Y a-t-il un mystère Hollande ?

François Hollande en 2012 (Crédits Mathieu Delmestre-Solfé Communications licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

Qui est vraiment François Hollande ?

Par Nathalie MP.

François Hollande en 2012 (Crédits Mathieu Delmestre-Solfé Communications licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.
François Hollande en 2012 (Crédits Mathieu Delmestre-Solfé Communications licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

 

Qui est François Hollande ? La question se pose. En 2012, on nous a vendu un homme cultivé et plein d’humour, n’aimant ni les riches ni le monde de la finance, dont l’ambition était de « ré-enchanter le rêve français », face à un Président sortant inculte (on se souviendra de l’histoire de La Princesse de Clèves), bling-bling et agité, ami des riches et Président du Fouquet’s, responsable de la « casse » du service public à la française et donc profondément impopulaire avec 30% d’opinions positives en janvier 2012, son plus bas score. Alors que les livraisons sondagières d’octobre accordent aujourd’hui à François Hollande une popularité pratiquement inexistante de 16% et que France 3 nous a gratifiés lundi 28 septembre dernier d’un (très) long métrage censé lever le voile sur toutes les coulisses du pouvoir présidentiel, je me jette à mon tour dans le mystère Hollande et tente une réponse. 

Je précise que contrairement aux journalistes et commentateurs dont c’est le métier de « suivre » l’Élysée, je n’ai jamais ni vu ni rencontré François Hollande. Ce que je peux en dire me vient uniquement des différents médias disponibles et de ce que je sais des résultats de sa politique.

On peut commencer notre investigation par une brève biographie. François Hollande est né en 1954 dans une famille aisée. Son père est médecin proche de l’extrême droite et sa mère assistante sociale de tendance socialiste et fan de François Mitterrand. C’est clairement de ce côté-là que ses sympathies politiques vont rapidement pencher. Depuis le lycée, où il est systématiquement délégué de classe, il a l’ambition de faire de la politique et s’offre un parcours étudiant de très bon élève. Après le bac obtenu en 1971, il entre à Sciences Po Paris où il préside le syndicat étudiant UNEF-Renouveau, proche des communistes et également des mitterrandistes, par opposition à l’UNEF-ID proche des trotskystes. Soucieux de se former à tout, il intègre HEC en deuxième année et y garde de nombreux amis qui se révèleront très utiles le jour où il faudra activer des réseaux et réunir des fonds, même s’il met rarement en avant cet épisode plutôt MEDEF de son CV. Il y préside le comité de soutien à François Mitterrand. Conséquence logique de ses projets politiques, il passe ensuite à l’ENA, dans la fameuse promotion Voltaire (1978-1980), objet de toutes ses attentions aujourd’hui, où il côtoie notamment Dominique de Villepin, Michel Sapin, Ségolène Royal et Jean-Pierre Jouyet. Il adhère au Parti socialiste en 1979.

Suite à l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République en 1981, il occupe diverses fonctions de chargé de mission et de directeur de cabinet, mais ne sera jamais ministre. Toute sa carrière va se poursuivre au sein du parti socialiste dont il est Premier secrétaire de 1997 à 2008. Il obtient un parachutage électif en Corrèze pour les élections législatives de 1981 et restera élu dans ce département, comme député puis comme président du Conseil général, jusqu’à son accession à la Présidence de la République en 2012.

Le candidat « naturel » du Parti socialiste, Dominique Strauss-Kahn, ayant fait faux bond dans les brillantes circonstances que l’on sait, François Hollande revient sur le devant de la scène des présidentiables alors que ses propres collègues du parti socialiste n’ont pas de mots assez durs pour caractériser son inaction ou sa mollesse :

Laurent Fabius en 2011 : « Franchement, vous imaginez Hollande Président de la République ? On rêve ! »

Martine Aubry en 2011 : « Arrêtez de dire qu’il travaille. François n’a jamais travaillé, il ne fout rien. »

En octobre 2011, fort d’innombrables soutiens d’horizons très divers, il remporte la primaire socialiste avec 56% des voix contre Martine Aubry qui n’en recueille que 43%. Le terrain est dégagé pour le Palais de l’Élysée auquel il accède le 6 mai 2012 avec 51,63% des voix contre le Président sortant Nicolas Sarkozy.

