Immigration (6) : les obstacles et leurs effets négatifs

Frédéric Bisson-Barrières et barbelés (CC BY 2.0)

Les terribles conséquences humanitaires et économiques dont souffrent les immigrés sont causées par les contrôles migratoires stricts.

Les terribles conséquences humanitaires et économiques dont souffrent les immigrés sont causées par les contrôles migratoires stricts mis en place par des politiciens et exécutés par des bureaucrates dans le seul but de donner une fausse apparence de sécurité.

Par Francisco Moreno

« Dans un monde dans lequel l’économie de marché gagne de plus en plus d’influence, l’importation et l’exportation de capital humain sont régies selon des critères quasiment soviétiques. » Lorenzo Bernaldo de Quiros

« J’ai fait la proposition de militariser la frontière et d’utiliser des drones, des capteurs, des caméras, des radars et autres avancées technologiques que nous avons dans ce pays afin de contrôler pleinement nos frontières. » Tom Tancredo (membre républicain du Congrès du Colorado, d’origine italienne)

« Les États ne savent ni ne peuvent réguler le commerce et l’industrie. Ils ne peuvent pas non plus le faire avec l’immigration. Par conséquent la politique de l’UE conduira à une combinaison hautement indésirable d’inefficacité et de répression. » Carlos Rodríguez Braun

« Nos agents frontaliers passent malheureusement la plupart de leur temps à chasser les migrants qui viennent au nord pour tondre nos pelouses ou s’occuper de nos bébés. » Jason L. Riley

« Tenter d’arrêter les mouvements d’êtres humains est moralement inacceptable, et une vraie stupidité d’un point de vue économique. » Philippe Legrain

« Les citoyens du pays d’accueil peuvent avec les barrières à l’immigration perdre davantage en tant que consommateurs que gagner en tant que travailleurs. » Murray Rothbard

« Nous avons besoin de meilleures politiques pour mettre fin aux morts insensées de migrants. » William Lacy Swing

Frédéric Bisson-Barrières et barbelés (CC BY 2.0)
Frédéric Bisson-Barrières et barbelés (CC BY 2.0)

 

À chaque époque de l’Histoire, une partie de l’humanité a toujours été en mouvement, parfois volontairement, d’autres fois elle fut forcée de le faire. Il n’y a aucune nation dans le monde ayant une population fixe et homogène. Avec les Lumières, nous avons fait un grand pas dans l’Histoire de la pensée en cristallisant le concept de « l’Homme » englobant tout un chacun, sans distinction de race, de sexe, de religion ni de culture. Toutefois, l’émergence de l’État-nation moderne, relativement récent d’un point de vue historique, a profondément exalté l’idée d’identité nationale, en rendant très incommodante l’idée de vivre avec des minorités et, par la suite, en traitant l’immigration avec méfiance.

Une des caractéristiques des politiques migratoires actuelles dans les pays développés est son caractère restrictif. L’immigration est considérée habituellement, en termes de sécurité, comme un problème et les gouvernements se croient obligés d’agir pour faire face à cette soi-disant menace.

Précisément au moment où la mondialisation est en train de dénationaliser l’économie mondiale, les phénomènes migratoires renationalisent l’agenda politique à travers notamment les obstacles faits aux travailleurs étrangers sur le territoire de l’État et les contrôles réalisés sur les populations locales.

Malheureusement, les États ont mis en place des procédures de plus en plus contraignantes pour contrôler l’immigration ; ses politiques sont devenus hostiles envers l’immigré. Ce sont des échecs qui traduisent en plus une certaine schizophrénie. Échecs parce qu’ils se concentrent sur la restriction arbitraire de visas, des contrôles, des expulsions du territoire et des sanctions, mais ne parviennent pas à répondre à la demande réelle de main-d’œuvre étrangère (qualifiée ou non) dans chaque pays. Par conséquent, ils ne parviennent pas à faciliter l’immigration légale nécessaire pour répondre efficacement à la demande des employeurs pour des travailleurs étrangers.

