Attention au fumier si vous passez vos vacances en France !

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Attention au fumier si vous passez vos vacances en France !

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 2 août 2015
- A +

Par Damien Theillier

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« Passez-vous vos vacances en France ? »

Le quotidien britannique Daily Mail posait cette question à ses lecteurs. Le journaliste commence son article par une accroche savoureuse :

« Still thinking of heading to France for your holiday ? Horrendous traffic jams, run the gauntlet of migrants, road blockades, wildfire at campsites… and now farmers are spraying manure over cars ! »
(Traduction : « Pensez-vous toujours à prendre vos vacances en France ? Bouchons routiers horrifiques, invasion de clandestins, routes bloquées, incendies de campings… et maintenant les éleveurs aspergent les voitures de fumier  ! »)

L’apocalypse vacancière en quelque sorte.

On pourrait passer en revue tous les défauts que nos amis « rosbifs » nous prêtent. Mais aujourd’hui, concentrons-nous sur les premiers à être sortis de la torpeur de l’été français, à savoir les éleveurs. Oui, ils se plaignent depuis plusieurs semaines du prix d’achat de leurs marchandises… ce qui n’est pas tout à fait faux.

Prenez le cours du lait qui s’est effondré depuis le début de l’année. Aujourd’hui, un litre de lait se vend 27 centimes d’euros alors qu’il coûte 40 à 50 centimes à produire. Cela pose évidemment un problème. À qui la faute ? Voilà le jeu favori de ces derniers jours.

Qui est coupable ?

  • La grande distribution et ses féroces négociations ?
  • Le consommateur qui cherche le prix le moins cher ?
  • Les intermédiaires « qui s’en mettent plein les fouilles » ?

Tout le monde y est passé… sans solution.

Alors, puisqu’il n’y a pas de solution dans le présent, allons la chercher dans le passé.

Benoît Malbranque a résumé la question des prix rémunérateurs pour l’agriculture par les physiocrates (cliquez ici pour y accéder). Par bien des égards, les physiocrates ont fait erreur. Par exemple, prenez la production. Pour eux, seule l’agriculture était productive ; la valeur ajoutée par les artisans ou les marchands ne comptait pas. Mais sur d’autres questions, leurs leçons sont toujours bonnes à entendre.

Soyons concrets.

Pour un physiocrate, quel serait le bon prix d’un litre de lait ?

Pour Quesnay, chef de file des physiocrates, le bon prix d’un litre de lait est « le prix capable de procurer un gain suffisant pour exciter à entretenir ou à augmenter la production ».

Bien. Et que propose Quesnay pour offrir un tel prix ? Rogner sur les marges des distributeurs ? Interdire le lait étranger ? Culpabiliser le consommateur de souhaiter finir ses fins de mois avec un compte bancaire créditeur ? Aucune de ces propositions.

La cause taboue du malheur des agriculteurs

Quesnay considère que la pression fiscale trop forte est la cause du manque de rentabilité des agriculteurs, pression qui devient criante lorsque les cours des matières premières s’effondrent. Dès lors, il est nécessaire de réduire la pression fiscale. Quelle taxe ? Les physiocrates avaient une dent contre l’impôt sur les denrées, aujourd’hui appelé TVA. Celle-ci augmente artificiellement le prix de vente – et réduit par conséquent la quantité achetée par le consommateur, qui a un porte-monnaie
limité.

Mais l’imposition n’est pas la seule coupable. Après tout, nous avons entendu que l’agriculture étrangère serait une menace pour notre agriculture. Le lait allemand, par exemple. Que nenni répondent en chœur les physiocrates. Au contraire. La liberté de commerce du grain fut un des grands combats portés par les physiocrates au 18ème siècle. Mais il incombe à l’État de ne pas créer d’inégalités de traitement dans le commerce par fait du prince, ou favoritisme. C’est un autre problème que nous connaissons.

Les grandes surfaces favorisées… par la protection des petits commerçants !

La grande distribution bénéficie aujourd’hui d’une protection contre la concurrence avec la loi sur les surfaces commerciales visant à protéger les petits commerçants, parait-il. Les producteurs n’ont plus la possibilité de faire jouer la concurrence entre les distributeurs. La situation de statu quo bénéficie mécaniquement à la grande distribution.

Mirabeau l’énonçait simplement : « Protégez, appuyez, assurez, favorisez en tout et partout les marchands ». C’était il y a trois siècles.

Aujourd’hui, l’éleveur peine toujours pour les mêmes causes. Il demande davantage de protectionnisme, plus de subventions. Cela ne fera qu’aggraver la situation. Plus l’État protège un secteur, plus il l’asphyxie dans la pratique.

Les éleveurs français ne sont pas les premiers à être passés par cette étape douloureuse. La Terre du Milieu (Nouvelle-Zélande) est sortie de l’élevage subventionné dans les années 1980. L’élevage néo-zélandais est redevenu rentable.

Voir les commentaires (14)

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  • les éleveurs demandent plus de subventions…..ils demandent surtout à vivre de leur travail ;

  • Le coût de production d’un kg de lait va de 25 à 30 cts, ça dépend bien sûr de chacun. 40 cts, c’etait le prix de vente. C’etait d’ailleurs un prix rémunérateur.

