Immigration : le crime de la social-démocratie

Derrière le barbelé - Furcifer pardalis(CC BY-NC 2.0)

L’État-providence a transformé la méfiance naturelle de l’humain en haine radicale pour celui qui viendrait lui ôter le pain de la bouche.

Par Emmanuel Perclus

Derrière le barbelé - Furcifer pardalis(CC BY-NC 2.0)
Derrière le barbelé – Furcifer pardalis(CC BY-NC 2.0)

C’est le sujet qui traverse notre actualité depuis des mois, et depuis autant de temps, il cristallise également toute l’horreur et la bêtise du socialisme et de sa petite sœur : la social-démocratie. Ce sujet est l’immigration et l’horreur qui l’accompagne, ce sont bien entendu les vagues de racisme qui suivent celles des migrants, d’où parfois, on repêche les morts.

Cela fait quelque temps que je ne regarde plus les reportages, que je ne lis plus les articles s’y rapportant. Je trouve insupportable d’apprendre qu’on découvre 40 corps dans le camion d’un passeur européen, que la marine italienne récupère des centaines de cadavres dans « notre mer » ou que les flots charrient parfois sur les plages espagnoles des familles entières qui ne respireront plus jamais.

J’ai travaillé il y a quelques années durant plusieurs mois en Afrique et je ne cesse de me dire qu’il pourrait s’agir de l’une des personnes rencontrées là-bas, elles qui voulaient tant que leurs enfants puissent recevoir une éducation en Europe, bien conscients des limites et des problèmes de leur système scolaire, sans aborder le sujet de la kleptocratie institutionnalisée de leur gouvernement. Je frémis à l’idée d’apprendre un jour que tel ou tel ami, avec lequel j’ai partagé bières, plats de riz et anecdotes sur fond de rumba congolaise dans la chaleur moite de la brousse, est mort, échoué sur nos plages, parce qu’ici on considère que ces gens représentent un danger. Je n’irai pas jusqu’à dire que cette idée m’empêche de dormir, mais elle me donne mal au ventre et ne fait que nourrir le désaccord profond, presque la haine, qui grandit en moi pour le système « social » qui est le nôtre aujourd’hui.

La méfiance n’est pas le rejet

Soyons clair : le racisme n’est pas une question de positionnement gauche/droite en politique. La gauche, contrairement à ce qu’elle clame, a un passif extrêmement lourd à ce sujet. La xénophobie, la méfiance envers l’étranger, le rejet de l’altérité n’est ni un truc de blancs occidentaux ni une idée moderne. Athènes avait ses Barbares, les Hutus leurs Tutsis et Levi-Strauss a parfaitement expliqué dans Race et histoire que « l’humanité s’arrête aux frontières de la tribu ». Le réflexe de méfiance envers l’inconnu et l’étranger est un héritage logique de l’évolution humaine. C’est un principe de sécurité et de sauvegarde de son cercle proche et de son groupe social. Dans une histoire de l’Humanité traversée de guerres et de rapines, la méfiance devient une vertu.

Cette approche humaine, parfaitement compréhensible même pour le dernier des marxistes (ne se méfie-t-il pas des capitalistes ?), n’a jamais signifié que le IIIème Reich était pertinent au regard de ce qu’est l’Humanité ou que les réactions de certains face au drame qui se joue aujourd’hui aux marges de nos frontières sont légitimes. La méfiance n’est ni la haine, ni le rejet. Avant l’été, le quotidien français Le Monde chiffrait à un peu moins de 1800 le nombre de morts en Méditerranée. Mais depuis la fin avril, combien de plus ? On n’est peut-être pas loin des 3000, uniquement pour 2015. Depuis l’an 2000, ce sont près de 25 000 personnes qui sont mortes dans cette mer, l’équivalent d’une petite ville de chez nous disparaissant de la carte. Et sur la terre ferme, combien meurent dans des camions, le long de barbelés ou d’épuisement dans un quelconque désert ? Beaucoup trop d’êtres humains sont sacrifiés sur l’autel de… de quoi au juste ? De notre protection sociale, rien d’autre.

