Drame à l’Élysée : Hollande se transforme en Sarkozy !

Nicolas Sarkozy à Londres (Crédits Downing Street, licence Creative Commons)

Après la lepénisation de la droite, voilà venir le temps de la sarkozisation du PS.

Par Serge Federbusch.

Nicolas Sarkozy à Londres (Crédits Downing Street, licence Creative Commons)
Nicolas Sarkozy à Londres (Crédits Downing Street, licence Creative Commons)

«Tu ne le reverras plus ! » C’est en ces termes peu amènes que, souvenons nous, Hollande avait ironisé en s’adressant à un garçonnet qui l’interrogeait sur le devenir de son prédécesseur lors d’une visite au salon de l’agriculture.

Mais les temps changent et Hollande n’a pas la chance de ce jeune citoyen : il doit voir constamment Sarkozy le harceler dans ses cauchemars. Lancé dans une tentative désespérée pour reconquérir les quelques points de popularité qui pourraient lui éviter une pulvérisation politique humiliante, Hollande touche le fond : il en vient même à dire qu’il a eu tort de détricoter le projet de TVA sociale. Après la lepénisation de la droite, voilà venir le temps de la sarkozisation assumée du PS. Ce qu’il ne faut pas faire pour changer d’image !

La névrose quasi obsessionnelle qui conduit Hollande à se comparer constamment à l’autre se fixe pour l’heure sur des détails fiscaux. Ce sujet n’était pourtant pas essentiel. Hollande a préféré cibler les hauts revenus qui votent moins pour lui plutôt que de répartir par la TVA les prélèvements sur l’ensemble de la population. Mais tous deux étaient partisans d’une hausse des impôts. Pour ce qui est de la baisse des dépenses publiques, l’analyse froide des chiffres montre que, l’un comme l’autre, n’ont guère enrayé leur progression et ce à un rythme à peu près identique. En 2009, deux ans après l’élection de Sarkozy, les charges nettes du budget de l’État s’élevaient à 292 milliards d’euros. En 2014, deux ans après celle de Hollande, elles s’élevaient à 309 milliards.

Sur la question majeure de l’euro, ils étaient également d’accord et le sont toujours. Dans son entretien avec une journaliste du Monde qui tente de le faire passer pour un néophyte plus que pour un cynique, Hollande vend le morceau : « J’ai accepté le traité pour situer la France au coeur de l’Europe et non en marge… Qu’est-ce qu’un affrontement (avec Merkel) aurait changé ? Je n’aurais obtenu aucun gain sur le plan budgétaire, j’aurais créé une déstabilisation dans la zone euro, j’aurais suscité une marginalisation de la France. »

C’est bien ici que le bât blesse de la même manière les dos de Hollande et Sarkozy : l’incapacité à assumer une stratégie de rupture avec le fonctionnement actuel de l’euro. La monnaie unique permet certes de pouvoir endetter l’État à bon compte. Mais elle entrave les efforts de redressement en les rendant plus douloureux dans un contexte persistant de surévaluation du taux de change.

Bref, Hollande veut continuer à faire de Sarkozy son meilleur ennemi, espérant que leurs images respectives se brouillent à force de se superposer. Ce n’est certes pas la clarté que nos temps incertains requièrent. L’enfumage continue.

Sur le web