Cigarette électronique : l’écran de fumée a assez duré

Une étude britannique estime que la cigarette électronique serait 95% moins nocive pour la santé que le tabac et préconise leur prescription en tant que produit substitut.

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e-cigarette (Crédits : www.vaping360.com via Flickr(CC BY 2.0)

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Cigarette électronique : l’écran de fumée a assez duré

Publié le 22 août 2015
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Par Kévin Mailly

e-cigarette (Crédits : TBECvia Flickr ((CC BY 2.0) ) Review (CC BY 2.0)
e-cigarette (Crédits : TBECvia Flickr ((CC BY 2.0) ) Review (CC BY 2.0)

 

L’institut Public Health England (PHE), agence du ministère de la Santé britannique composé d’experts indépendants, a rendu mercredi 19 août son rapport sur l’usage de la cigarette électronique. L’étude du PHE a pour but d’orienter les décisions en matière de politique publique et le moins que l’on puisse dire est que ses conclusions prennent le contrepied de la position du gouvernement français sur le sujet. Si la ligne soutenue par Marisol Touraine vise à plus de règlementations et d’interdictions, la cigarette électronique pourrait bien faire partie des produits recommandés au Royaume-Uni pour aider les fumeurs à se débarrasser de leur dangereuse habitude.

Le respect de la déontologie scientifique

Si les études en France se montrent la plupart du temps alarmistes et si leurs auteurs « oublient » de publier leur méthodologie le temps de maximiser le temps d’antenne qui leur sera consacré, il faut avouer que le rapport du PHE est très complet et consultable en même temps que le communiqué de presse, et non plusieurs semaines après. Le PHE fait d’ailleurs mention de certaines de ces erreurs1, en rappelant que les résultats obtenus ne peuvent être reproduits dans les conditions d’utilisation normale des produits2.

L’originalité de l’étude tient également au fait que le PHE tient pour un de ses objectifs la réduction des inégalités en termes de santé. L’angle a donc ceci de particulier qu’il abordera les façons dont la cigarette électronique peut être utilisée par les personnes défavorisées ou en marge de la société (notamment celles incarcérées) pour réduire leur dépendance à la cigarette, dont la prévalence est plus élevée que chez d’autres catégories sociales de la population. Le plus intéressant restant les conclusions générales, mais ce focus a au moins le mérite d’exister désormais.

Aucune preuve ne relie cigarette électronique et porte d’entrée vers le tabac

Le principal argument des tenants de l’interdiction de la cigarette électronique ou du moins de la restriction de son usage, tient au fait que le geste similaire à l’action de fumer conduirait vers le tabagisme. Au-delà de la faiblesse de l’argument qui reviendrait à interdire à Evian de vendre son eau minérale car le geste d’en boire pourrait mener à l’alcoolisme d’une façon ou d’une autre, cette assertion ne repose sur aucune preuve. À juste titre, puisqu’aucune étude n’avait mis en lumière un possible lien. Le PHE dans son étude3 conclut que parmi le nombre d’utilisateurs de cigarette électronique, 0,2% sont des personnes n’ayant jamais fumé. Chez les jeunes, l’usage de la e-cigarette en général est inférieur à l’usage des adultes, et 0,3% des jeunes n’ayant jamais fumé utilisent leur cigarette électronique au moins une fois par mois. Ce résultat permet raisonnablement de douter de la pertinence de l’argument des opposants à la vape.

Sur la question du vapotage passif, les résultats sont également sans appel. Se basant sur les rapports de précédentes études, le PHE apporte des éléments supplémentaires. Ainsi, si Long et al. (2014) conclut que les exhalations de cigarette électronique contiennent 8 fois moins de nicotine que les exhalations de cigarettes, le PHE précise que 85% de la fumée provient du side-stream smoke, c’est-à-dire du bout incandescent de la cigarette, sans que le fumeur n’en exhale la fumée4. Or, lorsque le vapoteur ne « tire » pas, aucune fumée ni vapeur n’est produite par la cigarette électronique. En plus de ne contenir que de faibles niveaux de nicotine, la vapeur présente en moins grande quantité dans l’air ambiant d’une pièce ne présente aucun risque identifié pour le vapoteur passif. Le rapport de l’OMS en 2014 qui préconisait l’interdiction de la vape dans les lieux publics et plus généralement la lutte contre la cigarette électronique comme bataille dans la guerre contre le tabagisme prend un coup dans l’aile. En empêchant l’essor de la e-cigarette, l’OMS empêcherait également ceux qui pourrait sauter le pas de le faire. Le résultat serait inverse à celui recherché, mais la volonté de contrôle semble préexister à l’honnêteté intellectuelle, puisqu’il existe plus de promesses que de menaces à favoriser l’usage d’un substitut en tout point moins nocif.

Pas de fumée sans feu

Le rapport de la PHE n’est pas une ode à l’usage à tout crin de la cigarette électronique, loin de là. Le professeur Kevin Fenton, directeur santé et bien-être au PHE rappelle l’évidence : « Le tabagisme reste le tueur numéro 1 en Angleterre et la meilleure chose que puisse faire un fumeur est de s’arrêter, complètement, maintenant et à jamais ».

Reste que cette étude a le mérite de mettre au point un certain nombre d’évidences méconnues du grand public. 44,8% des britanniques ne réalisent pas que la e-cigarette est moins dangereuse que la cigarette. Il reste donc encore un énorme travail de communication à mener pour que le public soit informé au mieux. Continuer de tirer la sonnette d’alarme sur les dangers de la vape alors que sa nocivité est de 95% inférieure à celle de la cigarette5 a pour conséquence de détourner les vapoteurs potentiels d’une alternative moins dangereuse pour les laisser sur une voie qu’il serait préférable d’abandonner. La tendance de l’opinion en Grande-Bretagne prend malheureusement un chemin contraire à celui que l’on pourrait espérer. La part de personnes estimant que la e-cigarette est autant ou plus dangereuse que le tabac est ainsi passé de 8,1% en 2013 à 22,1% en 2015, ce qui est franchement inquiétant sur l’état de l’information apportée au public.

Si le PHE recommande la mise en place de politiques publiques que l’on peut qualifier de bon sens6, la National Health Service (NHS) et son département Stop Smoking Service pourra quant à elle conseiller les néo-utilisateurs de cigarette électronique qui ont pour but de réduire ou stopper leur consommation de tabac. Pour Ann McNeill, professeur au King’s College London et auteur du rapport : « Les fumeurs devraient essayer de vapoter, et les vapoteurs devraient essayer d’arrêter complètement ». Pour cela, il faut d’abord dissiper l’écran de fumée qui sépare l’opinion publique des informations pertinentes.

  1. Chapitre 10, p.76.
  2. Les études en question sont réexaminées par le PHE et « debunkées ». Y est rapporté, entre autres, le phénomène du dry puff ou dry hit, fréquemment passé à la trappe.
  3. Chapitre 4, p. 26.
  4. Chapitre 9, p.64.
  5. Chapitre 10, p.80.
  6. Par exemple, des normes pour les bouchons des bouteilles de e-liquides afin d’éviter que les enfants ne puissent en ingérer le contenu, même si le marché a depuis belle lurette pris les devants en la matière.
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  • Très bonne analyse des anglais.
    Mais dans les commentaires, pourquoi s’acharner sur la diminution de la nicotine qui n’est pas du tout un produit nocif. En fumant, c’est la nicotine qui nous calme et nous détresse mais aussi c’est la même substance qui peut nous tenir éveillés. Il n’y a pas pou très peu de conséquences nocives pour l’homme avec la nicotine.
    Par contre ce sont les goudron de la fumée de cigarettes qui sont extrêmement dangereux et qui provoquent les cancers du poumon et la mort d’une grande partie des fumeurs. C’est sans compter les bronchites et autres maladies des poumons et du coeur qui sont dues aux goudrons de la fumée de cigarette.
    C’est pourquoi il ne faut pas supprimer la nicotine dans les produits à utiliser pour les cigarettes électroniques.
    Marsol Touraine, mais elle est nulle et il faut juste se réjouis qu’elle ne soit plus ministre de la santé après les élections prochaines à la présidence qui devraient occire les socialistes du pouvoir.

    • Oui, c’est un bon article.

      L’étude de l’OMS date de 2014 sur des études forcément antérieures: donc oui, le « vapotage passif » n’a quasi aucune conséquence par rapport au tabagisme passif. Mais les études ne le montraient sans doute pas encore.

      La dose de nicotine dépend évidemment du produit et de la consommation du « vapoteur ». Dire que la pure nicotine ne semble provoquer ni cancer ni dommage cardio-vasculaire est probable (mais difficile à prouver, vu la fréquence de ces maladies dont l’origine est multifactorielle).

      Il faut cependant remarquer que la nicotine du tabac semble bien être la substance addictive: d’un point de vue neuropsychiatrique, toute addiction ( = « dépendance ») peut être considéré comme un « trouble ».

      Mais enfin, il est vrai que la e-cigarette est un bon allié utilisé avec des résultats assez favorables (sans être miraculeux), par des tabacologues qui aident des fumeurs décidés, à arrêter de fumer.

      • Hum je dirais que c’est presque miraculeux au contraire, j’ai vu des gros fumeurs incapable d’arrêter pendant des années qui sont passés sans douleur au vapotage.

        • Je parlais des pourcentages (à ma connaissance, entre 40 et 50%, mais c’est bien plus que les autres méthodes qui n’atteignent pas 20 à 30 %): là aussi, il faut du temps: les rechutes sont très fréquentes!

          • Bien possible mais personnellement je n’ai pas assisté a des rechutes, diminuer le coût de fumer de 90% c’est un bon argument 😉

          • Je fais partie des gros fumeurs qui ont arrêté nets après avoir tout essayé, Miracle !

            Dans ceux qui ont abandonné dans le voisinage, la première raison, c’était la mauvaise gestion du matériel : panne pour cause de manque de e-liquide, atomiseur, recharge batterie et retour à la cigarette où il suffit d’ouvrir le paquet.

            Le matériel est une contrainte pour la e-cigarette. Les petits fumeurs semblent moins motivés que les gros pour gérer tout ça.

  • Les français sont pathétiques : le principe de précaution, le réchaufement mondial et maintenant la cigarette électronique.
    Pour rappel la cigarette tue 20 fois plus que la route (73.000 et 3.500) résultat : on emberde les utilisateurs de la cigarette electronique et on rackette les conducteurs.

  • Marisol Touraine n’y est pour rien. C’est Bercy qui a une trouille bleue que le nombre de fumeurs/contribuables baisse trop vite.

  • Il me semble que ce produit soit en chute libre, du fait de le charger, d’oublier la dosette, se le faire voler.(des prétextes ??!! sûrement)..on voit de nombreux utilisateurs revenir à la cigarette.
    Dans de nombreux pays d’Europe, ce système a totalement disparu, dans d’autre utilisé par une infime minorité.

    • Mirifique bullshit : « 31 % des utilisateurs d’e-cigarette sont devenus fumeurs de tabac »

      Et ils n’auraient évidemment jamais commencé sans la cigarette électronique… quel bullshit !

      • ce que dit l’article c’est que l’e cigarette augmente les chances de fumer du tabac.

        • C’est faux.
          Ce que dit cette étude, c’est que certains ados qui expérimentent l’ecig expérimentent aussi la clope.
          C’est tout. Aucun lien de cause à effet n’est démontré.

  • Fumeur ou vapoteur je m’en fous. Tant que cela reste interdit dans les lieus publics car ca chlingue l’un comme l’autre et je n’ai pas envie d’en respirer en permanence, c’est très désagréable. Le problème c’est que les fumeurs ou vapoteurs ne respectent pas ces consignes pourtant simples. Il suffit de les voir dans les transports en commun incapable de tenir 30 minutes sans fumer/vapoter et après ils nous disent que ce n’est pas une addiction. Certains ont déjà la clope au bec prêt à l’allumer en sortant du train. On dirait des drogués au CRACK et non c’est juste la nicotine.

    • Moi aussi, je prefere sentir les merdes de chiens, la pisse etc, c’est tellement plus naturel 😀
      (Ex gros fumeur passé sur E-clop)

    • Si l’on pouvait interdire les déos et parfums de merde dans les lieux publics ça m’arrangerait aussi. Et puis les portables, c’est insupportable de voir ces accros rivés dessus. Et puis les gens qui parlent au téléphone, les rires trop bruyants, les enfants qui jouent l’été dans les parcs, les bébés dans les magasins, les fringues moches, oh et puis merde, on devrait interdire les lieux publics !!! 😉

  • « Une étude britannique estime que la cigarette électronique serait 95% moins nocive pour la santé que le tabac »

    Ce qui signifie que la cigarette électronique est 5% aussi nocive que le tabac, ce qui vous en conviendrez est déjà énorme !

    En plus, avec une cigarette électronique on a vachement moins de swag qu’avec une vraie cigarette.

  • Gros fumeur de tabac ( 10 paquets par semaines ) mais également de cannabis (25g par semaine) depuis plus de 20 ans, j’ai totalement arrêté en passant à l’e-cigarette.
    Ma consommation est maintenant de 15ml d’e-produit par semaine. Le budget alloué à ma dépendance nicotinique est passé de plus de 600€ par mois à 20€.

    Pour rappel les publicités de mon époque tolérées par l’état autour des stades et sur les voitures de formule 1. Devient un homme mon fils fume comme le célèbre cow-boy de Marlbaré.
    Mon espérance de vie était de 5 à 10ans maintenant j’ai espoir de voir naitre et connaitre mes petits-enfants.

    L’effet a été immédiat plus de saignements dans les selles, plus de quintes de toux,plus de mouchoirs marrons de goudrons. J’aime à nouveau les fruits et je sens les odeurs.

    De surcroit je suis devenu un bon citoyen (encore que je fais sérieusement baisser les recettes de l’état comme des terroristes) et ne risque plus la prison.

    Pas de prosélytisme dans mes propos mieux vaut rien à l’e-cigarette. Pourtant concernant le principe de précaution, je fais le choix de l’audace et vais donc me le carrer d’ou je ne saigne plus. Nos politiques feraient bien d’en faire autant sur nombres de sujets abordés dans contrepoint.

    Ps: De bonne éducation, je ne vous vapote point dans le nez urbi et orbi

  • Enfin un bon article. Ce qui me fait rire c’est les gens qui vont pomper des chiffres sur des sites à la mort moi le noeud comme doctissimo pour faire croire que X% de vapoteurs passent à la clope. Un vapoteur, un vrai… NE PASSERA jamais à la clope ! Faut vraiment avoir l’esprit à l’envers pour penser cela…. et comme le dit quelqu’un, une personne qui vapote peut passer à la clope… mais pas un vapoteur…

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