L’État-providence ne faillit pas à cause des immigrés

Je m’explique. La xénophobie s’estompe au contact de l’Étranger, quand celui-ci devient moins inconnu et donc moins inquiétant. Si ce phénomène n’était pas vrai, jamais le commerce au long cours n’aurait pu naître, ni les groupes sociaux de taille importante et les pogroms seraient quotidiens. Depuis la route de l’ambre ou les comptoirs marchands assyriens, les hommes ont de tout temps traversé les routes et les cultures pour commercer avec des étrangers. Ils ont dû être accueillis malgré la crainte qu’ils pouvaient engendrer. L’humain est par définition un migrant : un migrant d’Afrique pour l’Europe, un migrant d’Europe pour l’Asie, un migrant d’Asie pour l’Amérique et de nouveau un migrant d’Europe pour « le Nouveau Monde ». Ce que nous défendons comme « culture » n’est jamais qu’un mélange de ce que nous avons pris chez les autres. La philosophie chez les Grecs, le droit chez les Romains, l’algèbre et les chiffres chez les Arabes, la religion chez les Sémites. Les migrations ont constamment enrichi l’Humanité, elles ont permis le transfert d’idées et de technologies d’un bout à l’autre de la planète. Les États-Unis, continent le plus riche et le plus prospère de notre époque, s’est construit, faut-il le rappeler, sur l’immigration.

Pourtant, tout semble coincer depuis près d’un siècle. Les vagues migratoires de juifs venus de l’Est au milieu du XIXe siècle ont mené directement à l’affaire Dreyfus et au nazisme. Maurras n’est peut-être pas Hitler, mais la matrice commune de l’antisémitisme de cette époque, après l’anti-judaïsme du Moyen-Âge, était l’idée que l’ont retrouvait déjà chez Édouard Drumont et sa France Juive, de la manipulation de l’économie et donc du monde, par les juifs de la banque Rothschild. Cette obsession pour les juifs et la banque connaît aujourd’hui encore des échos tant à gauche qu’à droite dans la critique fallacieuse de la loi bancaire de 1973.

Mais aujourd’hui, ce racisme ne se limite pas aux juifs, il atteint tout le monde. Les couches populaires, les classes aisées, les descendants d’immigrés et les Européens de la vingt-cinquième génération. Pour un libéral, il témoigne surtout des erreurs gravissimes des États. Les citoyens européens ont été déresponsabilisés durant 4 ou 5 générations avec l’idée que l’État s’occuperait de tout pour eux : protection en cas de maladie, de perte d’emploi, il ferait en sorte de vous trouver un nouveau travail. L’État moderne, selon cette conception de l’organisation de la Cité, doit être stratège. Il doit relancer l’économie, investir, construire des logements sociaux, être créancier et débiteur, responsable de tout et donc de rien. Ce phénomène ne fait que s’accélérer depuis la fin de la seconde guerre mondiale ; voilà près d’un siècle que les États promettent de régler tous vos problèmes alors que tout ne fait qu’empirer.

Or, que voit-on aujourd’hui, que cela soit au travers du racisme anti-juif ou anti-blanc des banlieues françaises ou le racisme anti-immigration des autres couches de la population ? Toujours le même type d’arguments : l’Autre est un profiteur qui peut potentiellement contrôler nos vies. La faillite de l’État dans les missions qu’il s’était accordées, à l’encontre du bon sens philosophique libéral, a frustré des générations entières d’Européens qui aujourd’hui voient dans l’étranger, qu’il soit juif, européen de souche, musulman ou immigré, la raison de ses échecs, la raison de la faillite de l’État social. Si l’Européen moyen échoue à sortir de sa cité ou à recevoir autant de protection qu’il le juge nécessaire, c’est forcément parce que quelqu’un d’autre a pris sa place ou son argent.

oscar vautherin-auto-marginacion
oscar vautherin-auto-marginacion (CC BY-NC-ND 2.0)