Depuis ce moment-là, les reportages sur l’Élysée et son hôte se succèdent dans un immuable ballet de majordomes en frac, de portes à dorures, de rideaux empesés et de tapis rouges qui alternent avec des scènes de réunions, de voyages et de discours dont on ne saisit pas vraiment ni le sens ni les enjeux. Visuellement flatteur, le faste protocolaire, systématiquement mis en avant dès qu’il est question d’Élysée, n’apporte guère d’éléments nouveaux sur la personnalité du Président et renforce au contraire l’impression que ce réel de l’État qu’on veut nous faire toucher du doigt, ce réel auquel on veut nous faire prendre notre part, est en fait un immense théâtre sans accroche avec notre monde. On peut citer en particulier le film Le Pouvoir de Patrick Rotman, sorti en salles de cinéma en mai 2013 dont voici la bande-annonce (1′ 52″) :

 

Le livre de souvenirs vengeurs de Valérie Trierweiler, ancienne compagne du chef de l’État, a apporté une coloration beaucoup plus acerbe au portrait esquissé jusque-là par les journalistes et les membres de son entourage. Dans Merci pour ce moment (septembre 2014), on découvre le profil d’un individu froid et méprisant, très loin de l’image du socialiste compatissant tout en rondeur et en synthèse que François Hollande s’est employé à construire depuis ses années étudiantes. Valérie Trierweiler rapporte dans son livre qu’il n’hésitait pas à se moquer de ses origines modestes et que, loin de ne pas aimer les riches, il appelait les pauvres les « sans-dents ». Rapprochés des montants de sa retraite, calculés par le journal Marianne en décembre 2014, ces propos sont particulièrement déplaisants.

La popularité du Président n’en a guère souffert. Il était déjà très bas dans l’estime des Français, lassés des remous permanents de sa vie privée, alors qu’il s’était annoncé exemplaire sur ce terrain pour mieux se démarquer de son concurrent lorsqu’il était en campagne, lassés du grand écart permanent entre « les paroles et les actes », tant sur le plan politique que personnel.

Mystère Hollande rené le honzecDu film de Patrick Rotman (2013) au reportage de lundi dernier, tout le mandat de François Hollande ressemble à une longue attente, celle d’un salvateur retournement cyclique de la tendance économique, qui permettra de voir le chômage refluer et lui ouvrira la porte d’un second mandat. En dépit des soixante propositions de la campagne électorale socialiste, c’était l’unique idée de François Hollande pour mener à bien son quinquennat. Entretemps, il ne s’agit que de patienter, de faire patienter les Français et de faire patienter les instances de l’Union européenne en donnant l’impression qu’il se passe quelque chose.

À ce titre, la Loi Macron, bien qu’assez peu fournie en mesures vraiment libérales, n’existe que pour convaincre Bruxelles des intentions réformatrices de la France et obtenir des délais dans l’amélioration des comptes publics. Au passage, on s’amuse d’apprendre que dans les bons mots attribués à notre spirituel Président, figure cette remarque sur l’utilisation du 49.3 : « C’est l’arme lourde des exécutifs légers. » Bien sûr, c’était avant les trois recours à cet article de la Constitution pour faire passer cette loi sans avoir à s’appuyer sur les voix de la droite.

