Libre échange : le Pacifique en avance sur l’Atlantique !

Han shot first (crédits : Pascal, licence creative commons CC-BY 2.0). Publiée initialement sur Flickr. Licence CC-BY 2.0)

Un accord de libre échange dans la zone pacifique a été signé à Atlanta. Qu’attend la zone atlantique ?

Par Jacques Garello.

Han shot first (crédits : Pascal, licence creative commons CC-BY 2.0). Publiée initialement sur Flickr. Licence CC-BY 2.0)
Han shot first (crédits : Pascal, licence creative commons CC-BY 2.0). Publiée initialement sur Flickr. Licence CC-BY 2.0)

C’est fait depuis lundi 2 octobre : l’accord de libre échange dans la zone pacifique a été signé à Atlanta. C’est de bon augure pour la croissance mondiale. Par comparaison, la zone atlantique a du mal à trouver un accord. Tout est-il réglé pour autant ? La liberté du commerce n’élimine pas les formes plus subtiles de protectionnisme, ni les interférences politiques, ni les tentations dirigistes des partisans de l’harmonisation, notamment en matière fiscale.

Le libre échange garantit la croissance

Lorsque s’est déclarée en 2008 la crise financière, il était à craindre qu’elle entrainât une vague mondiale de protectionnisme. Le scénario aurait été le même qu’après le Jeudi noir de 1929 : les pays fermant leurs frontières, cherchant des solutions nationales, suscitant les sentiments nationalistes, puis xénophobes. La Conférence de Bretton Woods en 1945 a eu raison d’attribuer la paternité de la deuxième guerre mondiale à la surenchère protectionniste, qui a légitimé le national-socialisme et rompu l’alliance des pays libres de l’époque.

En 2008, au sein du G 20, la tentation était grande de suivre la pente souverainiste. Fort heureusement il n’en a rien été et le commerce mondial a survécu, même atteint, même accompagné de mesures protectionnistes, sous forme de normes certes dangereuses mais moins drastiques que les droits de douane et les quotas d’importation. Seul le secteur agricole demeure aujourd’hui encore en suspens mais l’affaire est récurrente et antérieure à 2008.

Peu ou prou, les flux commerciaux ont été maintenus, permettant la poursuite de la croissance et, pour beaucoup de pays, la sortie de crise ; les performances de l’Allemagne sont instructives et confirment l’étroite complémentarité entre productions du monde entier et la nécessité de marchés internationalement ouverts. Dans ces conditions, on ne peut que se réjouir de l’accord d’Atlanta.

Le Pacifique en avance sur l’Atlantique

Douze pays ont créé cette zone pacifique : États-Unis, Canada, Japon, Australie, Nouvelle Zélande, Singapour, Brunei, Malaisie, Vietnam, Mexique, Chili et Pérou. Ils n’ont guère d’autre point commun que d’être aux rives du Pacifique. Les uns sont riches, d’autres ne le sont pas ; les uns sont acquis au capitalisme, les autres, comme le Viet Nam, ne le sont pas encore tout à fait.  À cause de la spécificité de son système économique, la Chine n’est pas partie prenante. La zone est-elle construite contre elle, ou la porte lui est-elle ouverte ? Cette question hypothèque la zone à plus ou moins long terme. Toujours est-il que ces douze pays représentent aujourd’hui 40 % de l’économie mondiale. Ils ont trouvé un accord sur des points délicats où les intérêts étaient considérables et opposés : liberté pour les Américains et les Néo-zélandais de vendre leur lait partout dans la zone, liberté pour les laboratoires pharmaceutiques de concurrencer les Américains et fin des restrictions sur les exportations d’automobiles japonais. Certes, pour la plupart de ces concessions majeures, des délais de mise en œuvre sont lointains, mais le principe est accepté, ce qui n’était pas arrivé depuis le début des tractations il y a sept ans.

La zone Atlantique, on le sait, a beaucoup plus de mal à s’affirmer, l’existence de l’Europe de Bruxelles, avec ses politiques de soutien et de redistribution, y est pour beaucoup. La France ne tire pas ses partenaires vers le libre échange. L’Europe veut bien de la concurrence à l’intérieur de l’Union, mais demeure une citadelle contre le reste du monde pour beaucoup de biens et services. De plus, la gestion de l’euro est un handicap pour la loyauté de la concurrence, la dévaluation récente a eu pour objectif de doper les exportations.

Pas de libre échange sans libéralisation globale

En fait, la libre circulation des biens et services est tributaire des politiques et réglementations financières, fiscales. Les Américains jouent sur le velours tant que le billet vert, même déprécié par la dette du Trésor, demeure la monnaie mondialement acceptée : leurs prix nationaux sont au plus bas. Les autorités européennes essaient de les imiter et de les supplanter à travers la gestion de l’euro. Le marché financier mondial doit également être flexible et les placements libres. Or, l’OCDE part en guerre contre les paradis fiscaux, ce qui ne manque pas de redistribuer les investissements et les localisations entre pays. Enfin, l’obsession de l’harmonisation habite toutes les instances nationales et les accusations de dumping se multiplient : dumping fiscal certes, mais aussi dumping social (voir le niveau des salaires dans quelques pays asiatiques signataires de la zone) dumping environnemental (dont on accuse en particulier le Mexique ou la Chine). En d’autres termes, ceux qui veillent sur le commerce mondial conçoivent la concurrence comme l’alignement de tous les producteurs sur une norme unique, établie par l’organisation commune, alors que la concurrence repose sur la diversité des normes et leur évolution immanquable et spontanée vers les normes les plus satisfaisantes. Enfin, le poids des lobbies est considérable et les enjeux électoraux sont importants. À quand le vrai libre échange ?

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