Je suis un Califat, mais pas celui de Cazeneuve

Islam (Crédits : zbigphotpgraphy, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

L’État islamique est loin de représenter le Califat.

Par Asif Arif.

Islam (Crédits : zbigphotpgraphy, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.
Islam (Crédits : zbigphotpgraphy, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

Lors des questions des Sénateurs au Parlement, Bernard Cazeneuve a répondu à un député frontiste en condamnant son manque d’humanité mais également en inscrivant son discours xénophobe en dehors de la ligne républicaine. Sa réponse pleine de talents et d’enthousiasme était tout à fait brillante et je ne peux que soutenir le ministre de l’Intérieur dans la démarche de lutte contre la xénophobie.

Mais une phrase m’a toutefois interpellé, celle où il prenait pour exemple toutes ces personnes qui sont persécutées par « le Califat ». Il visait, bien évidemment, le soi-disant Califat Baghdadi en évoquant notamment les pires horreurs que celui-ci perpétrait au Moyen-Orient. Mais je voudrais appeler à une double nuance dans ses propos : la première consiste dans la nature même de sa fonction, celle de Calife. Le Calife se veut le représentant unique et fédérateur de l’ensemble de l’oumma (communauté) musulmane en appelant à obéir à une ligne directrice. Cela fut le cas jadis avec les Califes bien-guidés du Prophète de l’islam.

Or, la généralité du propos pose Baghdadi comme le seul ayant revendiqué cette fonction alors que peu de gens lui accordent la légitimité de celle-ci : pensons ainsi à la lettre des intellectuels à destination de Baghdadi qui démontre clairement que les agissements de cet individu ne se rattachent même pas à l’islam. Alors le Califat, on en est bien loin.

La deuxième consiste à opposer ce califat désormais à celui que je suis. Je crois que Hadhrat Mirza Masroor Ahmad est le Calife de l’islam aujourd’hui et le chef spirituel et administratif de la communauté musulmane ahmadiyya. Bien que cette communauté soit contestée pour son rattachement à l’islam, elle se revendique, et sa pratique ne se détache pas d’un iota de l’islam (5 piliers de l’islam, 6 piliers de la foi). Il est à noter par exemple que, pendant que les terroristes de l’État soi-disant islamique assassinent à tour de bras, les membres de la communauté musulmane ahmadiyya font des dons du sang, des dons d’organe, créent des villages entiers en Afrique, approvisionnent en eau potable les villages reculés dans plusieurs pays du monde. En somme, là où l’EI prend la vie, ce Califat la donne.

Là où l’État islamique n’a rien trouvé de plus que le symbole pour mener une guerre de communication contre l’Occident, le Califat de l’islam ahmadiyya est intervenu dans l’ensemble des grandes enceintes parlementaires (Parlement Européen, Capitole Hill, Parlement Britannique, Parlement de Nouvelle-Zélande etc) afin de critiquer les actions des gouvernants occidentaux tout en mettant également en avant les torts du monde musulman. Là où l’État islamique piétine totalement la liberté de religion des minorités religieuses, le Califat Ahmadiyya est à l’origine du Bureau pour la Liberté de Religion au Canada. C’est en effet à la demande répétée des ahmadis du Canada que le Bureau a été mis en place et son inauguration par le Premier Ministre Canadien a été présentée dans une mosquée appartenant aux musulmans ahmadis. Là où l’État islamique appelle à radicaliser la jeunesse, le Califat ahmadiyya appelle à réformer les jeunes en leur permettant de comprendre les vrais enseignements de l’islam, du Coran et la pratique du Prophète de l’islam. Il appelle constamment à la réforme personnelle, à l’augmentation de sa relation vivante avec Dieu.

Enfin, alors que l’État islamique vous demande de prendre les armes, le Califat Ahmadiyya vous demande de saisir la plume. Mais au-delà de tout, il a dit que notre plus grande arme, incontournable et que personne ne pourra s’accaparer, que tout le monde va chérir est représentée par nos prières pour la paix dans le monde.

Je suis donc ce Califat.

 

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