Le comportement des gouvernements en matière d’immigration est schizophrène parce que d’un côté, ils imposent des exigences légales pour obtenir un permis de résidence tout en expulsant les « illégaux », et de l’autre, ils accordent de temps à autre une « amnistie » à tous ceux qui ont réussi à entrer sans visa ou documents requis par l’administration qu’ils dirigent. Cela s’explique parce que les pays développés n’ont pas réussi à freiner l’hostilité envers les immigrés au sein de leur propre population (phénomène courant dans les sociétés cloisonnées), et en même temps ont un besoin vital de main-d’œuvre supplémentaire pour faire face à la hausse du niveau de formation des autochtones et le vieillissement de la population.

La conséquence directe de ces mesures de court terme qui cherchent à satisfaire des intérêts directs, mais reflètent une profonde anxiété, c’est moins de productivité et de spécialisation et donc une augmentation globale inférieure du revenu par habitant. En d’autres termes, avec ces barrières artificielles mises en place par les gouvernements, il est courant d’avoir une population en dessous de son potentiel optimal dans les pays à revenu élevé et trop de personnes au-dessus de cet optimal dans les pays à faible revenu.

Mais, en plus, ces politiques d’immigration restrictives ont leurs effets indésirables et inattendus. Le coût le plus important est la crise humanitaire en termes de décès suite à des tentatives de traverser des frontières, la détention, l’augmentation incontrôlée de l’arrivée de « sans papiers » , la création de filières mafieuses s’enrichissant grâce au trafic d’êtres humains tentant de s’introduire illégalement, et l’expansion d’une économie clandestine chez les immigrés « illégaux » vulnérables à l’exploitation (avec la violation conséquente des lois du travail et la fraude fiscale). Ils incitent sans le vouloir de nombreux travailleurs étrangers à s’orienter vers l’économie souterraine, encourageant donc à adopter une mentalité d’illégalité qui ne peut avoir que des conséquences fâcheuses.

Contrairement à ce qui se passe habituellement sur un marché noir qui fait toujours monter les prix des marchandises interdites, le marché noir du travail paradoxalement obéit à une logique inverse : l’immigration clandestine abaisse le prix de la main-d’œuvre. Il existe ainsi un marché invisible et véritablement effrayant d’esclaves modernes sur lequel nous avons très peu de prise. Ou alors certains immigrés sont repoussés vers le monde de la criminalité par manque de perspectives légales (de cette manière, nous assistons à la prophétie auto-réalisatrice de ceux qui sont opposés à une libéralisation plus poussée de l’immigration).

D’autre part, nous assistons à une hausse artificielle très importante de fausses demandes d’asile politique (institution ô combien humanitaire de longue et très louable tradition) qui ne sont en fait que de simples demandes à travailler librement dans le pays d’accueil, ce qui compromet la possibilité de vraiment s’occuper des demandes d’asile qui, elles, sont réelles et nécessaires. Il se répand une attitude dangereuse et malsaine de méfiance au sein de la population autochtone envers les étrangers qui sont perçus comme des gens qui n’obéissent pas aux lois au lieu d’être de potentiels travailleurs ou entrepreneurs. Sans oublier l’inefficacité classique propre à tout service dispensé par la planification, la corruption inévitable de fonctionnaires qui n’ont ni plus ni moins que le pouvoir et les outils pour décréter la légalité ou l’illégalité « humaine », et la criminalité liée au commerce parallèle de faux documents d’identité.

Toutes ces terribles conséquences humanitaires et économiques sont injustement et exclusivement mises sur le compte des immigrés, alors que les vraies causes sont les contrôles migratoires stricts mis en place par des politiciens et exécutés par des bureaucrates dans le seul but de donner une fausse apparence de sécurité. Les politiques actuelles en matière d’immigration provoquent le pire imaginable : ce sont non seulement des mesures cruelles et coûteuses, mais elles sont en plus inefficaces et contre-productives. Loin de protéger la société, elles sapent la loi et l’ordre. Cela n’a pas empêché les gouvernements des pays les plus riches de continuer à approuver des contrôles supplémentaires.

Le cas le plus symptomatique est aux États-Unis. Après l’amnistie de quelque trois millions d’immigrés clandestins menée par Ronald Reagan en 1986 (prenant à contre-pied beaucoup des coreligionnaires conservateurs de son parti), plusieurs lois furent approuvées successivement rendant de plus en plus difficile l’entrée d’immigrés sur le sol américain. À cela s’ajoutèrent quelques mesures de resserrement des contrôles frontaliers avec l’opération Gatekeeper sous l’ère Clinton. Les hommes politiques et les bureaucrates créent des mythes pour promouvoir leurs propres intérêts. La proposition 187 fut annoncée par Bill Clinton pour atteindre l’objectif d’enrayer le passage de « clandestins » par la frontière au niveau de San Diego-Tijuana, l’un des passages les plus fréquentés au monde. Pour ce faire, des centaines de kilomètres de clôture ont été érigés, de nouvelles patrouilles frontalières ont été mises en place et les moyens financiers mis à disposition ont été multipliés par deux. Cette initiative fut un échec, parce que le flux de migrants clandestins ne s’est pas arrêté ; il s’est déplacé de la zone San Diego-El Paso vers le désert et les montagnes.

Par la suite, des initiatives similaires ont abouti à la « militarisation » de la frontière américaine avec le Mexique, l’utilisation de détecteurs, de caméras vidéos, l’augmentation disproportionnée de ressources, le nombre croissant d’agents parmi les gardes-frontières, l’érection d’un mur entre les deux pays et la mise en œuvre au niveau national du programme de vérification des employés via le réseau E-Verify – introduit à l’origine par l’État d’Arizona – avec les sanctions qui en résultent pour les employeurs ou les entrepreneurs qui ne se conforment pas à la loi. Il s’agit de la série de mesures la plus drastique jamais mise en place entre deux pays physiquement séparés, qui sont censés être amis et ont signé un accord ambitieux de libre-échange (ALENA). C’est une attitude contradictoire.

Paradoxalement, de moins en moins de « sans papiers » sont arrêtés à la frontière car les routes de passage ont bougé depuis les zones urbaines vers le désert, zones plus difficiles à contrôler et plus dangereuses, de sorte que le nombre de décès a augmenté au fil des années et a favorisé l’émergence de mafias plus puissantes qui s’adonnent en toute impunité au trafic de personnes démunies et sans défense. Des faits aussi tragiques se produisent de façon répétée dans la zone qui mène du Sahara aux côtes méditerranéennes, ainsi que vers les côtes australiennes. Un cas particulièrement écœurant est la loi Bossi-Fini en Italie, adoptée du temps de Berlusconi, qui interdit subrepticement aux pêcheurs en mer d’aider les migrants (c’est-à-dire les sauver de la mort), sous peine même d’être accusés d’encourager l’immigration illégale.

Les politiques restrictives pour entrer dans l’espace Schengen empruntent le même chemin que celui pris par les États-Unis en créant une frontière extérieure commune. Cela a transformé de fait les pays limitrophes non-européens en gendarmes agissant contre ceux qui veulent accéder à Schengenland, en échange de certains accords et de compensations économiques. Des pays tiers – où les normes en matière de respect des droits de l’Homme sont nettement inférieures à ceux de l’UE – sont sous-traités à la tâche, par conséquent les abus et sévices endurés par les migrants sont encore plus importants. Ils tentent de sceller la frontière d’une manière moins extravagante qu’aux États-Unis, mais le degré de souffrance et le coût humain sont également très élevés. Le cas le plus proche et le plus parlant pour nous sont ces personnes d’origine subsaharienne au Maroc, en route vers l’Espagne.

Ainsi, on a vu se créer à la fois aux États-Unis et à la périphérie des frontières de l’Europe ce que l’on appelle ici des centres d’internement d’étrangers, aux justifications éthiques plus que douteuses puisqu’il s’agit de lieux de détention provisoire pour des clandestins se trouvant dans une situation assez précaire. Des lieux où ils sont détenus sans procès au préalable et sans savoir quand est-ce qu’on les relâchera. Cette façon abusive de procéder menée contre des étrangers, dont le seul « crime » est d’avoir tenté de traverser la frontière sans visa est aberrante. Les gouvernements cachent souvent l’existence de ces centres atroces où sont internés hommes et femmes. Lorsqu’il n’y a pas d’autre choix que d’en parler, ils tentent de se justifier en « criminalisant » tous les détenus confinés, quand la vérité est que seule une minorité d’entre eux est effectivement liée à un comportement criminel.

Comme si cela ne suffisait pas, les obstacles externes que constituent les frontières sont toujours accompagnés par des contrôles internes pour tenter de « chasser » les immigrés sans papiers qui sont déjà sur le territoire national. Les contrôles non seulement s’effectuent dans la rue, sur des places, des marchés et dans d’autres lieux publics, mais ils se réalisent aussi directement sur les lieux de travail afin de punir les entreprises qui embaucheraient des clandestins. Une fois détecté l’étranger sans papiers, il est arrêté pour ensuite procéder à son expulsion… et il retentera sa chance à nouveau clandestinement dans un cycle sans fin. Aujourd’hui, on estime que 16 millions de Mexicains, 2 millions de ressortissants du Salvador, 1,5 million du Guatemala et un autre million du Honduras travaillent aux États-Unis ; un bon tiers d’entre eux sont dans l’illégalité.

Même si ces cinq dernières années les expulsions se sont accrues massivement dans le monde selon les chiffres de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), elles n’ont pas stoppé de manière significative les flux migratoires ni les transferts d’argent aux proches des immigrés. Nous avons vu dans un précédent article comment l’existence de cinq forces irrésistibles renforceront davantage encore les flux migratoires dans le futur. Il est donc extrêmement difficile de mettre un frein à cela. La persistance d’une immigration irrégulière est l’expression la plus éloquente d’un décalage complet entre d’un côté la planification des bureaucrates des ministères et des agences publiques de l’emploi et de l’immigration, et de l’autre la propre réalité et la dynamique des processus de marché.

Tous les pays développés en Amérique, en Europe, en Océanie et en Asie ont besoin de millions d’immigrés aux qualifications faibles, moyennes ou élevées. Toutefois, au lieu de parer à ce besoin impératif, les gouvernements préfèrent poursuivre une chimère : que viennent seulement ceux choisis par les bureaucrates, selon une quantité et une qualité qu’ils jugeraient appropriées, malgré le fait qu’ils aient déjà démontré depuis leur tour d’ivoire avoir une méconnaissance totale de la logique des flux migratoires. Il est tout simplement impossible de connaître de manière centralisée le nombre d’étrangers dont aurait besoin un pays et ses entreprises dans un temps donné, comme il est impossible de planifier correctement la quantité de lait qui doit être produit ou combien de voitures doivent être fabriquées depuis un organisme central. Néanmoins, les gouvernements de pays comme le Canada, l’Australie, le Royaume-Uni ou les États-Unis continuent à persister dans l’erreur et approuvent des programmes encourageant l’entrée d’immigrés hautement qualifiés ou ayant réalisé des études supérieures (par le biais de programmes dits de travailleurs qualifiés). Le résultat ne peut être autre chose que dysfonctionnel.