Donner l’impression qu’il se passe quelque chose, c’est également le rôle des conseillers en communication. Le film d’Yves Jeuland diffusé lundi est très révélateur à ce sujet : Gaspard Gantzer, le conseiller presse et communication de François Hollande est de toutes les scènes et de tous les instants. Son travail est simple : il doit façonner une belle image du Président, comme un sculpteur façonne une matière inerte. Si vous pensiez que les problèmes de cette équipe de gouvernement sont avant tout des problème de com’, vous en êtes pour vos frais, car jamais la communication n’a été aussi totale autour d’un chef d’État. Dans la vidéo ci-dessous (0′ 57″), extraite du film À l’Élysée : un temps de Président, on assiste à une scène particulièrement caustique, autant pour les journalistes que pour l’Élysée : les premiers, dûment briefés par Gaspard Gantzer, se contentent de répéter à l’identique et avec beaucoup de conviction les « éléments de langage » qui leur ont été communiqués :

 

La scène ci-dessous, toujours extraite du reportage d’Yves Jeuland, est tout aussi cruelle et tend à montrer qu’à l’Élysée le temps s’écoule de rien en rien. François Hollande et Manuel Valls, tels deux cadres moyens qui reçoivent une nouvelle stagiaire dont ils n’ont ni vraiment besoin ni vraiment le temps de s’occuper, expliquent à Fleur Pellerin, fraîchement nommée au ministère de la Culture :

« Il faut des idées. Vois Jack1, il a des idées. Et Monique, bien sûr. Et va au spectacle, tous les soirs, et dis que c’est bien et que c’est beau. »

 

Au réalisateur Yves Jeuland qui cherchait à le convaincre d’accepter l’idée d’un reportage de six mois à ses côtés, François Hollande répondit par un acquiescement, en reconnaissant, non sans une certaine satisfaction, que :

« C’est vrai que je suis aussi un peu dans une coquille, une carapace et que peu de gens savent vraiment qui je suis. »

Au vu des promesses de campagnes électorales qui devaient tout changer en France, au vu des résultats économiques médiocres qui s’expriment mois après mois dans le chômage et année après année dans la hausse des dépenses publiques, de la dette et des prélèvements obligatoires, au vu des scandales qui éclaboussent régulièrement tel ministre ou tel haut fonctionnaire, au vu de ce temps qui passe sans qu’il ne se passe jamais rien de bon en dépit des affirmations constantes sur le fait que tout se déroule dans le bon sens exactement comme prévu, j’en suis à me demander s’il y a vraiment quelque chose à savoir sur François Hollande. Le mystère ne résiderait-il pas dans le fait que justement on crée du mystère pour masquer qu’il n’y a pas de mystère ?

Candidat par défaut façonné pour gagner contre un Sarkozy désavoué, Président sans idées, à part les contrats de génération qui ne fonctionnent pas et le pacte de responsabilité dont certaines dispositions sont repoussées de trois mois pour boucler le budget 2016, orateur hésitant donnant souvent une impression d’absence, partenaire négligé des discussions internationales, François Hollande semble avoir atteint un dramatique plafond de compétence. Je le vois comme un très bon élève qui a toujours su résoudre brillamment sur le papier les problèmes bien cadrés qu’on lui posait, qui a toujours su faire de belles dissertations en deux parties deux sous-parties comme on les aime à Sciences Po, prêt à argumenter dans tous les sens possibles, mais qui manque dramatiquement d’idées autres que les petits arrangements de la politique politicienne.

Interrogé au début de son quinquennat sur ses années militantes à l’UNEF et dans le comité de soutien de François Mitterrand, il a expliqué :

« Je n’étais pas communiste, pas révolutionnaire. Je cherchais une voie originale pour un socialisme possible. »

Son mandat semble montrer qu’il n’y a pas de socialisme possible, si ce n’est dans l’échec ou dans l’espoir formel d’un vent conjoncturel favorable. En attendant, les communicants de l’Élysée doivent combler le vide, et même ça, pour les Français qui ne sont plus que 16% à juger son action positivement, c’est raté.


Sur le web

  1. Jack Lang, ancien ministre de la culture de François Mitterrand, et Monique, son épouse.