BNP-Paribas publie son bilan : décryptage

BNP-Paribas publie son bilan pour ce dernier trimestre mais continue à ne pas le présenter correctement.

Par Jean-Pierre Chevallier

BNP by Brian King-(CC BY-NC 2.0)
BNP by Brian King-(CC BY-NC 2.0)

 

Les banquiers de BNP-Paribas ont publié leur bilan pour ce dernier trimestre mais ils continuent à ne pas le présenter correctement, c’est-à-dire pas comme devraient le faire les banques normalement constituées…

En effet, pour déterminer le montant des véritables capitaux propres, dits tangibles, excluant les minoritaires (Tangible shareholders equity), il faut aller pêcher le montant du total part du groupe au passif puis retrancher les écarts d’acquisition (goodwill) inscrits à l’actif…

… et surtout retrancher les titres dits hybrides que sont les Titres Super-Subordonnés à Durée Indéterminée (TSSDI) dont les montants ne sont pas publiés dans les comptes trimestriels (ils ne sont mentionnés que dans les états financiers semestriels). Ils sont considérés par la seule nomenklatura bancaire française comme faisant partie des capitaux propres, ce qui n’est pas le cas partout ailleurs dans le monde (cf. mes articles à ce sujet)

En reprenant les seuls chiffres pouvant donner une image fidèle de la réalité, pour les seuls semestres, en ne retenant que le montant des véritables capitaux propres, le leverage réel de BNP est de 31,5 pour ce dernier trimestre publié correspondant à un ratio Core Tier 1 réel de 3,2% en nette dégradation par rapport aux semestres précédents.

Chevallier doc 3Sommes en milliards d’euros.

Un certain nombre de dirigeants de big banks européennes (UBS, Deutsche Bank, Barclays) ont décidé de prendre des mesures énergiques pour diminuer leur leverage par cessions d’actifs de plusieurs centaines de milliards. Ceux de BNP font exactement le contraire !

Depuis le début de 2014, les banquiers de BNP-Paribas publient un ratio de levier Bâle III dans les 3% en le majorant un peu par rapport à mes calculs :

Les chiffres de ces ratios de levier Bâle III publiés par les banquiers de BNP-Paribas sont donc en concordance avec ceux que je calcule sur la base de l’analyse de ces titres hybrides (l’écart entre mes calculs et ceux de BNP est faible).

Il faudrait augmenter les capitaux propres de… 129 milliards d’euros (!) ou diminuer le total des dettes de… 1 420 milliards (!) par cessions d’actifs par exemple pour que BNP-Paribas respecte les règles prudentielles d’endettement préconisées par ce bon vieux Greenspan (sans pondérer les actifs, comme le préconisent également la BRI, Axel Weber, la Fed, la Prudential Regulatory Authority du Royaume-Uni, la Banque du Portugal et la CRR/CRD IV), à savoir un ratio Core Tier 1 supérieur à 10% ou un leverage inférieur à 10 (contre respectivement 8% et 12,5 pour le ratio Core Tier 1 d’origine).

C’est drôle, on se demande pourquoi les banquiers de BNP-Paribas ne publient pas le montant des Titres de Créances Négociables (TCN) qu’ils mettent en pension pour obtenir… 34,4 milliards d’euros d’argent frais ! … répartis entre 31,7 milliards de Certificats de Dépôt Négociables (CDN)…

… et 2,7 milliards des Bons à Moyen Terme Négociables :

Chiffres publiés par la Banque de France, auxquels il faudrait ajouter ceux qui sont prêtés par la BCE qui ne publie aucun chiffre.

Le leverage réel de BNP est de 31,5. Celui de la banque des frères Lehman était de 32 lorsqu’elle a fait faillite, ce qui a provoqué de fortes turbulences financières dans le monde. Le total de son bilan était alors de 650 milliards de dollars… seulement.

Le total du bilan de BNP de 2 138 milliards d’euros est proche du montant du PIB annuel de la France (2 167 milliards au 1er trimestre) !

Les Américains sont inquiets face à la puissance de leurs big banks too big to fail, mais JPMorgan est celle qui a le total de son bilan le plus plus élevé avec seulement… 2 450 milliards de dollars, soit 13,7% du PIB des États-Unis (17 840 milliards de dollars).

Les banquiers de BNP (et leurs homologues des autres Gos banques) prennent les Français pour des idiots et ils ont raison. Ça marche : ils ne comprennent jamais rien aux problèmes financiers, bancaires, monétaires, heureusement… Ils n’ont été amenés à payer que 9 milliards de dollars pour éviter d’être condamnés… aux États-Unis !

Tout va bien.

Tout est simple… à condition de savoir décrypter correctement des centaines de pages de comptes à dormir debout pour en tirer la substantifique moelle.


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