Peut-on contrôler l’impression 3D des armes ?

Clones civils de l'AR-15 (Image libre de droits, crédits Interchange88)

Le contrôle de l’impression 3D d’armes à feu serait au mieux complexe à mettre en oeuvre.

Par Thierry Berthier.

Commençons modestement…

1 – Un AR15 a portée de clic

Clones civils de l'AR-15 (Image libre de droits, crédits Interchange88)
Clones civils de l’AR-15 (Image libre de droits, crédits Interchange88). Armes non imprimées par impression 3D.

Pour 452 dollars et sous un délai de 24 heures, il est possible d’acquérir un AR15 fraîchement imprimé en 3D, testé et muni de sa garantie de bon fonctionnement. Bien entendu, aucun numéro de série permettant de tracer l’arme ne vient compliquer la transaction : l’AR15 n’a aucune existence officielle et passe ainsi sous tous les radars législatifs américains de contrôle des armes semi-automatiques.

La construction de l’AR15 ne nécessite pas de connaissance particulière, il suffit de suivre la recette, de posséder une imprimante 3D et de télécharger le logiciel. La valeur de la résine plastique utilisée dans l’impression de l’arme ne dépasse pas les deux dollars. Les pièces métalliques (non réglementées) du récepteur inférieur s’achètent sans aucune restriction sur Amazon.com pour environ 400 dollars. L’imprimante 3D coûte moins de 2 000 dollars. La construction et le montage de l’arme sont facilement réalisables en moins de 24 heures.

L’AR15 est le fusil semi-automatique le plus populaire aux États-Unis. Il en existerait entre 3 et 11 millions d’exemplaires en circulation en 2014. C’est aussi l’arme que l’on retrouve systématiquement sur les lieux des tueries américaines (tuerie de l’école Sandy Hook à Newtown, tuerie d’Aurora, de Portland et de Santa Monica).

Après l’AR15, voyons les choses en grand !

2 – Une manufacture d’armes semi-automatiques pour 1500 dollars

Encore plus impressionnant, le site Ghost Gunner https://ghostgunner.net/  commercialise depuis le mois d’août 2015, pour 1 500 dollars frais de port inclus, une centrale de construction d’armes automatiques et semi-automatiques.

Construit sur un projet open source professionnel, Ghost Gunner vous donne accès à un module de production d’armes semi-automatiques (AR15 et d’autres, accessibles depuis le fichier de modèles librement téléchargeable sur le site). Le système réalise l’usinage en haute précision de toutes les pièces métalliques composant l’arme sélectionnée dans la liste fournie avec la machine. La société insiste sur la qualité professionnelle des armes produites par sa centrale. Elle précise en page d’accueil que l’achat de Ghost Gunner s’effectue sans enregistrement et sans numéro de série archivé. L’acheteur est donc rassuré, sa manufacture d’armes personnelle passera encore sous le radar des autorités américaines et sous celui de l’ITAR (International Traffic in Arms Regulations).

Une vidéo de présentation de la centrale Ghost Gunner :

3 – Une unité d’impression 3D de munitions

Une fois l’arme construite, il faut penser aux munitions… Là encore, le cyberespace apporte une réponse fonctionnelle adaptée. Il est aujourd’hui possible d’imprimer en 3D ses propres munitions et de les customiser en fonction de l’usage que l’on souhaite en faire. Il existe plusieurs programmes accessibles et open source dédiés à l’impression 3D. Comme pour les armes, les munitions imprimées ne sont pas référencées et demeurent donc intraçables.

Une vidéo de test de munitions imprimées 3D :

4 – Vers un contrôle des armes et munitions imprimées ?

Autant dire que le défi est de taille… l’unique solution technique consisterait à sensibiliser et à mobiliser l’ensemble des constructeurs d’imprimantes 3D. Ces derniers pourraient alors équiper leurs machines d’un processeur  capable de reconnaître « algorithmiquement » les formes des pièces mécaniques entrant dans la composition d’une arme et de bloquer automatiquement leur impression. La fonctionnalité est réalisable pour des armes bien référencées comme l’AR15 et pour lesquelles les pièces sont très standardisées. Pour des armes plus exotiques, l’opération de reconnaissance et de blocage d’impression sera de fait beaucoup plus complexe à mettre en œuvre. De plus, il est hautement probable que des utilisateurs codeurs et bricoleurs frustrés de ne pouvoir imprimer leurs créations s’empresseront de contourner les restrictions algorithmiques installées sur les imprimantes par un hacking des protections physiques ou logicielles.

Liens

Sur le contrôle des armes imprimées en 3D :

http://www.didiy.eu/blogs/digitally-manufactured-weapons-can-they-be-controlled

Sur la manufacture portative Ghost Gunner :

https://ghostgunner.net/

Article sur les munitions imprimées en 3D :

http://www.inquisitr.com/676556/3d-printed-bullets-latest-gun-control-nightmare/

Vidéo sur les 3D printed Bullets :

https://www.youtube.com/watch?v=PVyLGQUmXcg

Vidéo sur munitions imprimées 3D :

https://www.youtube.com/user/taofledermaus?feature=watch

Sur les AR15 3D printed :

http://nypost.com/2013/12/06/3d-printer-and-452-makes-on-demand-ar-15/