Les grands architectes de ces politiques migratoires qui prétendent que seuls peuvent entrer dans les pays d’accueil des travailleurs qualifiés et non ceux moyennement ou faiblement qualifiés, argumentant que cela serait bénéfique pour l’économie nationale, démontrent qu’ils sont arrogants et qu’ils ont une mentalité antiéconomique. Certes, l’Amérique, l’Europe et l’Océanie sont de plus en plus des économies du savoir, mais cela ne signifie pas que vous pouvez vous passer complètement d’emplois peu qualifiés. Chaque hôtel exige non seulement d’avoir des cadres et des dirigeants, mais aussi des réceptionnistes, du personnel de nettoyage et des serveurs. Les hôpitaux ont besoin de médecins et d’infirmiers de plus en plus spécialisés, mais aussi de gardiens de sécurité, des cuisiniers ou des personnes en charge de la laverie. La réalité sociale est très complexe et il est futile de vouloir la planifier en excès.

Malgré les déportations de masse constantes effectuées par les forces de sécurité américaines chaque année et – dans une moindre mesure européennes –, il a été prouvé année après année que le fameux contrôle des flux migratoires est un échec complet. À l’heure actuelle, on estime qu’aux États-Unis il y a environ 12 millions d’immigrés clandestins. En Europe, on atteint presque le chiffre de 5 millions.

Les conservateurs aux États-Unis qui affirment que l’amnistie de l’IRCA (Immigration Reform and Control Act) a déjà été réalisée en 1986 et que non seulement elle n’a pas mis fin au problème de l’immigration illégale, mais que, depuis, elle l’a multipliée par quatre, abordent mal la question. Les trois millions de personnes qui ont été légalisées en 1986 avaient déjà été absorbées par le marché. Le problème avec l’IRCA et les lois successives qui ont été adoptées par la suite est que ses concepteurs ont ignoré les besoins futurs en main-d’œuvre par les employeurs qui résident aux États-Unis. Cela se confirme chaque année puisqu’on estime que près de 400 000 personnes par an entrent illégalement aux États-Unis, ce qui signifie que malgré les centaines de milliers d’expulsions tous les ans, la quantité de visas de travail octroyés par le gouvernement fédéral est très insuffisante.

Rappelons-nous des quelques politiques en matière d’immigration aux États-Unis que l’Histoire a préféré oublier. La discrimination des immigrés par pays d’origine que représentèrent les lois d’exclusion des Chinois en 1882 ou les lois d’immigration racistes de1924 qui furent totalement arbitraires et, en plus de causer des souffrances, il n’y eût aucun élément de preuve pour établir qu’un type d’immigration pour des raisons ethniques ou religieuses était meilleur qu’un autre. Ces préjugés xénophobes ont été démontés tout au long de l’Histoire ; en plus, ils sont injustifiables pour des sociétés censées être ouvertes et accueillantes.

À l’inverse, l’expérience que constitua le programme « Bracero » aux États-Unis de 1942 à 1964 fut très instructive. En raison du manque d’agriculteurs américains partis combattre durant la seconde guerre mondiale, l’administration Roosevelt (lui-même descendant d’immigrés) établit un ambitieux programme de libéralisation facilitant la mobilité professionnelle, et par lequel fut permise l’embauche d’étrangers, surtout mexicains et saisonniers en particulier, pour les besoins de l’agriculture américaine. Durant la période où fut activé ce programme, des centaines de milliers de Mexicains traversèrent la frontière en toute légalité et dans les deux directions. L’afflux massif d’immigrés dans l’illégalité – déjà un problème sérieux à l’époque – s’effondra littéralement. Ce fut une grande réussite. Seule l’opposition, des années plus tard, des syndicats pour les effets à la baisse des salaires et la concurrence sur le marché du travail que constituait cette main-d’œuvre fit que le plan fut suspendu en 1964. En conséquence de cela, le phénomène d’entrées « illégales » est réapparu tout naturellement.

Les obstacles et les contrôles n’arrêtent pas vraiment le migrant mais plutôt l’encouragent à entrer dans la clandestinité. Les flux migratoires deviennent invisibles. Les méchants ne sont pas les clandestins qui veulent travailler et cherchent un avenir meilleur pour eux-mêmes et leurs familles dans d’autres pays, mais les lois et les quotas des pays d’accueil en matière d’immigration qui sont restrictifs et qui ne répondent pas aux besoins de l’économie locale, et forcent bien des personnes à franchir les frontières en empruntant des canaux parallèles à ceux légalement établis. Cet antécédent que constitue le programme « Bracero » fournit les preuves en partie de ce qui doit se faire en matière d’immigration.

Mais c’est comme si les Républicains avaient jeté l’éponge dans la bataille des idées sur le phénomène de l’immigration. Ils refusent totalement de l’admettre et proposent plus d’obstacles, des contrôles accrus aux frontières, des sanctions plus sévères aux employeurs de clandestins et promeuvent davantage d’expulsions. Ils entravent l’entrée légale d’immigrés et croient ainsi résoudre le problème.

Seuls deux présidents républicains, Reagan et Bush, tous deux anciens gouverneurs d’États frontaliers avec le Mexique, ont osé regarder en face la réalité de l’immigration et la nécessité pour les États-Unis d’en recevoir. Ils se sont battus, chacun à leur façon, contre le courant dominant qui s’opposait à eux au sein du GOP, courant encore rétif aujourd’hui à l’idée de discuter de cela avec une certaine dose de bon sens. C’est comme s’ils renonçaient à séduire les étrangers électoralement parlant. Grossière erreur : ils seraient surpris de voir à quel point l’esprit d’entreprise et la ténacité de beaucoup d’entre eux et de leurs familles les rapprocheraient d’eux idéologiquement parlant. De leur côté les démocrates ont bonne presse chez les immigrés ; Obama avait promis une réforme ambitieuse en 2008 dont l’élaboration semble être véritablement très lente, mais la réalité c’est qu’aucun président précédemment n’avait atteint le nombre d’expulsions réalisées sous son mandat (à la fin 2013 le chiffre devait atteindre 2 millions de personnes qui ont vécu ou travaillé sur le sol américain au cours de son mandat et qui auraient pu bénéficier de cette fameuse réforme tant mise en avant si les choses avaient été beaucoup plus vite). Obama aura le triste record du mandat présidentiel au cours duquel ont eu lieu le plus d’expulsions d’étrangers ; alors qu’il était censé être un de leurs amis…

Les obstacles politiques à l’immigration sont une source de problèmes et amènent des distorsions sur le marché du travail au niveau international. Les lois sur l’immigration doivent être libéralisées. Aux États-Unis, le politicien républicain aux idées les plus claires sur le sujet est peut-être Grover Norquist, le même qui préconise depuis près de trente ans de baisser les impôts et de simplifier la fiscalité.

Comme nous le verrons ultérieurement dans un autre article, tant que la question de l’immigration sera une compétence des États-nations et que nous ne ferons pas confiance aux autorités locales plus proches des citoyens ou à des mécanismes plus proches du marché pour réguler les flux migratoires, la meilleure solution pour le moment serait que les gouvernements des pays développés fournissent bien plus de visas temporaires aux étrangers qui en feraient la demande et en auraient vraiment besoin, tout en développant des programmes pour attirer des travailleurs saisonniers ou temporaires, programmes qui donnèrent de si bons résultats dans le passé. Nous serions tous gagnants.

Cependant, il y a un manque manifeste de volonté politique afin d’intégrer vraiment les clandestins. La politique d’immigration actuelle dans les pays développés est un système qui a échoué et qui est instable.

En maintenant les restrictions actuelles, nous réalisons un effort futile tel Sisyphe dans la mythologie grecque, ou, plus précisément, comme dirait Bryan Caplan, nous tenterons de trouver une solution à la recherche d’un problème.

(À suivre)


Traduit de l’espagnol.

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