Non, l’endettement public ne stimule pas la demande

La politique monétaire mondiale va-t-elle enfin changer d’orientation ?

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
NoHoDamon-Empty wallet (CC BY-NC-ND 2.0)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Non, l’endettement public ne stimule pas la demande

Publié le 29 novembre 2015
- A +

Par Eberhardt Unger

NoHoDamon-Empty wallet (CC BY-NC-ND 2.0)
NoHoDamon-Empty wallet (CC BY-NC-ND 2.0)

Depuis le début de la crise en 2008, beaucoup de gouvernements dans le monde ont essayé de stimuler l’économie en encourageant la demande. Via un nombre incalculable de programmes de relance, ils ont accumulé une dette de 61 000 milliards de dollars.

En outre, presque toutes les banques centrales ont abaissé les taux d’intérêt directeurs, au total environ 600 fois depuis l’automne 2008. Les plus importantes d’entre elles (Fed, BCE, Banque d’Angleterre, Banque du Japon, Banque Nationale Suisse), via le QE, ont déversé autour de 7 800 milliards de dollars de liquidité sur les marchés. On n’avait jamais encore vu une stimulation de l’économie d’une telle ampleur. Mais pour quel résultat ?

Si nous regardons les prévisions de l’OCDE jusqu’à fin 2017 et les nombreuses révisions à la baisse dont elles ont fait l’objet, une seule conclusion s’impose : pour créer l’illusion !

C’est la faiblesse du commerce mondial et les résultats économiques décevants dans les principaux marchés émergents qui ont conduit l’OCDE à revoir à la baisse ses prévisions concernant le PIB global réel. Le produit intérieur brut mondial ne devrait augmenter cette année que de 2,9% et gagner graduellement en dynamique seulement au cours des deux prochaines années. Pour 2016 et 2017, la croissance est estimée à 3,3% et 3,6%. Sur la même période, on espère pour la zone euro une maigre croissance du PIB de 1,5%, 1,8% et 1,9%.

Le FMI a lui aussi abaissé sa prévision du PIB global pour 2015 de 3,5% à 3,1%, soit le plus petit taux de croissance depuis le début de la crise financière. Les prévisions pour 2016 sont maintenant de 3,6% au lieu des 3,8% prévu jusqu’ici. Selon Le FMI, la plupart des pays industrialisés resteront sur la tendance actuelle, mais la chute des prix des matières premières et le ralentissement de la croissance en Chine pèseront sur les marchés émergents. Pour la cinquième année consécutive, le PIB des économies émergentes sera en baisse en 2015. Sur la période envisagée, l’économie américaine est prévue en hausse de 2,6% et 2,8%, celle de la zone euro de 1,5% et 1,6%.

La reprise dans les pays industrialisés est soutenue par les prix bas du pétrole, une politique monétaire accommodante ainsi que des conditions de financement favorables. D’après le FMI, l’inflation restera très faible et, dans ce contexte, le fonds pense qu’il est essentiel que les économies développées maintiennent leur politique monétaire expansive. En outre, l’investissement devrait être intensifié.

Mais que peut-on faire pour arrêter l’affaiblissement de l’économie d’un pays ? Jusqu’à présent, la plupart des instituts de recherche et les banques centrales ont été d’avis que, pour provoquer un retournement de la tendance, il fallait pousser au maximum les dépenses déficitaires, les taux zéro et le QE.

Depuis peu, ce consensus semble être remis en cause

Ces derniers temps, la BRI réclame une nouvelle politique monétaire avec changement radical de l’orientation de cette dernière. La Fed veut une « normalisation de la structure des taux d’intérêt », mais la dette publique est déjà si haute qu’une hausse des taux d’intérêt en décembre n’apparaît que comme une intention sans lendemain.

La BCE et la Banque du Japon voient toujours les taux zéro et le QE comme la panacée, mais ce point de vue est de plus en plus critiqué. La Bundesbank pense que la politique monétaire actuelle est trop expansive. Le chef de la Banque de France ne veut plus d’augmentation des achats de dette publique, car il pense que cela relève maintenant d’un esprit « d’alchimie » qui régnerait à la BCE.

C’est le chef de la Banque centrale d’Inde qui a prononcé les mots qui donnent le plus à réfléchir. Le président de la banque centrale, Rajan, vient en effet de rendre public son avis très critique sur la politique monétaire ultra-expansive menée dans de nombreux pays. Non seulement cette politique n’a pas concrétisé les espoirs fondés sur sa mise en oeuvre, mais pourrait comporter d’énormes risques pour la stabilité financière.

Rajan craint que les banques centrales ne soient entrées dans un cycle infernal, ne pouvant se répondre l’une à l’autre que par une politique monétaire forcément toujours plus expansive. Il est totalement opposé à la course à la dévaluation à laquelle se livrent les pays afin d’obtenir un avantage concurrentiel par rapport aux autres. À ses yeux, politiques monétaire et budgétaire ont atteint leurs limites dans l’effort à faire pour relancer la croissance. Pour stimuler la croissance économique dans le monde, Rajan réclame des réformes structurelles et des investissements dans les infrastructures.

Mais le coup de grâce est venu du FMI lui-même qui a soudainement suggéré un changement dans l’orientation de la politique monétaire. Le FMI a appelé les gouvernements de ses pays membres à mettre en oeuvre davantage de réformes structurelles pour stimuler l’économie.

