La politique doit être disruptive, pas extrême

Près de soixante ans après la naissance de la Vème République, la France semble attendre son prochain épisode de sursaut.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
la droite credits ump photos (licence creative commons)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

La politique doit être disruptive, pas extrême

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 11 novembre 2015
- A +

Par Erwan Le Noan.

la droite credits ump photos (licence creative commons)
la droite credits ump photos (licence creative commons)

Raymond Aron raconte dans ses Mémoires que, lors d’une conférence, il avait expliqué que « la France fait de temps en temps une révolution, jamais de réformes » ; le général de Gaulle lui avait répliqué qu’en réalité « la France ne fait jamais de réformes que dans la foulée d’une révolution ». Dans la vision bonapartiste de la vie politique, c’est d’ailleurs un homme providentiel qui porte cet élan, paré d’une autorité naturelle suffisante pour faire taire les résistances. Près de soixante ans après la naissance de la Vème République, la France semble attendre de nouveau son prochain épisode de sursaut : la tension politique monte, qui ne présage rien de bon pour la vitalité démocratique de notre pays.

Après avoir essayé en vain le président normal, les Français semblent se lasser toujours plus de nos institutions. Ils sont une infime minorité à accorder leur confiance aux responsables politiques nationaux (9% font crédit aux partis politiques, 25% aux députés et 30% aux sénateurs, selon Ipsos en mai 2015). À tel point qu’aujourd’hui, près de sept Français sur dix seraient prêts à donner le gouvernement du pays à des experts, chargés de mettre en œuvre les réformes, contre l’opposition publique (enquête Ifop d’octobre 2015). Dans le même temps, la quête d’autorité est toujours plus forte, et paradoxalement très marquée chez les sympathisants de gauche : 85% considèrent que le pays « a besoin d’un vrai chef pour remettre de l’ordre » (+ 16 points au PS en un an, d’après Ipsos en mai 2015).

Ce cocktail de défiance des élites et de quête d’autorité n’est pas le signe d’une démocratie bien portante. La France apparaît perdue, à la recherche du personnage qui saura la brusquer jusque dans ses retranchements : les Français semblent tellement désespérés de changer qu’ils sont prêts à souhaiter qu’on les y force. Ce sentiment n’est probablement pas étranger au succès du Front national.

C’est que les dirigeants de droite comme de gauche mènent des politiques de gribouille, hésitant sur la voie à emprunter, n’en choisissant aucune. Ils ont renoncé à la croissance et se complaisent dans d’inefficaces politiques de redistribution : puisqu’ils sont convaincus que le gâteau ne croîtra plus, ils s’empressent d’en faire des parts plus petites par l’impôt et la redistribution, ou de limiter le nombre de convives, en multipliant les barrières et les rentes. En réalité, ils se précipitent dans une fuite qui consiste à tirer jusqu’à l’épuisement les idées périmées qui ont fatigué et ruiné notre pays depuis des décennies.

À ce jeu, le FN est nécessairement le principal gagnant, ayant seul la liberté de pousser jusqu’à l’extrême les logiques dépassées du monde d’hier. Par la même occasion, il procure à ses opposants des positionnements faciles : les uns jouent les bravaches, les autres se prétendent sages. Mais aucun ne brise les cadres qui nous étouffent.

Comme pétrifiés face au monde qui vient, les dirigeants des partis traditionnels restent figés. Ils se perdent en programmes de mesures détaillées ; mais aucun ne dessine de projet. Alors que la planète entière a changé sous tous ses aspects, aucun ne réinvente la politique. Alors que les Français leur réclament un changement radical, ils coursent les extrêmes. Alors qu’ils devraient réinventer le monde, ils laissent leur imagination s’enfermer dans des routines.

Le 28 décembre 1958, une semaine après avoir été élu président, de Gaulle s’adressa aux Français ; il se fit le défenseur d’une politique « de sévérité », promettant d’emmener le pays « non certes à la facilité, mais à l’effort et au renouveau ». Dans un discours qui n’évoquait que l’économie, il proposait des ruptures radicales ; on dirait aujourd’hui, à l’ère numérique, « disruptives ». Le gaullisme n’a aujourd’hui plus grand intérêt que celui de l’incantation, mais l’exemple de ce vieil homme revenu projeter la France dans un avenir totalement différent donne à réfléchir. Si elle veut reconquérir le pouvoir en 2017, la droite devrait s’en inspirer.

Sur le web

Voir les commentaires (2)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (2)
  • Une lecture rapide de cet article m’a déçu par le peu d’intérêt procuré.
    Mais finalement la phrase génial car résument bien la situation m’est apparu:

     » puisqu’ils sont convaincus que le gâteau ne croîtra plus, ils s’empressent d’en faire des parts plus petites par l’impôt et la redistribution, ou de limiter le nombre de convives, en multipliant les barrières et les rentes »

    CPEF

    • Le sondage avec des français de plus en plus résignés à un pouvoir autoritaire (mais qui serait bon hein ^^) est très important aussi. Voilà qui contredit totalement la prétendue montée des idées libérales. Voilà pourquoi cet article souligne que le chemin de crête va être compliqué à suivre et que le personnel politique actuel semble incapable de le trouver. Peut être que l’auteur aurait du commencer par ce point pour expliquer que les transgressions gaullistes comportent encore de l’intérêt au delà des doutes naturels qu’on doit légitimement avoir envers les politiciens bonapartistes.

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par Nathalie MP.

Il n’est pas simple de nager à contre-courant. Cela demande des efforts particuliers qui, bien souvent, ne reçoivent en retour que méfiance et hostilité. C’est déjà ce que remarquait Jacques Rueff en 1934 alors qu’il s’adressait à ses camarades polytechniciens dont il observait que les travaux économiques ne se développaient guère « dans un sens purement libéral » :

Je me sens donc parmi vous en état de singularité, et je vous prie de croire que je n’en éprouve nul plaisir, car ce n’est pas un mol oreiller que l... Poursuivre la lecture

socialisme
3
Sauvegarder cet article

Le doute n’est plus permis, nous vivons dans une ambiance socialiste assumée.

Que droite ou gauche gouverne importe peu. D’ailleurs, ce clivage politique a perdu de sa puissance fédératrice. Voter à gauche puis ensuite à droite n’était même pas envisageable il y a cinquante ans. Cela n’effraie plus personne aujourd’hui. L’explication fondamentale de ce phénomène apparaît à tout observateur de la vie politique : le socialisme a gagné. L’opposition libéralisme-socialisme n’existe plus dans la réalité économique et sociale française.

... Poursuivre la lecture

Peut-on encore faire dérailler le train qui nous conduit sur la route de la servitude ? À quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle, même les plus optimistes des intellectuels libéraux doutent. Tout paraît joué d’avance, et le candidat qui remportera la mise prévoit d’appliquer un programme qui de toute façon sera aux antipodes de l’esprit du libéralisme.

Cette année, l’offre politique est globalement assez pauvre et aucun programme ne propose de réforme suffisamment courageuse et originale pour créer l’adhésion plein... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles