Une éducation honnête pour nos enfants

Un écolier et futur chercheur ? (Image libre de droits), via Pixabay.

Prôner l’abstinence totale vis-à-vis de pratiques à risques est voué à l’échec, tant au niveau de l’État qu’au niveau de l’éducation en famille.

Par Édouard H

For violation of prohibition law Credits Colores Mari via Flickr (CC BY 2.0)
For violation of prohibition law Credits Colores Mari via Flickr (CC BY 2.0)

Les libéraux savent bien que les prohibitions diverses et variées sont inefficaces et produisent leurs lots de conséquences terribles, que l’objet de la prohibition soit l’alcool, les autres drogues ou les armes. Mais ces leçons sont aussi valables au niveau de l’éducation que nous donnons à nos enfants.

En effet, plutôt que de s’en tenir à des discours moralisateurs et hygiénistes qui espèrent utopiquement que les adolescents se tiendront à l’écart de l’ensemble des pratiques à risques, une bien meilleure alternative réside dans le fait d’être honnête avec eux, en reconnaissant leurs usages et en leur donnant un maximum de clés qui leur permettront de minimiser les risques. Il semble aujourd’hui essentiel d’offrir à nos enfants une éducation honnête vis-à-vis du sexe, des drogues (y compris l’alcool) et des armes à feu.

Une information autour de la sexualité 

Au niveau sexuel, l’utilité d’une éducation auprès des jeunes est aujourd’hui heureusement largement reconnue, et menée par diverses organisations. L’éducation sexuelle consiste à reconnaître que peu importe la volonté des parents ou de la société, les jeunes découvrent leur sexualité et auront leur premier rapport au cours de leur adolescence. Cette éducation est d’autant plus importante à l’heure d’Internet où ils peuvent consommer une quantité infinie de vidéos pornographiques. En effet, celles-ci n’ont que peu de vertus pédagogiques, et au contraire donnent une vision du sexe sans protection des MST, et sans contraception. De plus, même si des alternatives se développent peu à peu, la plupart des vidéos pornographiques sont toujours très réductrices et biaisées concernant la réalité d’un rapport sexuel.

Prôner l’abstinence n’empêche aucunement les adolescents d’explorer leur sexualité, et ne fait donc que limiter le champ d’informations de ces derniers au bouche à oreille et aux quelques vidéos pornographiques glanées sur Internet. Une bien meilleure alternative réside dans une discussion sincère et honnête relative à la protection des MST, la contraception, le plaisir masculin et féminin et les pratiques classiques d’un rapport sexuel réel. De nombreux guides existent pour les parents, en plus des nombreuses initiatives et associations pouvant dispenser de l’information.

Une échange pédagogique sur les drogues  

Là aussi, l’éducation à une utilisation responsable paraît essentielle. Dès leur plus jeune âge, les enfants tentent d’atteindre des états alternatifs de conscience, comme en témoigne le tristement populaire jeu du foulard. À l’adolescence, il paraît aujourd’hui inévitable qu’ils soient tentés par l’expérimentation des drogues, qu’elles soient légales ou pas. D’après l’Escapad, une enquête biennale réalisée par l’OFDT, la consommation d’alcool concerne plus de neuf jeunes de 17 ans sur dix (92 %). Concernant les drogues illicites, le cannabis est la première que les adolescents consomment, avec 47,8 % des jeunes de 17 ans qui déclarent en avoir fumé (source : OFDT).
Comme pour la sexualité, prôner l’abstention paraît donc vain, surtout pour des drogues aussi massivement consommées par les adolescents que l’alcool ou le cannabis. Comme l’explique Jacques Dupont, auteur de l’essai Invignez-vous !, « éduquer à boire du vin est la meilleure façon de lutter contre l’alcoolisme ». Face aux pratiques à hauts risques tel le binge-drinking, il prône l’éducation plutôt que l’ « idéologie punitive ». Connaître ses limites et sa tolérance est indispensable à une utilisation responsable de l’alcool. Il remarque avec justesse « que les terres où il y a des vignobles en France ne sont pas les terres où il y a un fort alcoolisme. Pourquoi ? Parce qu’il y a transmission . » L’utilisation risquée d’alcool est particulièrement notable aux États-Unis où sa consommation interdite aux jeunes de moins de 21 ans, renforce l’ignorance qu’ils ont de leurs limites.

Concernant les drogues illicites, le régime prohibitionniste a eu comme effet d’annihiler entièrement les efforts de prévention, quasiment inexistants en France. Le discours se limite à un simpliste « les drogues c’est mal » où sont amplifiés les risques des substances interdites. Les conséquences de cette approche abstentionniste sont terribles. En effet, les jeunes ne sont pas dissuadés de se droguer, comme le démontre l’importance de l’usage du cannabis. La prohibition des drogues étant un échec total, ils n’ont aucun mal à se procurer ces substances illégales. Après consommation, et le constat que les effets ne sont pas aussi terribles qu’annoncés, les adultes en perdent toute crédibilité.

Une approche réaliste et honnête concernant ces drogues doit donc se baser sur le modèle de l’éducation sexuelle. À destination des parents, la Drug Policy Alliance a créé un excellent guide sur la manière de parler des drogues aux enfants, intitulé « La sécurité d’abord ». On peut y lire un essai de Marsha Rosenbaum qui commence ainsi :

« Cher Johnny,

Cet automne, tu vas entrer au lycée, et comme la plupart des adolescents américains, tu vas devoir naviguer parmi les drogues. Comme la plupart des parents, je préférerais que tu  n’en consommes pas. Cependant, je réalise que malgré mes souhaits, il est possible que tu les expérimentes.

Je n’utiliserai pas de tactiques alarmistes pour te dissuader. Plutôt, puisque j’ai passé les 25 dernières années à faire de la recherche sur l’utilisation, l’abus et les politiques des drogues, je te dirai un peu ce que j’ai appris, en espérant que ça te mènera à faire des choix éclairés. Ma seule inquiétude porte sur ta santé et ta sécurité. »

Marsha Rosenbaum insiste sur le fait que l’abstention serait souhaitable en attendant l’âge adulte, mais reconnaît que malgré sa volonté et malgré les recommandations répétées de la part des institutions (y compris le programme D.A.R.E aux États-Unis), il existe peu de chance que les jeunes ne soient pas tentés par l’expérience. Le guide insiste donc sur la minimisation des risques, signifiant l’importance primordiale de connaître l’origine du produit, ses effets, les dosages et les risques afférents.

Comme l’explique cet article du Guardian à propos du Global Drug Survey 2015, « la plupart des consommateurs de drogues n’ont que faire de la loi, mais c’est une période qui passe, ainsi, ce qu’il faut c’est leur fournir de l’aide pour le faire en sécurité ».

Une approche éducative des armes à feu 

Si l’éducation aux armes à feu peut paraître moins importante, elle est cependant essentielle au sein de foyers où les parents sont détenteurs d’armes. De manière plus générale il paraît sain, dans nos sociétés européennes où les armes à feu sont soit diabolisées, soit rendues « cools », de rétablir chez les enfants une vision honnête de celles-ci. Les armes à feu sont des objets inertes, dont seule l’utilisation est dangereuse en fonction des objectifs de son utilisateur.
Enseigner aux enfants le respect des armes à feu via l’apprentissage de leur utilisation et la connaissance de règles de sécurité élémentaires peuvent permettre d’éviter des accidents mortels dans les foyers où elles sont présentes. Cette éducation peut aussi avoir la vertu de freiner le développement d’une potentielle fascination malsaine pour elles, ou à l’inverse une hoplophobie, ou crainte excessive.

Cette pédagogie fait partie des actions de la tant décriée NRA aux États-Unis, avec le programme Eddie Eagle, dont le but est d’éviter d’éventuels accidents si des enfants se trouvent en présence d’une arme à feu. Le programme recommande une réaction en 4 étapes : prendre le temps de réfléchir, ne pas toucher l’arme, s’en éloigner afin d’éviter toute tentation et enfin aller prévenir un adulte.

Ici, comme dans le cas du sexe ou des drogues, la diabolisation et le silence paraissent voués à l’échec, en particulier dans les foyers équipés d’armes à feu. Le meilleur moyen pour éviter les accidents ou les utilisations à des fins néfastes consiste en un apprentissage encadré de leur maniement, ainsi qu’à leur sécurisation. Cette éducation permettra à l’adulte, si tel est son choix, d’exercer sa liberté fondamentale de posséder et porter une arme.