Avec cette exigence, le FMI se rapproche de la position de la BRI, qui depuis longtemps met en garde contre les dangers d’une politique monétaire trop expansive. D’après le FMI, la politique monétaire très accommodante a aidé les pays industrialisés à soulager les conséquences de la crise financière, mais elle a eu l’inconvénient d’accroître de façon excessive les réserves de liquidités dans les banques et les grandes entreprises.

Contre toute attente, ni le prix bas du pétrole, ni les ajustements de taux de change n’ont eu, jusqu’à maintenant, les effets macroéconomiques attendus. Par ailleurs, les mesures de relance budgétaire par l’augmentation de la dette publique ont atteint leurs limites.

Conclusion

Il est improbable que les parlements et les banques centrales acceptent sérieusement un changement dans l’orientation de la politique monétaire pour aller vers une normalisation de la structure de taux d’intérêt et vers l’équilibre budgétaire de l’État. Ils préféreront une fois de plus la facilité… ce qui veut dire que la prochaine crise ne pourra plus être contrôlée.


Pour plus d’analyses de ce genre, c’est ici et c’est gratuit

Voir les commentaires (3)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (3)
  • il y a un problème de fond dans ce genre d’article qui est de supposer que la solution se trouve dans la politique monétaire alors qu’on pourrait espérer que la valeur des monnaies, au moins relative ,devrait être déterminée par l’économie.
    Les politiques monétaire favorisent certains acteurs économiques et en défavorisent d’autres..au nom de quoi un bande de zigs dans les banques centrales a le droit de spolier certains et d’enrichir d’autres?

    Mais le fait d’imposer une monnaie dans un pays change tout, il me semble que c’est un des plus puissant outils fiscal et le plus étonnant et qu’il est prétendument dans les mains de personnes indépendantes des politiques.

    On nous dit que ces politiques monétaires sont décidées pour un ensemble de raisons « objectives » dépendant d’un nombre de paramètres finis et ..compris que ces politiques sont faites pour atteindre des buts données caractérisés par un ensemble de grandeurs macroéconomiques, pib taux de chômage etc… alors si tout est compris dans cette mécanique pourquoi avoir besoin d’une politique et ne pas se fier à des règles ?
    Le simple fait d’avoir des choix à faire prouve à mon avis que ces banquiers centraux sont comme tout le monde…ils agissent au pif et peuvent se tromper lourdement.

  • L’abondance de liquidités est extrêmement dangereuse dans la mesure où celles-ci sont sans contrepartie économique tangible. Cette orgie de flux monétaires va déstabiliser, à court terme les systèmes économiques à l’aune planétaire, plongeant encore plus les pays émergents dans de plus grandes difficultés et entraînant une spirale de déconstruction des agrégats sociaux propices à soulever encore plus d’instabilité et favorisant les visées des extrémistes (DAECH entre autres….)

    Nos banquiers centraux et nos systèmes financiers feraient bien de se ressaisir pour éviter un krach monumental qui va plonger le monde dans le chaos. Qu’ils arrêtent avec leurs politiques monétaires expansionnistes dont l’économie n’a pas besoin, déjà abreuvée largement de liquidités, suffisantes pour créer de la richesse réelle. Que les financiers arrêtent leurs spéculations, seulement propres à les enrichir (provisoirement) mais en fragilisant l’ensemble du système.

    Le monde est au bord du précipice et se précipite pour se jeter dedans. Ils sont fous !

    • Oui mais le problème de ce flux de liquidités c’est qu’il fait des gagnants, tous ceux qui sont directement sous le robinet et peuvent de se goinfrer d’argent gratuit.

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Article disponible en podcast ici.

Plus Christine Lagarde renie Bitcoin, plus elle met en évidence les bénéfices de Bitcoin face à sa gestion monétaire.

Nous verrons donc les trois bénéfices du Bitcoin les plus détestés de Christine Lagarde.

 

Gestion apolitique et neutre

Que vous soyez de gauche comme de droite, femme ou homme, jeune ou vieux, Français, Russe ou Chinois, en guerre ou en paix, le Bitcoin est ouvert à tous sans aucune restriction.

Tout le monde peut utiliser le bitcoin aussi bien comme ... Poursuivre la lecture

Les gens ignorent souvent ce qui se passe au jour le jour sur les marchés obligataires qui brassent pourtant des sommes considérables. Ainsi, le marché obligataire en euros pèse 2775 milliards.

L’indicateur clé de ce marché est le taux d’intérêt des emprunts d’État à dix ans considérés comme l’actif financier le plus sûr. Or, les taux d’emprunt des différents pays de l’Union européenne recommencent à diverger comme il y a dix ans. L’écart se creuse depuis que la Banque centrale européenne a indiqué qu’elle allait mettre fin à ses racha... Poursuivre la lecture

poutine inflation
2
Sauvegarder cet article

La publication de l'indice des prix à la consommation (IPC) de mai 2022 a été pire que ce que prévoyaient pratiquement toutes les prévisions. L'IPC d'une année sur l'autre s'est établi à 8,6 %, ce qui est non seulement plus élevé que prévu, mais constitue un nouveau record depuis quatre décennies. L'IPC d'un mois sur l'autre (avril à mai) a également été plus élevé que prévu : 1 % contre 0,7 % prévu. La publication de lundi montre clairement que la Fed est à la traîne en termes d'utilisation de mesures politiques pour freiner la hausse des pr... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles