Le féminisme radical est une menace pour l’État de droit (2)

Patriarchal education 2014 credits Christopher Dombres via Flickr ((CC BY 2.0))

Royaume-Uni : psychose autour des viols et atteinte à la présomption d’innocence.

Par Alain Borgave.

Patriarchal education 2014 credits Christopher Dombres via Flickr ((CC BY 2.0))
Patriarchal education 2014 credits Christopher Dombres via Flickr ((CC BY 2.0))

 

J’ai illustré dans ce précédent article comment le féminisme remettait en question aux États-Unis les notions les plus fondamentales de la justice. Aujourd’hui, arrêtons-nous au Royaume-Uni.

Il y a un an, en juin 2014, Alison Saunders, responsable du Service des Poursuites Judiciaires, a lancé une grande action pour s’occuper des viols. Le but affiché étant de « lutter contre les obstacles qui empêchent les affaires de viol de progresser dans le système de la justice criminelle ». En d’autres mots, il s’agit de faire augmenter à la fois le nombre et le pourcentage des condamnations pour viol : « le plan a aussi pour but de remédier à la baisse du taux de condamnation, tout en maintenant la hausse des volumes ». Cela a de quoi donner froid dans le dos puisque l’objectif de la justice est normalement justement… de rendre justice. Ici, une grande action est mise en place dont le but est l’augmentation du nombre de condamnations pour viol. Le risque étant, bien sûr, que l’on néglige la mission de rendre correctement la justice.

Comme l’explique Luke Gittos du magazine Spiked, « le plan met l’accent sur l’importance de se concentrer sur le comportement de l’accusé plutôt que celui de la plaignante et d’investiguer quelles actions il a prises pour s’assurer de son consentement et de sa capacité à consentir (…) Ce plan est profondément problématique. C’est une subversion complète du principe de la présomption d’ innocence. » L’accent mis sur le comportement de l’accusé, répété depuis lors dans une note d’orientation à destination de la police et aux procureurs, représente une grave menace pour le respect de ce principe.

On pourra en effet utiliser l’argument que l’accusé, ayant reconnu ne pas s’être explicitement enquis du consentement de la plaignante, a par là fait preuve d’une négligence criminelle, ou montré qu’il savait, ou qu’il aurait dû savoir, qu’elle ne consentait pas. Ce qui revient à rendre délictueux par défaut tout rapport sexuel, qui ne deviendrait acceptable qu’après un consentement explicite. Alison Saunders le reconnaît et explique que « le temps est venu pour que la justice dépasse la notion de « non, c’est non ». » Ce qui signifie, dans le langage de l’activisme féministe, que l’on est effectivement passé à un principe de « oui, c’est oui », où même quand il n’y a pas de refus, en l’absence de consentement « affirmatif », il y a viol. Ce qui est bien sûr la porte ouverte à l’arbitraire, car dans ces conditions la plupart des rapports sexuels deviennent des viols.

Mais les problèmes ne s’arrêtent pas là. Dans une interview au Guardian, Alison Saunders a dit « qu’elle pensait que les jurés arrivaient à la Cour avec des préjugés sur les femmes, qui influençaient la façon dont ils interprétaient les éléments du dossier. Elle a indiqué que les procureurs et les détectives travaillant sur les affaires de viols suivaient désormais des formations qui remettaient en question les mythes et les stéréotypes (…) Les juges ne peuvent s’occuper d’affaires de viol que s’ils (…) ont suivi les formations ayant pour but de dissiper les mythes. » Dans un autre article on apprend qu’elle a demandé aux juges d’avertir les jurys au début des procès de ne pas succomber aux « mythes » sur les viols.

Ce qui représente un autre danger pour l’impartialité des procédures. Cette notion féministe de « mythes » concernant le viol est controversée, et peut être interprétée comme une façon de pervertir le cours de la justice : les « formations » pour les juges concernant les « mythes » sur les viols et autres « avertissements » aux jurys ressemblent très fort à une tentative d’influencer le déroulement des procès en favorisant par ce discours l’une des deux parties (la plaignante) au détriment de l’autre (l’accusé). En essayant de marteler que si le juge ou l’un des membres d’un jury pense qu’il n’y a pas eu de viol, ce serait sans doute parce qu’il entretiendrait inconsciemment des mythes qui l’empêcheraient de voir la vérité, c’est-à-dire qu’il y a eu viol. Il s’agit de l’immixtion d’une idéologie dans les tribunaux, idéologie qui jusqu’à présent ne rencontre que très peu de résistance.

