Immigration (5) : plus de harcèlements à l’encontre de la « dernière ressource »

statue-de-la-liberté (image libre de droits)

La principale ressource pour améliorer les conditions de vie est sans aucun doute l’être humain, libre, créatif, tenace et entrepreneur, qu’il soit autochtone ou immigré.

Par Francisco Moreno

« Le plus grand geste de miséricorde que peut faire une famille nombreuse envers un nouveau-né est de le tuer. » Margaret Sanger

« La société doit considérer le plasma génétique comme appartenant à la société et non pas uniquement à l’individu qui le porte. » Harry H. Laughlin

« L’heure est arrivée pour chaque pays de réclamer une politique nationale qui détermine quelle est la taille idoine de population… Ensuite viendra le moment où la communauté dans son ensemble devra prêter attention à la qualité inhérente et non au nombre de ses futurs membres. » John M. Keynes

« Il doit y avoir une relative éradication indolore avant de naître ou bien une plus douloureuse élimination d’individus après la naissance. » Garrett Hardin

« La bataille pour nourrir l’humanité est perdue. » Paul Ehrlich

« Quelques-unes des idées sur lesquelles se basent de telles politiques visant à limiter la population sont réellement indignes. » Friedrich Hayek

« Si la population n’avait pas augmenté au-delà des quatre millions de personnes qui peuplaient la Terre il y a dix mille ans, nous n’aurions probablement ni lumière électrique, ni chauffage au gaz, ni automobiles, ni pénicilline, ni n’aurions jamais voyagé vers la Lune. Les êtres humains deviennent donc la dernière ressource. » Julian L. Simon

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L’historien américain John Higham définit le nativisme dans son œuvre germinale, Stangers in the Land, comme un état mental chargé d’émotions qui se manifestent en une opposition intense contre une minorité ethnique, religieuse ou culturelle sous la prémisse de leurs connexions étrangères. Les antipathies culturelles et les jugements ethnocentriques constituent les caractéristiques les plus évidentes des nativistes.

Les nativistes et leurs craintes, bien qu’ils n’en soient généralement pas conscients, se donnent la main au sein d’une panoplie nourrie de cousins germains idéologiques d’origines très diverses : ceux opposés à l’augmentation démographique, les défenseurs de la limite à la croissance, les eugénistes, les suprémacistes, les xénophobes, les protectionnistes et ceux luttant contre la globalisation, les nationalistes exacerbés et les écologistes ou environnementalistes.

Ceux qui se sentent menacés par l’« excessif » croissance économique sont légions. Ils sont généralement partisans de la croissance zéro et de la conservation de la planète dans l’état que nous connaissons. Ils comprennent l’économie comme un processus statique de jeu à somme nulle et plutôt destructeur pour les ressources de la planète. Ils voient les humains seulement comme de simples consommateurs et non comme fournisseurs de biens et de services également. Ils sont favorables à l’intervention des gouvernements pour mieux ordonner la société.

Hayek a dénoncé dans son œuvre finale, La présomption fatale, l’idéal constructiviste de contrôle de la société en général en s’attaquant aux fondements épistémologiques de la possibilité d’un tel contrôle, en démontrant l’impossibilité de prédire les réponses aux changements dans les systèmes économiques et sociaux. Les ordres complexes de type évolutif (par exemple, le social) ne peuvent être améliorés via l’intervention humaine ou la décision préméditée en vue d’un ou de buts concrets.

Ceux qui cherchent à restreindre l’immigration, en promouvant une quelconque forme de contrôle de population, ont également des éléments idéologiques en commun avec les eugénistes, les partisans de la stérilisation forcée, la planification familiale, la promotion et le subside publique de l’avortement et du contrôle de natalité. Ce dont il s’agit, au fond, c’est une grande peur de l’augmentation « incontrôlée » de la population de la planète et la demande à l’État d’exercer une certain type de contrôle de population sur les habitants nationaux respectifs.

Comme l’a mis finement en évidence le théologien Romano Guardini, la volonté des constructivistes/humanitaristes de vouloir éliminer à tout prix la souffrance humaine grâce à des mécanismes étatiques d’ordonnancement social peut se transformer en volonté d’éliminer les hommes qui souffrent, et dont on ne peut vaincre la souffrance. Au nom du bien-être du peuple ou du bien de la communauté on peut arriver (même si pas nécessairement) au terrible slogan selon lequel « Est juste ce qui est utile à la nation » ou, en d’autres mots, « Peut vivre qui sert la nation ». Cette aberration ne se cantonne pas, bien loin de là, au nazisme ; il existe d’évidents parallélismes avec ceux qui, historiquement depuis l’État moderne, ont déclaré la guerre au faible ou au différent par rapport au standard social perçu comme souhaitable (Harry Laughlin, Margaret Sanger et d’autres planificateurs). Heureusement, une bonne partie de ces idéologies sont aujourd’hui discréditées.

Bien qu’ils ne le reconnaissent pas plus, les partisans de la restriction de l’immigration partent également de prémisses xénophobes, racistes et/ou suprémacistes, qu’ils soient blancs ou non. La très lamentable rhétorique anti-immigration est une des dernières et rares forme de racisme socialement acceptée. Certains politiciens et leurs porte-voix médiatiques s’autorisent grâce à l’immigration certaines opinions et préjugés dirigés contre un groupe dépersonnalisé sous le titre d’« immigrants » qu’ils n’oseraient jamais employer contre une race particulière. Plaider pour l’homogénéisation de la population induit, que cela plaise ou non, un sentiment de rejet de l’étranger (alien en anglais) et de la « menaçante » diversité. Implicitement, ce que l’on cherche à dire, c’est que la convivialité avec d’autres races ou cultures contaminerait l’essence autochtone.

De même, en accusant les immigrants d’exercer une pression sur l’environnement du pays d’accueil et ses ressources naturelles, on communie également avec les présupposés des alarmistes écologistes, conservationnistes et autres environnementalistes qui veulent imposer des limites à la croissance économique et démographique (et l’entrée de nouvelles personnes dans le pays). Curieusement, ils défendent une diversité biologique dans la nature au dépens du progrès économique mais rejettent en leur sein la diversité raciale et culturelle qui pourrait affecter leur quartier. Ce qui semblerait bénéfique dans l’ordre de la nature ne le serait pas dans l’ordre ou le cadre social de l’être humain.

Enfin, les restrictionnistes de l’immigration utilisent des arguments qui rappellent les protectionnistes avec leurs défense préférentielle du commerce national menacé par l’invasion de produits meilleurs marchés provenant de l’extérieur et de la maudite globalisation.

Toutes ces obtuses idéologies choquent de front avec le libéralisme et tout ce que représentent les sociétés ouvertes.

Julian Simon dénonça tout ce qui précède comme étant des notions fondamentalement erronées et qui, comme telles, devaient être combattues sur le terrain des idées. La croissance de la population n’empêche pas le développement économique, comme le prétend la théorie malthusienne, mais au contraire améliorent les standards de vie à long terme. Les ingénieurs et techniciens agronomes savent que la population mondiale est beaucoup mieux alimentée depuis les années 50. Les démographes ont noté que l’espérance de vie a triplé dans les pays riches durant les deux derniers siècles. Les écologistes eux-mêmes doivent reconnaître que la qualité de l’eau et de l’air s’est améliorée ces dernières décennies. De même que n’importe quel spécialiste en matières premières ou énergie admet que la disponibilité des ressources naturelles a augmenté, parallèlement avec la diminution des prix par rapport aux décennies ou siècles passés.

Il n’existe donc pas de corrélation statistique négative entre la croissance économique et la croissance de population. Bien au contraire : s’agissant des sociétés développées, il n’y a aucune raison de penser que ne se poursuivrait pas la tendance positive de l’amélioration de la qualité de la vie, au même rythme que croît la population, aussi bien grâce aux nouvelles naissances d’autochtones que grâce à la (bienvenue) immigration. Hayek était surpris du fait que, bien que l’élargissement du marché et l’augmentation de la population puissent être obtenues entièrement par des moyens pacifiques, il se trouvait des gens informés et sensés qui se refusent à admettre l’existence du lien entre augmentation de la population et la favorable évolution de l’ordre civilisé.

Julian Simon avait les idées très claires à ce sujet : l’immigration ne représente aucune menace pour les États-Unis mais bien une aide pour son développement. Selon ce professeur d’administration d’entreprises à l’université du Maryland, le bénéfice le plus important qui découle de l’augmentation de la population, dans des sociétés qui disposent d’institutions qui permettent la liberté économique et la protection de la propriété privée et des contrats, est l’« augmentation de la connaissance utile ». Plus il y a de gens qui grossissent les populations du monde développé, plus grand sera le progrès matériel et culturel de notre civilisation.

Il importe peu que l’aspect de la population varie selon l’augmentation de l’immigration de personnes étrangères, ce qui compte vraiment c’est que les institutions des pays d’accueil reconnaissent et protègent la liberté, offrent une sécurité juridique et que le système politico-économique permette aux personnes de vaincre les difficultés et autorise la recherche de solutions à la rareté. C’est-à-dire que ce qui est pertinent, ce n’est pas l’« identité » nationale mais la sauvegarde d’institutions constituées au sein de la société amphitryonne qui permettent un certain degré de liberté dans le développement économique, indépendamment de l’origine des personnes qui y vivent à un moment donné. C’est ce qui s’est passé aux États-Unis, au Canada, en Australie en Europe tout au long de leur histoire, malgré les réticents et angoissés nativistes et autres compagnons de route idéologiques en leur sein. Et il n’y a pas de raison pour que cela soit différent dans le futur.

La principale ressource pour améliorer les conditions de vie est sans aucun doute l’être humain, libre, créatif, tenace et entrepreneur (qu’il soit autochtone ou vienne d’autres endroits de la planète). Il tombe sous le sens, par conséquent, d’affirmer que les immigrants font également partie de l’inestimable « dernière ressource » des nations prospères à laquelle faisaient référence Julian Simon et Friedrich Hayek.

(À suivre)


Traduit de l’espagnol.

Lire aussi : (1) Scénario théorique(2) La meilleure aide au développement(3) Cinq forces irrésistibles(4) Craintes nativistes

Et aussi : Le mythe de la surpopulation

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