Loi Santé : le vendredi noir de la médecine libérale

Dora Alis-hydre_de_lerne(CC BY-SA 2.0)

Ce vendredi est un « Black Friday » qui marque le début d’une nouvelle grève des médecins libéraux pour protester contre la Loi Santé.

Par Phoebe Ann Moses

Dora Alis-hydre_de_lerne(CC BY-SA 2.0)
Dora Alis-hydre_de_lerne(CC BY-SA 2.0)

Vendredi 13 marque le début d’une nouvelle grève des médecins libéraux. Le mouvement, dénommé « Black Friday » est la dernière tentative de lutte contre la mise en place de la Loi Santé qui passe cette semaine en nouvelle lecture à l’Assemblée Nationale. Les médecins libéraux sont attaqués sur trois fronts.

D’un côté, l’État tente d’écraser la médecine libérale en l’enfermant dans un carcan administratif et financier : dorénavant payés par la Sécurité sociale (dont les caisses sont pleines, comme chacun sait), ils devront respecter les règles imposées par celle-ci. Fini, les prescriptions faites pour le bien du patient, la durée de la consultation au choix du praticien, le nombre de patients vus dans la journée. Fini, le patient qui paye et choisit son médecin. Désormais la Sécu imposera sa loi. L’État va décider de tout en matière de soin, et cela apparaît dès le premier article de la loi qui précise que « La politique de santé relève de la responsabilité de l’État » : soins, bonnes pratiques, cadre des prescriptions, répartition des professionnels de santé. La médecine libérale devient complètement étatisée et les décisions ne seront plus prises dans la confidentialité de la consultation.

D’un autre côté, il y a les syndicats, supposés défendre la profession (on ne parle même pas de l’Ordre des Médecins, étonnamment et mollement silencieux depuis plus d’un an), mais si peu représentatifs, comme tous les syndicats. Ils n’informent pas leur adhérents mais tentent de négocier encore et encore en coulisses avec le gouvernement : une grève moins longue, un aménagement de la loi, une consultation mieux payée. Rien de tout cela n’est demandé par les médecins. Mais les syndicats s’assurent leur place près des politiciens.

Et enfin, les mutuelles et assurances finissent d’écraser ce qui reste de la liberté du médecin mais aussi du patient. Avez-vous remarqué que l’on est harcelé ces temps-ci par des publicités pour les mutuelles ? Ce n’est pas un hasard : au 1er janvier, tout le monde aura l’obligation d’avoir une mutuelle. Marisol Touraine a pensé « aux plus fragiles » des Français en les obligeant à s’assurer, elle qui sait pertinemment que très bientôt la Sécu ne fera plus face aux dépenses. Ainsi, elle offre à tous les assureurs et à toutes les mutuelles de France la totalité de la population comme client. Beau cadeau ! D’où cette abondance de publicités, chacun espérant attirer à lui le patron ou l’entreprise qui lui fournira l’ensemble de ses salariés comme clients.

C’est ça, le socialisme : l’obligation d’être assuré auprès d’un assureur que vous n’avez pas choisi, et de payer deux fois. Car soit dit en passant, vous payez déjà pour avoir le droit d’être soigné en France. Vous payez ce droit par les cotisations sociales les plus chères d’Europe. Mais sans que personne ne s’en aperçoive, les contribuables vont payer plus cher une mutuelle, tout en continuant à payer les cotisations sociales de la Sécu. Joli tout de passe-passe. Et c’est sans compter que les mutuelles auront ensuite le droit de choisir quel médecin le patient, son client, devra consulter. Le tout emballé dans un joli paternalisme (on pense à vous, ne vous préoccupez pas de ces tracasseries administratives…). Comme dans les publicités pour les opticiens : « Moi j’aime aller acheter mes lunettes chez X parce qu’ils s’occupent de tous les papiers, je n’ai rien à faire, c’est eux qui voient directement avec ma sécu et ma mutuelle ». Ben voyons. Le prix de la tranquillité, c’est de perdre sa liberté de choix ?

La santé entre de plus en plus dans un système collectiviste (obligation d’assurance auprès d’assureurs validés par l’État, puisque vous ne pouvez pas choisir un assureur européen par exemple) et dans le même temps, on voudrait qu’on croie qu’il s’agit d’un capitalisme nécessaire qui ouvre la santé aux assureurs et aux mutuelles. Il n’en est rien ! Ces mutuelles et ces assureurs sont proches de l’État, quand ils ne sont pas carrément d’anciens gestionnaires de la Sécurité sociale. L’État offre sur un plateau la totalité de la population à ses petits copains, et on voudrait nous faire croire que c’est du capitalisme ! C’est de la connivence ! Le vrai capitalisme serait d’avouer aux Français qu’il n’y a plus d’argent dans les caisses et qu’ils doivent se choisir tout seuls une assurance, quelle qu’elle soit.

En résumé, il serait incroyablement stupide d’accepter d’être payé par un organisme en faillite. Tout comme un certain ministre du Travail qui n’a jamais mis les pieds dans le monde réel du travail, ces politiciens qui décident du système de santé vivent dans un monde de paperasserie et de législation trop éloigné de la réalité pour comprendre les conséquences de ce qu’ils sont en train de faire. Ou alors, s’ils en sont conscients, c’est bien que nous entrons dans un système totalitaire où l’individu n’est plus libre de ses choix.


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