarquable stabilité de l’institution de la Vème République qui en concentrant des pouvoirs hors du commun entre les mains d’un clan souvent lui-même minoritaire dans son propre parti, permet de contrecarrer à court terme cette instabilité fondamentale qui résulte d’une distribution multi modale12.

Contrairement à une distribution normale, tout déplacement du programme politique vers le centre n’assure pas avec certitude un gain positif en termes de votes. Ce qu’on gagne d’un côté, on peut le perdre de l’autre dans l’hypothèse où chaque électeur reporte sa voix sur le candidat le plus proche de son camp.

Maintenant imaginez-vous à la place de Hollande ou de Marine Le Pen. Quelle stratégie l’un et l’autre doivent-ils adopter pour emporter l’élection présidentielles de 2017 si l’on conserve le mode de scrutin majoritaire à deux tours13 ?

Premier scénario. Scrutin majoritaire à deux tours

Pour capturer l’électeur médian, le Front national doit capter 21,45% des votes plus 1 sur sa gauche. Il lui faut donc absorber d’une part les diverses droites (Debout la France) et d’autre part situer son programme à la droite du parti LR (Vanneste, Mariton, Novelli ?) pour combler les 17,34% des votes manquants. Si le candidat de gauche veut emporter les élections, il doit attirer au moins 10% des électeurs plus 1 sur sa droite en absorbant une fraction de la gauche du parti de droite et situer son programme proche de la droite libérale de ce parti.

Chacun de ces deux camps, dans cette opération, risque de fragmenter non seulement le parti de droite, but de la manœuvre, mais aussi son propre parti comme on l’observe avec la mandature de François Hollande. En positionnant le programme politique et économique de son gouvernement au plus proche qu’il peut de l’électeur médian de droite, Manuel Valls a pu gagner quelques voix sur sa droite, mais il en a perdu sur sa gauche au point où le Parti socialiste ne tient que par le contrôle centralisé du parti sur les investitures des candidats au moment des élections. La fracture à gauche s’est constituée rapidement après l’élection présidentielle de 2012 devant le déplacement du programme politique de François Hollande en direction de l’électeur médian de droite en prévision des prochaines élections présidentielle de 2017, déplacement qui s’est accentué avec le gouvernement de Manuel Valls. Le front de gauche s’est créé et les frondeurs ont cassé le Parti socialiste.

Le pacte républicain est donc un piège pour le Parti socialiste, car si un tel parti voyait le jour, on assisterait à une implosion du Parti socialiste en faveur de son aile gauche se coalisant avec le Front de gauche. Souvenons-nous des primaires de 2011, le courant de Valls a obtenu un score assez faible et ne représentait pas les préférences des gens qui votent habituellement pour le Parti socialiste. De son côté il est possible que le FN subisse le même sort dans cette opération délicate de conquête du pouvoir. Le déplacement du programme du FN en direction de l’aile droite du LR peut engendrer une scission du parti comme il en a déjà connu du temps de Mégret.

L’attaque étant la meilleure défense pour les uns comme pour les autres, François Hollande et Marine Le Pen ont un objectif en commun : briser le parti de droite en le fragmentant le plus possible de telle sorte que Hollande et Marine Le Pen sortent tous les deux vainqueurs du premier tour. Chacun pensant qu’il tirera les marrons du feu au second tour.

Le Parti socialiste comme le Front national ont tous deux la stratégie de fracturer le parti de droite en deux camps, l’un en direction de la gauche du parti (l’option Juppé-Bayrou) ; l’autre en direction de la droite du parti (Vanneste, Mariton, Novelli ?). Ils peuvent le faire puisque d’une certaine façon l’union de la droite se situe sur l’électeur médian14. Il suffit de déplacer les programmes politiques de ces deux formations pour combler leur distance à l’électeur médian global en évitant de se fragmenter eux-mêmes, c’est-à-dire, en ne perdant pas leurs propres électeurs tentés de recréer un parti concurrent15 sur leur gauche (pour le PS) ou sur leur droite (pour le FN). En effet, plus on éloigne son programme politique de l’électeur médian de son camp, pour se rapprocher de l’électeur médian global, plus on perd des électeurs sur la gauche (respectivement sur la droite) pour un parti de gauche (respectivement pour un parti de droite). C’est toute la difficulté de l’opération.

Imaginons un déplacement du programme de la gauche vers la droite, avec le pacte républicain, pour séduire la partie gauche de l’union de la droite (Bayrou, Juppé)16 qui rapporte 10% des votes sur sa droite, mais ce déplacement fait perdre 15% des votes à la gauche de son parti. Votes qui se reportent sur le Front de gauche, l’extrême gauche monte à 23% des votes et le Parti socialiste tombe à 18% des votes. Mélenchon serait susceptible d’être sélectionné au deuxième tour à la place de Hollande17. Comme Les Républicains serait privé de son aile gauche (10 % des votes) le candidat du parti de la droite conservatrice tomberait à 16,71 % ! Si par ailleurs, Marine Le Pen fait la même opération sur sa droite en gagnant les votes des divers droites et d’une fraction de l’aile droite du parti soit aux environs de 5 % Les Républicains, en ne perdant sur sa droite que 2,5% des votes de ses électeurs avec une nouvelle scission du parti, elle engrange 2,5% de votes en plus et franchit la barre des 30%. Le deuxième tour opposerait Mélenchon à Marine Le Pen et le pays se retrouve avec une bi modalité aux extrêmes. Le pays devient alors ingouvernable parce que les deux partis ont des idéologies totalement opposées. Mais pas nécessairement des programmes politiques opposés.

Seulement aux extrêmes, ce qui domine c’est l’idéologie et non le pragmatisme qui devrait inciter Mélenchon à se coaliser avec Le Pen. Dans cette spéculation, les conditions objectives pour une révolution à la mode française sont présentes car la moindre étincelle peut mettre le feu aux poudres. Ce que certains concitoyens pourraient souhaiter.

Comment le parti de droite peut-il prévenir cette situation ? Nicolas Sarkozy a déjà tracé la bonne stratégie : maintenir l’unité du parti et déplacer son programme politique sur l’aile droite de LR. Cette stratégie est la plus rationnelle, elle devrait même être accentuée vers une droite plus libérale pour bien se démarquer des stratégies de fractures du couple Hollande-Valls sur son aile gauche et de Marine Le Pen sur son aile droite. Sous cet angle là les primaires à droite sont un désastre18. Ces stratégies empoisonnent la vie politique et économique des Français. On pourrait imaginer d’autres scénarios.

Deuxième scénario. Scrutin à la proportionnelle intégrale

Nous avons raisonné dans la configuration d’un scrutin majoritaire. Un grand parti centriste n’est pas viable avec un scrutin majoritaire mais avec une configuration où la distribution des votes est uni modale et où le scrutin est une proportionnelle intégrale. Les institutions de la 5ème République ont été créées en réaction à la 4ème République où justement le scrutin était à la proportionnelle et le Président sans pouvoir réel était élu par le parlement.

La multi modalité qui existait aussi sous la 4ème République a engendré une instabilité gouvernementale qui ne permettait pas une décolonisation sans heurt. Si on introduisait un scrutin proportionnel intégral dans le contexte d’une distribution multimodale des votes, la donne change de manière significative mais à l’encontre du Parti socialiste qui serait le grand perdant de cette opération. Comme l’électeur médian est à l’aile droite du parti LR, il ne pourrait pas participer à une coalition gouvernementale entre les deux partis dominants. Comme l’électeur médian est celui de l’assemblée nationale, le gouvernement sera à la droite du parti conservateur à condition que la représentation des députés à l’assemblée nationale reflète la distribution des votes du premier tour des régionales. Notre électeur médian est toujours le même, si on suppose qu’à court terme le scrutin proportionnel ne change pas la position de cet électeur médian. S’il est localisé entre le parti Les Républicains et le FN, sur l’aile droite « libérale » du parti de Nicolas Sarkozy, cette aile droite peut jouer un rôle pivot non négligeable pour orienter la politique19. Ils seront faiseurs de Roi20. Dans cette configuration, le parti qui risque le plus de se fragmenter sera le Parti socialiste. Face à une assemblée nationale plus qu’à droite, une cohabitation entre un Président de gauche (comme de droite) sera difficile avec un parlement qui n’est pas à la botte du Président élu21.

Cependant on peut faire évoluer le système politique français sans être aussi révolutionnaire, par exemple en modifiant l’ordre des échéances électorales ; en inversant les élections législatives avec un scrutin proportionnel intégral et une élection présidentielle au suffrage universel avec un scrutin majoritaire à deux tours, qui aurait lieu après les législatives comme certains le souhaitaient dans le parti de Démocratie Libérale en 2002. On peut aussi suggérer de supprimer l’élection présidentielle au suffrage universel et retourner à un régime parlementaire. Tous ceux qui militent pour une 6ème République doivent proposer une refonte de nos institutions pour assurer une distribution des votes tendant vers l’uni modalité c’est-à-dire vers un consensus beaucoup plus grand que celui observé dans notre pays.

À vrai dire avons-nous vraiment besoin d’un Président de la République ? Vraisemblablement non22. Ce type d’élection bloque la vie politique et économique du pays, le Président, compte tenu des pouvoirs hors du commun qu’il détient, se croit obligé de se mêler de tout, de compatir à tous les événements dramatiques qui frappent ses concitoyens, fait la guerre comme bon lui semble sans le consentement de ceux qui paient, à savoir les contribuables, fait la morale avec un ton de curé des années 1950 etc. Le mieux qu’on puisse lui demander c’est de ne rien faire. Un Roi fainéant est un bon Roi. En fait, on peut vivre facilement sans Président de la République. Les Australiens ont refusé d’avoir un Président préférant davantage la Reine d’Angleterre, une étrangère qui ne se mêle pas des affaires australiennes.

Autre scénario : la fragmentation du pays en régions autonomes

Un scrutin majoritaire à deux tours et une élection présidentielle au suffrage universel ont engendré un régime où le pouvoir est concentré tous les 5 ans entre les mains d’un petit clan23 du parti politique arrivé au pouvoir. Ce régime politique ne peut pas perdurer. Il n’apaise pas les passions, il les exacerbe. Pour casser cette distribution des votes et donc apaiser le pays, il faut dépolitiser la vie française et suivre le courant général qui annonce la fin des États nations : la fragmentation du pays en grandes régions, non pas dessinées sur un coin de table par un Président pour des raisons électorales, mais choisies par les intéressés eux-mêmes via des référendums locaux de telle sorte qu’il y ait une homogénéité de la distribution des votes, c’est-à-dire leur distribution dans chaque région qui soit uni modale. L’homogénéité de la distribution des votes est nécessairement plus forte dans chacune des grandes régions que dans l’ensemble de l’État nation. Celle-ci se formant à long terme par ce que l’on appelle le vote avec les pieds selon le modèle de Tiebout (C. M. Tiebout , 1956, A Pure Theory of Local Expenditure , Journal of Political Economy, october)..

Les électeurs non satisfaits des programmes politiques mis en application dans leur région déplaceraient leur domicile dans la région correspondant à leurs préférences politiques24.

Une forte dévolution des pouvoirs (taxer, réglementer ou dépenser) donnés à ces nouvelles entités transformerait en parlement locaux les conseils régionaux. Le pouvoir concentré dans ces régions permet à leurs représentants de mettre en œuvre leur politique sur une base électorale révélant un fort consensus. C’est une des vertus de la fragmentation du pouvoir au niveau régional comme à l’image de la Grande Bretagne avec l’Écosse, de l’Allemagne ou de l’Espagne avec la Catalogne.

Le risque pris est celui de la sécession, tentation plus forte en Corse, en Guadeloupe et finalement en Nouvelle Calédonie qui se prononcera en 2016 par référendum pour l’indépendance. Mais si un droit de sécession et de remariage des régions comme pour les cantons suisses améliore le bien-être des citoyens, pourquoi aller contre ? Pour les partisans d’une Europe fédérale, une telle solution irait même dans la bonne direction.

