Valls veut niveler les banlieues par le bas

Et si le problème des quartiers tenait d’abord à une profonde discrimination dans l’utilisation des moyens publics ?

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Manuel Valls en août 2013 (Crédits : Claude Truong-Ngoc, licence CC-BY-SA 3.0), via Wikimedia.

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Valls veut niveler les banlieues par le bas

Publié le 29 octobre 2015
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Par Éric Verhaeghe.

Manuel Valls en août 2013 (Crédits : Claude Truong-Ngoc, licence CC-BY-SA 3.0), via Wikimedia.
Manuel Valls en août 2013 (Crédits : Claude Truong-Ngoc, licence CC-BY-SA 3.0), via Wikimedia.

 

Valls a présidé un comité interministériel sur les banlieues lundi matin. Manifestement, il est à bout de souffle et n’a plus grand chose à proposer. Pourtant, les tensions dans les banlieues n’ont jamais été aussi fortes…

Des mesures vides de sens

Ce comité interministériel aux Mureaux a permis trois annonces : équiper les policiers de caméras miniatures pour filmer les interventions, stigmatiser les communes qui n’ont pas assez de logements sociaux et mener des campagnes de testing (de tests à l’aveugle pour mes lecteurs qui abominent les anglicismes) sur les discriminations à l’embauche. Et puis pas grand-chose d’autre, voire rien du tout.

Là encore, c’est bien connu, les discriminations n’existent que dans le secteur privé. Le Premier ministre n’a absolument pas besoin de s’occuper de la lutte contre les discriminations au sein du premier employeur de France : l’État.

Une situation dramatique

Dans la compréhension du phénomène des banlieues, une donnée a été superbement chassée du discours gouvernemental. Elle est pourtant essentielle puisqu’elle concerne le nombre de logements commencés dans l’année. J’ai sorti ici le graphique du volume des débuts de construction depuis 1980 :

Banlieues

Le dernier chiffre est de 2014. On s’aperçoit, en regardant ces quelques données brutes que le nombre de constructions annuelles en France a baissé par rapport aux années 2000, alors que la population a augmenté.

Si l’on examine les constructions individuelles sur la même période, le graphique donne ceci :

Banlieues

Autrement dit, en 2014, la France a atteint l’un des pires niveaux de constructions de logements individuels depuis plus de 30 ans. En dehors des années 1992 et 1993, la crise du logement individuel n’a jamais été aussi intense. On construit deux fois moins de maisons en 2014 par rapport à 1980, alors que la France compte grosso modo dix millions d’habitants en plus.

Mais ce sujet-là, l’accession à la propriété des occupants de logements sociaux, ne méritait pas d’être évoqué au comité interministériel. La perspective de s’élever, de construire son petit chez-soi, est probablement un rêve trop petit-bourgeois pour les socialistes au pouvoir.

Le logement social comme solution universelle

Au lieu de faire rêver nos banlieues en leur promettant une amélioration de leur sort par l’accession à la propriété, Manuel Valls a préféré manier le bâton et annoncer des mesures de rétorsion contre les communes qui ne construisent pas assez de logements sociaux. Normal, la solution à la crise des « quartiers » consiste forcément à construire d’autres quartiers. Lorsque tous les Français occuperont un logement social, on aura non seulement tué toute idée de patrimoine architectural, mais on aura réglé le problème par un nivellement par le bas.

Pour supprimer les inégalités entre les bien-portants et les malades, contaminons toute la population, il n’y aura plus de jaloux.

L’émiettement communal occulté

Comme d’habitude, Manuel Valls a évité, dans sa dénonciation facile de l’apartheid, le problème majeur : qu’est-ce qu’une banlieue, sinon la périphérie plus ou moins abandonnée d’un centre ?

Depuis des décennies, la fiscalité locale accompagne cette ségrégation par son obsolescence : aux centres attractifs une taxe professionnelle qui permet de baisser les impôts locaux des ménages et d’offrir une qualité de vie à cause de laquelle les loyers augmentent et sélectionnent les habitants. Dans les banlieues, peu d’entreprises, mais beaucoup de cités dortoirs avec peu de taxe professionnelle et des impôts sur les ménages élevés. À défaut, on se contente de peu : pas de bibliothèque municipale, des écoles primaires repoussoirs, des équipements collectifs indigents.

La seule solution consistante à la crise des banlieues est de les supprimer par des fusions imposées de communes. C’est l’unique moyen pour égaliser de façon intelligente les finances locales et pour harmoniser le développement des territoires.

C’est bizarre, Manuel Valls n’a pas du tout évoqué le sujet.

L’État, premier ségrégationniste de France

Un autre sujet n’a pas été évoqué : la distribution des moyens de l’État sur le territoire.

Exemple ? Cahors, préfecture insignifiante de 20.000 habitants, dispose d’un commissariat ouvert 24 heures sur 24. Elle dispose également d’un tribunal d’instance. L’ensemble de Seine-Saint-Denis : Bagnolet, Lilas, Romainville, Pré-Saint-Gervais, qui jouxte la circonscription de Cambadélis et comporte la circonscription de Claude Bartolone, compte 100.000 habitants et un seul point de police ouvert non-stop comme à Cahors.

Peut-être que le premier problème des banlieues est là : l’autorité y est infiniment moins présente que dans nos préfectures rurales.

Et si le problème des quartiers tenait d’abord à une profonde discrimination dans l’utilisation des moyens publics ?

Aucun projet pour les jeunes décrocheurs

Le premier problème des banlieues, ce sont ces jeunes plus ou moins décrocheurs qui traînent dans les rues et gagnent de l’argent en trafiquant plutôt qu’en travaillant. Avec 150.000 jeunes sortant chaque année du système scolaire sans aucun diplôme, soit un jeune sur six, tout de même, belle performance de notre brillant système éducatif, l’Éducation Nationale est une remarquable usine à fabriquer du malaise de banlieue.