Mais l’État social ne faillit pas à cause des juifs, des fils et petits-fils d’immigrés ou des quelques milliers de personnes fuyant les guerres, provoquées au demeurant par les Européens, l’État social faillit parce que c’est sa nature profonde. Il est inefficace, il est cher, il est frustrant pour les individus épris de liberté et ne supportant pas d’être sous le contrôle permanent de leurs dirigeants, mais de surcroît, il est maintenant frustrant pour les citoyens aux marges de la société que l’État moderne a créées, ou auxquelles ils ont peur de se retrouver. Des décennies de lavage de cerveau ont produit un effet catastrophique : au lieu de se retourner contre l’État oppresseur, ces mêmes citoyens se retournent aujourd’hui contre les immigrés.

La social-démocratie transforme la méfiance nécessaire en haine radicale

L’État social-démocrate a insinué au plus profond de la plupart d’entre nous que lui seul pouvait nous protéger des aléas de la vie, et quand il échoue comme c’est manifestement le cas actuellement, c’est forcément de la faute des autres : des riches, des capitalistes, des juifs ou des immigrés. Les riches peuvent s’enfuir dans une région moins liberticide. Les immigrés arrivent chez nous espérant un avenir meilleur. Mais l’État social a transformé la méfiance naturelle de l’humain en haine radicale pour celui qui viendrait lui ôter le pain de la bouche. Les quelques journalistes ayant investigué chez les migrants de Calais l’ont pourtant prouvé  : ils ne sont pas « la misère du monde » comme le clament la gauche misérabiliste et la droite nationaliste. Ce sont des travailleurs potentiels. Il s’agit en général d’hommes et de femmes jeunes, en bonne santé, souvent diplômés, qui cherchent à s’installer en Allemagne, en Angleterre ou dans les pays scandinaves, là où les possibilités de trouver un travail sont plus élevées que sous nos latitudes.

On ne peut pas accueillir toute la misère du monde ? Mais quel est le vrai problème en fait ? Qu’ils aient accès à la caisse commune à laquelle ils n’ont pas participé. C’est bien la social-démocratie et la mentalité social-démocrate qui sont présentement responsables de ces morts. Les étatistes devraient tous les avoir sur la conscience. Ils sont responsables des millions de morts de la guerre de 14-18, des millions de morts de 39-45, ils sont responsables des camps de la mort, des goulags, de la Révolution Culturelle, de la Révolution Islamique, ils sont responsables pour les Colonels Grecs et pour la faillite du même État quarante ans plus tard. Les étatistes, de gauche, de droite, démocrates ou non, gentils ou méchants, sont tous, collectivement, responsables pour avoir partagé l’idée que les États et les élus providentiels allaient résoudre les problèmes des gens alors qu’ils ne font que les créer et les empiler. On reproche aux migrants de percevoir des allocations alors que dans le même temps, on leur refuse un visa de travail, la reconnaissance de leurs diplômes et on crée un salaire minimum qui rend inemployables une grande partie d’entre eux, quand on ne les place pas en prison ; du pur délire démagogue au nom de notre supposée protection sociale. La question du salaire minimum comme lutte anti-immigration n’a pas encore été soulevée par la presse francophone, mais les journalistes anglophones l’ont très bien compris, comme l’expliquent ces différents articles tirés de The Economist, du New-York Post ou du magasine libertarien Reason.

Aujourd’hui, tant ceux qui crient leur haine des immigrés en se réjouissant de leur mort que ceux qui, la bouche en cœur, voudraient « plus de solidarité », sont responsables de ces milliers de morts pour leur foi en l’État, nouvelle religion séculaire à la mode.

Tant que l’on voudra un État social, ce qui implique des frontières et un contrôle strict des passagers clandestins (que leur impact sur l’équilibre des comptes soit fantasmé ou non, les quelques millions d’euros dont ils pourraient éventuellement bénéficier sont dérisoires au regard de la richesse produite en Europe), ces pauvres gens pourront bien mourir par milliers. C’est le prix à payer pour la Sécurité sociale.


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