Sur le web

  1.  Et non pas un scrutin majoritaire à deux tours, déguisé en proportionnelle, avec une prime en termes de sièges au vainqueur, comme avec les élections municipales ou régionales
  2.  Proportionnelle intégrale ou premier tour d’un scrutin majoritaire à deux tours, ce qui exclut les élections à scrutin majoritaire à un tour.
  3.  Sources : http://elections.interieur.gouv.fr/regionales-2015/FE.html. Il y a des aléas liés au regroupement des petites listes, égales ou inférieures à 1% parfois inclassables. Ainsi nous avons mis la liste Modem (0.66%) avec le centre gauche en faisant l’hypothèse que ceux qui ont voté cette liste rejetaient la liste Union de la droite. Nous avons inclus les listes régionales (1,26%) dans le centre gauche.
  4.  Les listes régionalistes font un score faible au niveau national, mais pas nécessairement au niveau régional comme en Corse.
  5.  Comme son nom l’indique, il s’agit d’une catégorie disparate, cependant le score de Debout la France domine largement les autres petites listes dans ce regroupement,
  6.  Au présidentielle de 2012, la gauche totalisait 43,8% des votes et le centre de Bayrou 9,1%. En gros, 4% des électeurs du Modem s’est reporté sur Le candidat de gauche et 5% sur le candidat de droite.

    La gauche et le centre gauche ont donc totalisé 47,48% des votes. Aux présidentielles de 2007, la gauche totalisait 36,4% des votes, le centre 18,4% et la droite plus l’extrême droite 45,2 % des votes. Si on ajoute le centre droit à la droite en comptant comme de droite les électeurs du Modem qui se sont reportés au second tour sur Nicolas Sarkozy, en gros 8% des votes du Modem, et de centre gauche ceux qui se sont reportés sur Ségolène Royal, 10,5%, l’ensemble de la gauche n’a totalisé que 46,9% des votes.

    À chaque scrutin présidentiel, la gauche est toujours minoritaire en termes de suffrages exprimés. Le gouvernement socialiste doit donc toujours gouverner contre la majorité des suffrages exprimés !

  7.  Pour cette analyse, nous nous appuyons sur l’ouvrage de Anthony Downs, (1957), An Economic Theory of Democracy, Addison Wesley et plus particulièrement sur son chapitre 8. 4 hypothèses majeures sous-tendent cette analyse : 1) La position des candidats peut être identifiée le long d’un axe gauche-droite. 2) Les électeurs votent pour leur candidat préféré, et non de manière stratégique. La distribution des votes représente les préférences réelles des votants. 3) Les électeurs, dans un scrutin majoritaire à deux tours, se reportent au second tour sur le candidat le plus proche de leur préférence exprimée lors du premier tour. Le mode de sélection des candidats est un scrutin majoritaire à deux tours.
  8.  Cela n’a pas été suffisant en 2012 pour voir Nicolas Sarkozy l’emporter. Le camp de gauche était à 6% de l’électeur médian en comptant 100% de reports des votes de l’extrême gauche et de la gauche sur François Hollande. La liste Modem (centre droit) a obtenu 9,1%. Selon l’IFOP, 40% des électeurs du Modem aurait voté Hollande, et 21% des électeurs du FN aurait voté Hollande, soit un apport de voix de 3,64% pour le Modem et de 4,18% du FN. Le total de 7,81%, permet à Hollande d’être finalement élu avec un score de 51,6%. (7,81 % + 43,6% font 51,6%). Les reports de voix du FN ont donc joué un rôle essentiel dans l’élection de François Hollande, sans ces votes Sarkozy était élu comme nous l’avions prédit si cette hypothèse du modèle de Downs avait été respectée par le FN. En effet, l’une des hypothèses du modèle de Downs pose par principe que le report des voix se fait sur les partis adjacents et non pas sur les partis ennemis. Sources : http://www.ifop.com/media/poll/1859-1-study_file.pdf, et B. Lemennicier (2013), L’analyse spatiale des votes et les présidentielles de 2012 : bilan et réflexions méthodologiques, ‘CRED /ICER.
  9.  L’extrême gauche, en réalité devrait reporter ses votes sur le candidat d’extrême droite si l’on comparait les programmes politiques de ces deux formations.

    Cependant l’expérience montre que les électeurs d’extrême gauche suivent ceux de la gauche. Ils sont plus concernés par la pureté de leurs préférences politiques que par la conquête du pouvoir et la réalisation d’un programme commun de gouvernement avec l’extrême droite. Ce qui vaut à l’extrême gauche vaut aussi à l’extrême droite. Gouverner veut dire proposer un programme désiré par l’électeur médian.