Comme dans tous les déplacements du Premier ministre ou presque, Najat Vallaud-Belkacem était présente, pas très loin de son mentor, et même très près si l’on se fie aux images. Mais… curieusement… cette enfant de l’immigration n’a pas eu un mot sur la gangrène que son département ministériel propage année après année.

On aurait pu espérer un grand plan pour supprimer le décrochage scolaire, au besoin avec un apprentissage obligatoire pour tous les décrocheurs. Mais cette idée-là fait la part trop belle au sens de l’effort. Il vaut mieux faire œuvre de populisme en désignant à la vindicte des banlieues tous ces méchants maires qui ne construisent pas de logements sociaux pour héberger le trop-plein de racailles des quartiers.

Du pain et des jeux, on vous dit ! Telle est la grande ambition républicaine du quinquennat Hollande.

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  • un grand plan pour supprimer le décrochage scolaire…..encore faut il que les élèves est réelement envie de s’en sortir et de s’intégrer , et ça s’est pas gagné ; comme on dit  » aide toi et le ciel t’aidera….et de toute façon , les problêmes des banlieues, il fallait les prendre à bras le corps il y a 40 ans , mais giscard , président de l’époque , a proné le rapprochement famillial , sans réfléchir sur l’avenir de ces familles et le notre par la même occasion ; les dents longues et la vue courte , comme d’hab avec les élus .

    • Le décrochage scolaire, c’est le skieur qui lâche la perche du remonte-pente. La solution est d’abord de lui donner envie d’aller en haut.

  • le rêve socialiste: tout le monde en logement social !

    le fait d’ériger en objectif plus de 20% de logements sociaux est d’une tristesse sans nom.
    au lieu de tout faire pour sortir ces populations pas plus bête que d’autres de leurs conditions, on les démotivent complétement en disant: « persévérez à voter socialiste, et vous aurez des logements gratuits avec les soins, le rsa, et les restos du cœur en bonus »

  • « Dans la compréhension du phénomène des banlieues, une donnée a été superbement chassée du discours gouvernemental. Elle est pourtant essentielle puisqu’elle concerne le nombre de logements commencés dans l’année. J’ai sorti ici le graphique du volume des débuts de construction depuis 1980 : [graphe] Le dernier chiffre est de 2014. On s’aperçoit, en regardant ces quelques données brutes que le nombre de constructions annuelles en France a baissé par rapport aux années 2000, alors que la population a augmenté. »

    Très mauvais raisonnement. Indépendamment de si on peut être d’accord ou non avec l’auteur, celui-ci fait une erreur de débutant. Il compare un flux (le nombre de logement par année, et plus précisément la variation du flux) avec un stock (le nombre d’habitants). On ne peut rien conclure de ce genre de comparaison.

    • c’est vraiment un raisonnement « libertarien »
      Se souvenir seulement de la chute des mises en chantier des que les socialistes accedent au pouvoir
      N’est ce pas madame Duflot?

  • Qu’attendre d’autre d’un socialste?

    Ces gens n’ont pas de cerveau, seulement des idéologies et des dogmes. Autant dire qu’ils sont incapables de penser par eux-mêmes.

  • Préfectures rurales ici, le plus proche poste de police ouvert la nuit est à 20km. (Je ne suis même pas certain qu’il soit ouvert la nuit en fait).

    La question c’est pourquoi diable avoir une police si les délinquants sont dans la rue le lendemain ?
    Incivilités, menaces et vols c’est le sursis assuré et même avec violence (3 ans ferme max), les peines ne sont souvent pas exécutées.
    http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/08/04/01016-20130804ARTFIG00148-100000-peines-de-prison-ferme-non-executees.php

  • Si le taux de croissance de logements nouveaux disponibles est inférieur au taux de croissance de la population, il y a nécessairement pénurie de logements pour ceux qui doivent déménager pour raisons professionnelles. Autrement dit, les lois défavorables à l’investissement immobilier ne contribuent pas seulement à laminer directement ce secteur spécifique mais pèsent indirectement sur l’ensemble de l’activité économique du pays. A côté d’une fiscalité insensée, les normes ubuesques détruisent la vitalité d’un pays aussi sûrement qu’une guerre.

    On se demande quand l’opposition, si elle existe, va enfin se décider à abroger, sans autre forme de procès, les lois SRU et Gayssot. Forte de cette perspective, cette même opposition ferait bien d’appeler solennellement les préfets à renoncer à collaborer avec les usurpateurs occupant le pouvoir qui persécutent les mairies, leurs maires et leurs populations refusant le diktat socialiste.

  • Pourquoi, donc ? Les banlieues ne seraient-elles pas au niveau le plus bas partout ?

  • Dans de nombreux pays parfaitement civilisés et démocratiques un primo arrivant vient seul, et uniquement s’il a un contrat de travail (toute recherche d’emploii se fait via l’Ambassade)

    Il doit en outre déposer une somme dont les intérêts lui resteront acquis : cette somme doit représenter trois mois de frais d’existence, et le coût éventuel de son rapatriement.

    Pendant à 3 ans , si l’arrivant fait appel au chômage ou à n’importe quelle aide sociale, il est expulsé sur le champ.

    Pour le regroupement familial, il ne peut prétendre importer sa femme et ses enfants qu’après une année de travail sur place. Encore faut-il qu’il démontre qu’il a les moyens de loger et d’entretenir cette famille (et de déposer également le montant couvrant les trois mois de subsistance et le rapatriement, pour chaque personne).

    Bizarrement, il n’y a aucune obligation de farcir le pays de logements subventionnés, qui coûtent un maximum au contribuable. 🙂

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