Le bon déroulement de la justice, le respect de l’impartialité et la présomption d’innocence sont cruciaux dans ces affaires, qui consistent souvent en la parole de l’un contre celle de l’autre. Et ceci d’autant plus que les dépôts de plaintes fausses ou infondées sont beaucoup plus fréquents qu’on ne le pense. Par exemple, selon des sources policières, en France : « les chiffres de dénonciations calomnieuses sont très importants, notamment en matière d’agressions sexuelles et de viols qui sont en réalité de pure invention. Le scénario courant, c’est la femme qui sort en discothèque. Elle rencontre un homme avec lequel elle a une relation, seulement elle a un petit copain qui constate quelque chose, et elle lui dit qu’elle a été violée. Ça arrive toutes les semaines, en général le week-end, et les plaintes sont déposées le dimanche ou le lundi. »

Luke Gittos, en évoquant l’augmentation du nombre de plaintes pour viol en Grande-Bretagne ces dix dernières années, dit ceci : « cela pourrait signifier que de plus en plus de personnes ont été violées, ou au contraire que de plus en plus de personnes pensent incorrectement avoir été violées. (…) Peut-être que l’augmentation incessante des plaintes montre que nous succombons à l’hystérie officielle sur les viols. Peut-être sommes-nous en train de commencer à croire à l’idée que le viol serait omniprésent. » Les chiffres des fausses accusations de viol sont controversés, et dépendent certainement de l’époque et du pays. Cependant, se multiplient les accusations médiatisées qui se sont révélées être des inventions. E. Greer considère qu’elles représentent sans doute plus de 20%, chiffre qui est aussi cité par la police finlandaise et l’armée américaine. D’autres études mènent à des chiffres plus élevés, comme le travail d’Eugene Kanin (40%).

Pendant ce temps, la campagne menée par Mme Saunders commence à porter ses fruits et on peut lire que : « Les procureurs font face à une augmentation de 30% du nombre de procès pour viol sur les deux dernières années, et les Cours ont du mal à traiter un arriéré d’accusations historiques et de nouveaux cas. Un tiers des jours de travail des Cours concernent des affaires sexuelles. » Tout ceci alors que « les chiffres diminuent pour les autres crimes ». Enfin pas tous, puisqu’on peut lire dans un autre article que les condamnations pour « violences contre les femmes », notion beaucoup plus large que celle des viols, sont elles aussi en rapide augmentation. Mais on ne veut pas s’arrêter là puisque les activistes « ont félicité les procureurs et la police pour leur travail ayant permis d’obtenir plus de condamnations que jamais dans le passé. Mais ils ont affirmé que plus de fonds seraient nécessaires si l’on voulait aider à [continuer à faire] augmenter le taux de condamnations. »

Si l’on veut avoir une idée de la manière dont ont été obtenues ces condamnations dans le domaine des violences faites aux femmes, on peut jeter un coup d’œil sur le cas de Terry Murden, journaliste condamné à une amende de £ 500 pour harcèlement d’une ex-petite amie (stalking). Celui-ci explique son cas dans un commentaire sous l’article qui le concerne. Selon lui, les critères du harcèlement ont été tellement étendus qu’ils sont devenus arbitraires. Il suffit d’envoyer deux messages, de suivre sur Twitter, ou même d’envoyer des fleurs à une personne pour tomber sous le coup de la loi. Il explique avec ironie que les marchands de fleurs sont devenus, à leur insu, complices d’un délit. Un de ses avocats a qualifié la loi de « sexiste », les personnes poursuivies étant invariablement des hommes.

Une grande campagne est donc en cours en Grande-Bretagne, sous l’administration Cameron, pour « faire du chiffre » de façon démagogique, satisfaire le lobby féministe, tout en condamnant sans aucun doute un grand nombre d’innocents. Ces évolutions, peu connues de ce côté-ci de la Manche, sont en passe de se généraliser dans le monde anglo-saxon. Au-delà du cas des États-Unis, dont la situation faisait l’objet d’un précédent article, on peut lire que le phénomène est aussi en cours en Nouvelle-Zélande, où dans les affaires de viol, « des piliers fondamentaux de la justice criminelle pourraient être érodés (…) Les deux grands partis cherchent à modifier les règles de telle façon à obtenir plus de condamnations. Les conservateurs veulent remettre en question le droit [de l’accusé] au silence. Le Labour voudrait inverser la charge de la preuve, en la faisant reposer non plus sur la victime mais sur l’accusé ».

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