  • faudrait savoir ce que vous voulez , un bout de viande tous les jours ou 1 fois par mois sur la table des pauvres ?
    selon votre choix il y aura des subventions et donc plus de pauvres ou moins d’agriculteurs ….on a compris , un politique français aime les pauvres et les agriculteurs pour les élections et comme il y a plus de pauvres que d’agriculteurs on optera pour les subventions …

  • Encore un exemple de ce à quoi mène une économie dirigiste.

  • Cette année a aussi été marquée par le blocus de la Russie, décision politique si il en est. Et ça, ça échappe à la gestion normale d’un agriculteur! Trouver rapidement d’autres débouchés n’est pas facile ni rapide! Et il faut brader les prix pour parvenir à vendre vite! Pour ses affaires, le gouvernement multiplie les efforts pour « ses Mistral », bien plus que pour des produits agricoles!

    « C’est l’état qui payera pour les Mistral »! Combien?

    À part cela, il y a d’autres pays où le lait n’atteint pas 27 cents et où ça se discute! Le gouvernement français n’a pas été « pro-actif »! Un coup de main du commerce extérieur n’aurait pas été inutile!

    • L’apport du marché russe à l’agriculture française est limité, quant aux autres débouchés ils ne manquent pas, le Moyen-Orient et l’Inde sont particulièrement prometteurs. Mais la France est trop fermée sur elle-même, nous avons trop peu d’entreprises exportatrices donc il nous est plus difficile de nous adapter. On peut pas laisser un dirigeant mafieuse et autoritaire telle que Poutine faire ce qu’il veut en Europe au mépris du droit international, point.

      • Je ne prends pas parti pour ou contre le blocus: ça, c’est de la géo-politique: en ce domaine, je suis sûr de ne pas posséder les informations nécessaires et je me déclare donc incompétent. Et la géo-poltique est suffisamment cynique pour qu’un V.Poutine y soit écouté!

        Mais, les agriculteurs ne sont pour rien dans le blocus! Donc si cet « événement » ne compte pas ou peu,, tant mieux. Si je ne m’abuse, j’ai bien entendu S.Le Foll proposer un prix de 0,34 € le litre de lait payé au producteur, ce qui est très bien payé!

        Oui, la France s’est refermée sur elle-même, volontairement, depuis la marinière (impayable pour l’Armor-Lux de la photo!) d’A.de Montebourg jusqu’aux fruits cueillis actuellement. Il faut dire la vérité: si on veut acheter « Français », par patriotisme, on achètera la même qualité mais plus cher! Ça ne marchera jamais longtemps et seulement pour ceux qui peuvent se le permettre! L’alternative raisonnable est la réforme, évidemment! Mais ça, vous le savez bien, comme vous savez qu’elle n’est pas au programme! C’est exposé de façon cristalline dans ce lien:

        http://www.lepoint.fr/monde/reformes-ces-anglais-qui-ont-tout-compris-28-07-2015-1952913_24.php

  • La réglementation sur les petits commercants empêcherait les éleveurs de faire marcher le jeux de la concurrence, ben voyons.

    • Ce n’est pas aussi incroyable que vous le prétendez. Les centres commerciaux ne sont plus en concurrence, tant la collusion est forte dans le milieu. Pour preuve, les centrales d’achat se regroupent: Auchan et Système U, ou Intermarché et Casino. De là, les éleveurs font face à de puissantes machines monolithiques – et se retrouvent dépourvu de la capacité de négocier.

      • +1
        On avait la même chose dans les télécoms avant l’arrivée de Free. Si la réglementation ferme le marché à d’autres opérateurs, que ce soit dans les télécoms ou la distribution, il y a une collusion entre les opérateurs existants qui se partage le marché protégé car ces tenants du marché non-concurrentiel et bien payé empêchent les nouveaux entrants qui voudraient profiter du gâteau. Cette collusion se fait sur le dos des fournisseurs et/ou des clients.

  • La Coupe Est Pleine
    3 août 2015 at 17 h 15 min

    La plus grosse entorse que l’état à causé à l’agriculture a été de vouloir faire du stakhanovisme sur les normes environnementale.
    Seule la France à imposé de stocker 10 mois d’effluents dans tous les élevages, de donner 110% d’espace aux bovins dans les stabus, alors même que les animaux sont en parcours herbagés extérieurs.
    De demander à couvrir les fumières.

    Au final ? plus de 100K€ d’investissement sans aucune productivité supplémentaire à la clé, pour un élevage de 50 VL.

    Voila le marasme !
    Les voisins Européens ne sont pas entré dans ce jeu idiot, résultat ils nous vendent encore du lait quand nos producteurs sont à la mine.

    Pour ce qui est de la marge dans la filière, il faut considérer aussi qu’un litre de lait acheté à la ferme pour 30 cts, donne de la crème, du beurre et ensuite 1 L de lait UHT à plus de 1€ au supermarché …. Là est l’arnaque peut-être ?

  • Les commentaires sont fermés.

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