  10.  Les préférences sont distribuées symétriquement à gauche comme à droite selon une loi statistique normale. Le mode le plus élevé et la médiane se confondent au centre
  11.  La carrière politique de Bayrou en est un exemple. On est toujours surpris de ces hommes politiques qui, devant un scrutin majoritaire à un ou deux tours, poursuivent le rêve d’une grande coalition politique au centre de l’axe gauche -droite des préférences politiques. Comment se fait-il qu’ils ne comprennent pas cette leçon élémentaire ? On finit par croire que, cyniquement, ils exploitent la crédulité des électeurs qui expriment des préférences politiques au centre de l’axe gauche droite comme si la distribution des votes était une loi normale.
  12.  C’est une preuve indirecte du caractère dictatorial de notre régime politique et de la culture bonapartiste, de droite comme de gauche, de la population française. L’onction du suffrage universel autoriserait tous les excès en matière de concentration du pouvoir et d’extension démesurée de celui-ci. On en est rendu, en 2016, à réglementer la nourriture des habitants, l’air qu’ils respirent, l’usage des ustensiles ordinaires de la maison, voiture comprise, sans parler de toutes les contraintes légales imposées aux individus qui désirent gagner leur vie à leur façon et la spoliation massive organisée par l’État toujours à court d’argent et des organismes privés de la Sécurité sociale ou de la Société des droits d’auteurs qui disposent du droit régalien de prélever un impôt qui va directement dans leur poche. On se demande parfois si l’extension du marché noir à toutes nos activités n’est pas la solution la plus simple et la plus enviable.
  13.  Un scrutin majoritaire à un tour ne garantit pas au candidat de gauche d’être sélectionné puisque la totalité des voix de gauche culmine depuis de nombreuses années aux alentours de 35 à 40 % des votes.
  14.  L’Union de la Gauche et le Front national, en positionnant leur programme politique sur l’aile droite et l’aile gauche du LR peuvent manger l’électorat de ce parti et réduire drastiquement sa base électorale..
  15.  Comme l’a fait  Mélenchon avec le Front de gauche.
  16.  Au sens où ils se sont proclamés eux-mêmes être l’aile gauche du parti, car on ne voit pas trop ce qu’il y a de gauche chez eux.
  17.  L’extrême gauche tirerait un bénéfice immédiat de cette implosion du PS.
  18.  L’erreur majeure du parti de la droite conservatrice a été d’organiser des primaires pour le choix de son candidat en voulant être plus démocrate que les socialistes eux-mêmes. Or, les primaires à gauche ont engendré une lutte fratricide en 2011, dont les plaies ne sont toujours pas refermées.

    La perversité de ce système, dans le contexte de la 5ème république, est tellement évidente qu’on se demande pourquoi  l’UMP s’est lancée dans cette aventure, si ce n’est par imitation servile des conceptions socialistes de la démocratie.

  19.  Ce qui manifestement n’est pas souhaité par les partis politiques de droite ou de gauche tant ces derniers sont viscéralement étatistes et anti-libéraux. Ce qui ne veut pas dire que les électeurs y seraient opposés. En 2002 le parti Démocratie Libérale de Alain Madelin a fait 4% en moyenne sur la France entière et 11 % des votes dans les Hauts de Seine, un nombre suffisant de voix dans un scrutin proportionnel pour jouer le rôle de pivot dans un parlement
  20.  Les libéraux conservateurs, comme le FN devraient donc militer pour revenir à la proportionnelle intégrale, or on n’entend pas beaucoup la droite libérale s’exprimer sur ce sujet.
  21.  Le Premier ministre Lionel Jospin, sous la présidence de Chirac, a pu mener la politique qu’il désirait.
  22.  Nous ne sommes même pas certains qu’il faille un gouvernement s’il s’agit de satisfaire les groupes de pression les plus divers qui quémandent des prébendes auprès du Premier ministre au détriment du reste de la population.
  23.  Les hommes de l’ombre.
  24.  Les gens de gauche vont habiter en Bretagne ou élisent leur domicile dans cette région, les électeurs qui votent FN vont dans le Nord Pas de Calais ou dans la région PACA et ainsi de suite. La distribution des votes dans chaque région s’homogénéise et prend une forme uni modale, symétrique ou non, qui accroît et stabilise considérablement le consensus entre les habitants qui courent après le programme politique de leur choix.